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23/04/2015 10:49 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Français condamné à mort en Indonésie: "Graves dysfonctionnements de la justice", accuse Paris

Le Français Serge Atlaoui, condamné à mort en Indonésie, "n'a pas bénéficié du plein exercice de ses droits", "du fait de graves dysfonctionnements de la justice indonésienne", accuse le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius dans une lettre à son homologue indonésienne.

Le ministre français affirme que Serge Atlaoui, accusé de trafic de drogue, a été victime d'un "traitement expéditif", et a été "condamné à mort par une décision qui comporte des affirmations erronées", dans cette lettre adressée jeudi à Retno Marsudi, et dont l'AFP a eu une copie.

La France "demande instamment que l'Indonésie respecte dans cette affaire ses propres règles de droit et les obligations internationales que lui imposent les conventions auxquelles elle est partie", ajoute M. Fabius, demandant de nouveau un "geste de clémence" pour le condamné.

Interrogée par l'AFP à Jakarta, la ministre indonésienne des Affaires étrangères a indiqué qu'elle communiquerait dans la soirée par téléphone avec M. Fabius.

"Je vais lui expliquer le système judiciaire en Indonésie, et je vais lui expliquer l'urgence de la situation provoquée par les crimes liés à la drogue" dans l'archipel, a déclaré Mme Marsudi.

L'Union européenne s'est émue de cette condamnation.

"Nous reconnaissons que l'Indonésie doit affronter un problème de (trafic de) drogue grandissant, mais l'expérience dans d'autres pays montre que la peine capitale n'est pas la bonne réponse", a déclaré jeudi la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

"L'UE est prête à réfléchir aux moyens de soutenir les efforts de l'Indonésie dans sa lutte contre la drogue et nous sommes prêts à renforcer notre coopération avec l'Indonésie en ce domaine", a-t-elle ajouté.

Paris ne cesse de hausser le ton depuis le rejet du dernier recours du Français, mardi par la Cour suprême d'Indonésie, pour tenter de le sauver. Serge Atlaoui, incarcéré depuis dix ans, affirme qu'il n'a fait qu'installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique, et qui abritait en réalité une fabrique clandestine d'ecstasy.

Cette exécution "serait dommageable pour l'Indonésie, dommageable pour les relations que nous voulons avoir avec elle", avait déclaré mercredi le président français François Hollande, en rappelant son opposition à la peine de mort, abolie dans son pays en 1981.

De son côté, M. Fabius a convoqué mercredi, pour la troisième fois, l'ambassadeur d'Indonésie pour évoquer cette affaire.

Dans sa lettre à la ministre indonésienne, M. Fabius fait valoir que les autorités de ce pays ont annoncé que le recours présenté par le prévenu serait rejeté alors même qu'il était en cours d'examen.

Il ajoute que "la décision de la Cour suprême a été rendue en quelques semaines et sans audition des témoins", ce qui constitue un "traitement expéditif".

M. Fabius relève également des "affirmations erronées" dans la décision de le condamner à mort, notamment le fait qu'il "est présenté comme étant chimiste alors que tant ses co-condamnés que l'ensemble des témoignages permettent d'établir qu'il est soudeur et travaillait en tant que tel dans l'usine où étaient produits des stupéfiants".

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