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23/04/2015 11:33 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Le Chili inquiet après le réveil du volcan Calbuco, endormi depuis 54 ans

Le Chili s'inquiétait jeudi des conséquences du réveil surprise du volcan Calbuco, après un demi-siècle de sommeil, avec deux violentes éruptions en seulement quelques heures, jets de lave et nuages de cendres forçant l'évacuation de 5.000 personnes.

Alors qu'aucun signe annonciateur n'avait été détecté ces derniers jours, le volcan, d'une altitude de 2.003 mètres et situé au bord de l'océan Pacifique à 1.300 kilomètres au sud de Santiago, s'est soudainement réveillé mercredi vers 18H00 (21H00 GMT), projetant une épaisse colonne de fumée blanche et un énorme nuage de cendres, haut de dix kilomètres.

L'intensité de cette première éruption, décrite comme "assez explosive" par le vulcanologue Gabriel Orozco et qui a duré 90 minutes, a été classée 4-5 par les autorités, sur une échelle allant de 0 à 8.

Un peu plus tard, vers 01H00, une seconde éruption, encore plus violente, a secoué le volcan, dont la télévision a montré des images dantesques de flammes et de cendres. Elle a duré toute la nuit de mercredi à jeudi jusqu'à 08H40, selon le Service national de géologie et des mines (Sernageomin).

Les autorités n'écartent pas une éventuelle troisième éruption dans les prochaines heures.

Si de la lave était projetée du volcan pendant la nuit, dans un ciel zébré d'éclairs, aucune coulée n'était apparente sur ses flancs en début de journée jeudi.

Le gouvernement chilien, qui n'a pas fait état de victimes, mais a signalé la disparition d'un alpiniste de 21 ans, a décrété l'alerte rouge dans la région, l'une des plus touristiques du pays.

L'alerte a également été donnée dans le sud de l'Argentine voisine, qui pourrait être touché par le nuage de cendres.

- Une éruption 'incroyable' -

Le Calbuco avait connu sa dernière éruption en 1961.

Quand il a commencé à se réveiller mercredi, "les gens ressentaient plus de l'excitation que de la peur, et ils se sont rapprochés du (lac) Llanquihue pour prendre des photos", a raconté à l'AFP Alvaro Ascencio, un habitant du coin.

"Moi je suis venue passer trois mois de vacances au Chili, mais je ne m'attendais pas à ça", témoignait Cody Fritz, touriste américaine de 30 ans. "L'éruption a été incroyable (...) Mes vacances sont rentabilisées avec le spectacle du Calbuco!"

A Puerto Varas jeudi matin, les activités, notamment commerciales, se déroulaient normalement, chacun gardant toutefois un oeil sur le volcan, distant d'une quarantaine de kilomètres.

L'inquiétude porte désormais sur les conséquences de ces éruptions.

"Nous ne savons pas comment cela va évoluer. C'est assez imprévisible", a reconnu jeudi la présidente chilienne Michelle Bachelet, qui devait se rendre sur place dans les prochaines heures.

Néanmoins, en cas de nouvelle éruption, cela "n'affecterait en aucun cas une surface supérieure à celle que nous avons définie, de 21 kilomètres" autour du massif, qui correspond à la zone d'évacuation peuplée de 5.000 habitants, a assuré le vice-ministre de l'Intérieur, Mahmud Aley.

- Risque d'inondations -

Les principaux dommages redoutés sont l'accumulation de cendres et les éventuelles inondations provoquée par la fonte des neiges sur le volcan.

Il y a "une probabilité d'écoulement de lave depuis le volcan, ce qui pourrait faire fondre la neige et donc déborder les rivières", a prévenu Michelle Bachelet.

Et "la cendre pourrait endommager les cultures", perturber "le travail, le tourisme et surtout la santé" de la population, que la présidente a appelée à se protéger avec des masques.

Dès mercredi soir, Puerto Montt, principale localité de la région, était recouverte d'un nuage de cendres.

Les cours ont été suspendus dans les établissements scolaires, de même que les vols au départ et à l'arrivée de cette région.

Dans le sud de l'Argentine, les autorités de Bariloche, ville touristique située à seulement 100 kilomètres du volcan, ont également pris des mesures d'urgence en prévision de la retombée éventuelle de cendres et demandé aux habitants de rester chez eux.

La défense civile de Bariloche, qui se trouve à 1.630 kilomètres au sud de Buenos Aires, a également suspendu les cours dans les écoles et réquisitionné les établissements sanitaires pour faire face à toute urgence.

Il s'agit de la deuxième éruption en quelques semaines au Chili, après celle en mars du volcan Villarrica, également dans le sud du pays, qui avait entraîné l'évacuation de 3.600 personnes.

Le Chili compte environ 90 volcans actifs et le Calbuco est considéré comme l'un des plus dangereux.

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