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23/04/2015 12:53 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Eruption du volcan Calbuco: "pas surprenante", selon un scientifique

L'éruption du Calbuco au Chili "n'est pas surprenante car il s'agit d'un volcan très actif" qui connaît des périodes de calme avant de relâcher d'énormes panaches de cendres, explique à l'AFP Florent Brenguier, sismologue de l'Université de Grenoble (France) spécialisé dans les éruptions volcaniques.

Q: Pourquoi le volcan Calbuco s'est-il "réveillé"?

R: "Il n'était pas du tout endormi! Il était actif et vivant, comme le soulignent les rapports scientifiques.

Sur ce volcan, on avait des gaz, de la vapeur d'eau, des fumerolles qui témoignaient d'une activité très présente.

Ce n'est donc pas un réveil. Mais le magma ne sort pas en permanence et il y a des périodes de calme. Dans ce type de volcan explosif, les laves sont plus visqueuses, moins fluides que pour d'autres volcans. Elles ont plus de difficulté à remonter à la surface.

La remontée de gaz et de magma a exercé une pression sur le bouchon de lave refroidie qui a fini par exploser, libérant un énorme panache de cendres.

Une durée de 50 ans entre deux éruptions, c'est très court à l'échelle d'un volcan.

Le Calbuco a connu sa plus grosse éruption en 1893. Il a eu une explosion très forte en 1917 puis une autre en 1920. La dernière grande éruption similaire à celle d'aujourd'hui remonte à 1961. En 1972, elle n'avait duré que quelques heures.

Pour ce volcan, la récurrence est de l'ordre de plusieurs dizaines d'années. Cette nouvelle éruption n'est pas du tout surprenante".

Q: Comment peut évoluer l'éruption?

R: "Elle n'est vraiment pas finie et peut durer plusieurs jours à plusieurs semaines.

Normalement, dans ce type d'éruption, il y a d'abord une phase explosive très intense -ce qui se passe en ce moment.

Puis une phase où le magma qui était coincé remonte à la surface. Il a tendance à s'épancher sur les flancs du volcan avec des coulées de lave qui ne sont pas les plus dangereuses car elles sont assez lentes. Elles peuvent s'étendre jusqu'à quelques kilomètres de distance du cratère.

Il peut y avoir une troisième phase si d'autres bulles de gaz et de magma remontent des profondeurs.

Elles pourraient alors générer de nouvelles explosions susceptibles d'entraîner des rejets de poussières et éventuellement déstabiliser l'édifice, au point de produire une coulée pyroclastique comme celle qui a enseveli Pompéi.

Ces coulées redoutables sont des mélanges à très haute température de gaz volcaniques, de vapeur d'eau et de particules solides.

Mais ce dernier scénario est le moins probable. Il n'y a pas pour le moment de bulletin annonçant une coulée pyroclastique".

Q: Quelles sont les conséquences possibles de cette éruption?

"C'est une éruption importante mais ce n'est pas une super éruption.

Il faut s'attendre à ce que le transport aérien local soit perturbé car le panache de cendres a atteint le sommet de la troposphère (ndlr: couche la plus basse de l'atmosphère).

Ces cendres très fines vont se disperser sur une distance très grande.

On n'est encore qu'au début de la propagation des poussières et tout dépendra des vents dominants.

Au niveau du sol, l'importance des dépôts de cendre dépendra elle aussi des vents dominants. Il pourrait y avoir plusieurs centimètres de cendres au sol dans certains endroits. Cela pourrait paralyser localement l'activité économique, endommager les machines, polluer l'eau, les champs.

Enfin, des morceaux de roches, des cailloux peuvent tomber dans un rayon limité à quelques kilomètres du volcan. Cette zone est actuellement interdite d'accès même aux scientifiques".

pcm/fmi/bw