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23/04/2015 04:47 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

En Chine, les constructeurs parés pour profiter du boom des voitures d'occasion

Les ventes de voitures d'occasion, jusqu'ici marginales, sont en plein essor en Chine, aidées par un mûrissement du marché et par des restrictions sur les immatriculations: une aubaine pour les constructeurs étrangers, qui s'attachent à vaincre les réticences des acheteurs.

On compte en Chine un véhicule d'occasion vendu pour quatre neufs: très en-dessous de ce qu'on constate en Europe ou aux Etats-Unis, où il se vend à l'inverse trois occasions pour un véhicule neuf.

Rien d'étonnant pour un marché qui a décollé il y a une décennie seulement. "Il y a dix ans, l'idée même d'une vente d'occasion n'existait pas pour un concessionnaire chinois", indique à l'AFP Mathieu Vennin, un responsable de Peugeot dans le pays.

L'écrasante majorité des clients achetaient alors un véhicule pour la première fois --c'est encore le cas pour 65% d'entre eux-- et n'en avaient aucun à revendre.

Le décollage du marché d'occasion a ensuite été freiné par une farouche préférence pour le neuf, les Chinois restant très sceptiques sur la qualité des véhicules d'occasion, faute d'une réglementation adaptée.

Mais l'évolution est fulgurante: l'an dernier, les ventes d'occasion ont bondi de 16,3% à 6,05 millions de véhicules, selon la fédération des concessionnaires CADA.

Dans le même temps, les ventes de véhicules neufs ne progressaient que de 6,9%, en net ralentissement.

"Les primo-acquérants d'il y a quelques années reviennent pour changer de voiture. Il y a une opportunité à saisir", commente Mark Fields, patron de l'américain Ford, tout en déplorant que trop de reventes "se fassent encore en privé".

Désormais, "35% des acheteurs en sont à leur deuxième véhicule au moins", abonde M. Vennin. Pour lui, le boom des occasions représente le "corollaire" de l'envolée des volumes de voitures neuves écoulées ces dernières années.

- Des garanties pour rassurer -

"De plus en plus de constructeurs lancent leur propres systèmes de certification, cela a rassuré les clients", remarque Lin Huaibin, du cabinet IHS Automotive.

Un moyen de se distinguer face à de petits revendeurs non agréés qui, de l'avis d'un industriel, assurent encore 95% des ventes d'occasion, sans garantie sur l'état du véhicule, et à des prix plus attractifs en profitant d'une fiscalité avantageuse réservée aux particuliers.

Après de nombreux groupes, dont Nissan ou Audi, Volvo Cars a établi en mars des garanties sur les voitures d'occasion contrôlées par son réseau. Pareillement, Peugeot a mis en place son label "Lion Confiance".

Autre facteur favorable: soucieuses d'endiguer une pollution et des embouteillages endémiques, une dizaine de métropoles chinoises, dont Pékin et Shanghai, ont adopté de sévères restrictions sur les nouvelles immatriculations qu'elles octroient.

De quoi y doper les ventes de voitures d'occasion, qui disposent déjà d'une plaque. Celles-ci commencent à y faire jeu égal avec les ventes de voitures neuves.

Enfin, dans une conjoncture morose, les véhicules d'occasion attirent davantage, le prix de revente chutant de 25% par rapport au neuf une année après l'achat initial.

- Haut de gamme plus accessible -

De leur côté, les marques haut de gamme, dont les voitures s'écoulent entre 30.000 et 185.000 euros et qui pâtissent sévèrement du ralentissement économique, y voient un créneau stratégique.

"Nos clients attendent qu'on soit prêt à reprendre à bon prix leurs véhicules anciens", a indiqué à l'AFP Dietmar Voggenreiter, président Chine d'Audi, marque haut de gamme de Volkswagen.

"Mais c'est également une façon d'attirer vers le segment du premium de nouveaux clients, qui resteront fidèles à la marque", insistait-il.

Même raisonnement chez le rival allemand BMW: "Le boom de l'occasion amène vers nous de nouveaux profils d'acheteurs, certains n'ayant peut-être même jamais possédé de voiture", confirme Ian Robertson, responsable des ventes chez BMW.

"En séduisant ceux qui n'ont pas encore les moyens d'acquérir une voiture flambant neuve, les constructeurs espèrent les accoutumer à leur marque", explique Namrita Chow, de l'institut IHS.

"Pour BMW, s'attaquer à un public ayant des revenus comparativement inférieurs, c'est aussi doper sa pénétration en Chine" sans dévaloriser le standard des véhicules sortis d'usine, souligne-t-elle.

Certains concessionnaires de constructeurs premium collaborent même désormais avec des plateformes de vente en ligne.

Car internet est devenu l'incontournable moteur du marché de l'occasion: le géant du commerce électronique Alibaba est associé au réseau de concessionnaires China Grand Auto, tandis que le mastodonte du web Baidu a récemment investi dans la plateforme Uxin, affirmant vouloir sécuriser et faciliter les achats de voitures depuis son écran.

jug/ple/alc