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23/04/2015 14:56 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

L'Allemagne reconnaît le génocide arménien et admet une part de responsabilité

Cent ans après les faits, l'Allemagne a reconnu « le génocide » des Arméniens, jeudi. Le président allemand Joachim Gauck a été jusqu'à déclaré qu'il y avait « une coresponsabilité et même, potentiellement, une complicité allemande », dans ce crime. 

L'Allemagne rejoint ainsi une vingtaine de pays, dont la France, la Russie et tout récemment l'Autriche, qui ont franchi ce pas.

L'allocution de M. Gauck, un ancien pasteur de RDA, a été donnée lors d'une cérémonie œcuménique dans la cathédrale protestante de Berlin. Joachim Gauck a parlé des responsabilités allemandes, expliquant que des militaires allemands avaient « participé à la planification et pour une part à la mise en place des déportations » d'Arméniens.

« Des informations d'observateurs et de diplomates allemands qui ont clairement établi la volonté d'extermination contre les Arméniens ont été ignorées » car le Reich allemand, allié à l'empire ottoman, « ne voulait pas compromettre ses relations » avec lui.

Les liens qui unissent l'Allemagne à la Turquie

Ce discours du président allemand ne laissera pas la Turquie indifférente. Entre 1915 et 1917, en plein durant la Première Guerre mondiale, environ 1,5 million de personnes d'origine arménienne sont disparues en sol turc. Des tueries qu'Ankara n'a jamais voulu qualifier de génocide.

Or, il existe des liens forts entre l'Allemagne et la Turquie et, jusqu'ici, Berlin avait tenté de ménager son allié en ne parlant pas de génocide.

L'Allemagne compte trois millions de Turcs, ce qui représente la plus importante communauté turque à l'étranger.

Le président Gauck a rappelé les mots « lapidaires » du chancelier Bethmann Hollweg, en décembre 1915 : « Notre objectif unique est de maintenir la Turquie à nos côtés jusqu'à la fin de la guerre, peu importe que les Arméniens soient anéantis ou non ».

Pour sa part, le président de l'Eglise protestante allemande, Heinrich Bedford-Strohm, a vu dans le comportement de l'Allemagne impériale « une érosion des valeurs éthiques, qui, plus tard, (...) allait trouver sa plus effrayante traduction avec la Shoah » et les six millions de Juifs massacrés.

Le président Gauck a évoqué les propos d'Hitler, invitant ses officiers à la brutalité le 22 août 1939 au moment de l'invasion de la Pologne. « Qui parle encore aujourd'hui de l'anéantissement des Arméniens ? », avait lancé le Führer.

« Nous en parlons ! », lui a répondu jeudi soir M. Gauck.

Cérémonies de commémoration

Les chefs d'État du monde entier ont été invités à Erevan, la capitale de l'Arménie, où les commémorations culmineront vendredi. 

Une marche se tiendra à Ottawa vendredi ainsi qu'à Montréal, le 3 mai.