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23/04/2015 16:31 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Guinée: un manifestant tué, pouvoir et opposition affirment avoir pris le dessus

Un partisan de l'opposition guinéenne a été tué jeudi dans des heurts avec les forces de l'ordre déployées massivement pour empêcher des manifestations dans tout le pays contre le calendrier électoral, à moins de six mois de la présidentielle.

Le blocage autour du "calendrier électoral de la discorde" paraît total: le président Alpha Condé en a de nouveau exclu la révision, exigée par l'opposition pour reprendre le dialogue.

Après une journée "ville morte" à Conakry au début du mois puis des manifestations non autorisées mi-avril et lundi - avec plusieurs morts et au moins une vingtaine de blessés - l'opposition cherchait à étendre sa contestation au reste du territoire.

Alors que le calme était revenu en début de soirée, chacun des deux camps revendiquait un succès.

Le gouvernement a ainsi proclamé qu'en dehors d'une partie de la capitale, la contestation n'avait touché que "quatre préfectures (Dalaba, Dabola, Pita, Labé)" du centre du pays, favorable à l'opposition, sur un total de 33.

Il a fait état d'un bilan d'un mort, Ousmane Bah, 28 ans, à Labé, fief du chef de file de l'opposition, l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, et de 14 blessés, dont 11 policiers et gendarmes, ainsi que de 93 arrestations.

Le porte-parole de l'opposition, Aboubacar Sylla a revendiqué "un succès total", déplorant néanmoins "un bilan encore très lourd".

"Partout où la marche a été empêchée par les forces de l'ordre, la journée s'est transformée en journée ville morte", a-t-il dit, annonçant la poursuite des manifestations qui "iront crescendo".

Ousmane Bah a été tué à coups de matraque et quatre autres protestataires ont été blessés par les forces de l'ordre, selon une source hospitalière et des témoins, le gouvernement évoquant "un projectile au niveau des cervicales".

Le corps a été conduit par les manifestants aux cris de "Allahou akbar" (Dieu est le plus grand) et "Mort aux dictateurs", à la morgue de l'hôpital régional de Labé, où régnait une forte tension.

A Mamou et Kindia, à l'est de Conakry, les forces de l'ordre ont également empêché les manifestants de se rassembler.

Un gendarme et un manifestant ont été blessés à Kindia, selon des journalistes locaux. Plusieurs dizaines de partisans de l'opposition ont été interpellés, selon le parti de M. Diallo et une source sécuritaire.

- Chefs de l'opposition encerclés -

A Conakry, des échauffourées ont éclaté en banlieue ont fait au moins cinq blessés légers parmi les civils, selon des témoins et l'opposition.

Les forces de l'ordre ont barré avec des véhicules l'accès aux domiciles de M. Diallo et d'un autre dirigeant de l'opposition et ancien Premier ministre, Sidya Touré. Elles ont fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher une délégation conduite par M. Diallo de sortir de chez lui dans l'après-midi.

Beaucoup de jeunes se sont regroupés aux abords des grands axes dans la capitale, face au déploiement massif de police et de gendarmerie.

Les militants de l'opposition se sont insurgés contre les propos d'Alpha Condé écartant toute modification du calendrier fixé par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

A l'issue d'un entretien avec son homologue François Hollande à Paris, M. Condé a réaffirmé mercredi que la présidentielle se tiendrait en octobre, à l'échéance fixée par la Céni, qui a encore reporté le scrutin local, à mars 2016.

M. Hollande a "manifesté son soutien aux initiatives du gouvernement guinéen en faveur d'un dialogue avec l'opposition" et "a appelé toutes les parties à renoncer à la violence", selon la présidence française.

L'opposition soupçonne le pouvoir de vouloir utiliser les exécutifs communaux provisoires qu'il a désignés - faute de scrutin à cet échelon depuis 2005 - pour influer, y compris par la fraude, sur la présidentielle.

"Alpha ne peut pas se passer des prestations de ces délégations spéciales et des autres élus locaux qu'il a nommés dans l'épreuve de l'élection présidentielle", a affirmé à l'AFP Cellou Dalein Diallo, candidat malheureux au second tour en 2010 après avoir largement devancé M. Condé au premier.

"Et s'il perd les communales, il pourra difficilement justifier une victoire +éclatante+ au premier tour de la présidentielle", a-t-il remarqué.

Ce pays d'Afrique de l'Ouest qui n'a connu pratiquement que pouvoirs autoritaires, coups d'Etat et répressions sanglantes, n'est pas encore parvenu à capitaliser sur ses importantes ressources minières pour sortir de la pauvreté.

L'épidémie d'Ebola qui s'y est déclarée en décembre 2013 a freiné les investissements et mis à nu les tensions entre pouvoir central et populations ainsi qu'entre communautés.

Alpha Condé, un ancien opposant embastillé, est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française.

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