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23/04/2015 11:05 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Au Togo, une campagne présidentielle de terrain, mais qui ne passionne pas

Dernier jour de campagne, jeudi, pour les cinq candidats à la présidentielle togolaise qui ont arpenté le pays, tapissé les villes d'affiches électorales et se sont affrontés férocement sur les réseaux sociaux. Sans pour autant passionner les Togolais, lassés de la politique.

Lomé, largement acquise à l'opposition, a été littéralement délaissée par les aspirants présidents, qui se sont en revanche livrés une bataille sans merci dans les zones rurales.

Mais les affiches électorales ont bourgeonné dans les rues de la capitale ouest-africaine de 800.000 habitants, d'abord sur les panneaux dédiés puis, ces derniers jours, anarchiquement, un peu partout dans l'espace public.

Celles du président sortant Faure Gnassingbé, qui brigue samedi un troisième quinquennat et dont la famille régente le Togo depuis 48 ans, dominent largement, étalant sur fond bleu et blanc leurs slogans à prétention humoristique: "Plus haut, plus loin, plus Faure", "Plus j'y pense, plus c'est Faure"...

Son principal adversaire, le chef de file de l'opposition Jean-Pierre Fabre, a préféré distribuer des tracts - "plus d'un million", selon son porte-parole Eric Dupuy, pour qui les affiches sont un "étalage de richesse malsain" dans un pays où plus de la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

Quelques affichettes orange (la couleur du candidat Fabre) assorties du slogan "Votons pour l'alternance 2015", sont néanmoins apparues ici et là.

Cette semaine, enfin, des cortèges de camions sono tonitruants, entourés de dizaines de taxis-moto faisant la publicité de Fabre ou Faure ont envahi les rues de Lomé.

- Le feu contre la glace -

Les cinq candidats ont également investi internet, auquel la majorité des Togolais n'a pourtant pas accès. Côté "orange", M. Fabre a communiqué sur "anctogo.com", le site de son parti, l'Alliance nationale pour le changement (ANC), tandis que pour le camp "bleu-blanc" du sortant, "fauremidable.com" proposait de petites vidéos du président.

Mais la campagne s'est jouée ailleurs, dans de petits rassemblements, parfois du porte-à-porte, dans les villages les plus reculés: même si aucun sondage n'existe, les zones rurales sont la clé du scrutin, estiment les observateurs.

Fabre contre Faure, l'"orange" contre le "bleu-blanc", c'est le feu contre la glace, sur le papier comme dans les discours.

L'opposant, solidement bâti, est un bouillant tribun qui harangue les foules, poing levé vers le ciel, tandis que le président, mince dans ses costumes sombres, a la voix posée, parfois hésitante - il est réputé discret, voire timide - et affectionne les discours techniques sur l'assainissement, l'éducation, ou l'économie.

Le premier tient de petits rassemblements quelque peu informels sur des places publiques écrasées de soleil, un micro et sa flamme pour tout équipement.

Le second est escorté par sa garde présidentielle, un pick-up surmonté d'une mitrailleuse lourde en embuscade en cas d'attentat, et salué à son arrivée par les chefs coutumiers locaux en tenue traditionnelle.

Chacun a à l'esprit les violences de la calamiteuse présidentielle de 2005 (400 à 500 morts dans la répression des forces de l'ordre, selon l'ONU), entachée de fraudes et "remportée" par M. Gnassingbé.

Le Burkina Faso voisin, où le président Blaise Compaoré a été chassé du pouvoir par un soulèvement populaire après 27 ans de règne, est également dans toutes les têtes.

Aux manifestations de rue, M. Fabre dit privilégier les urnes: "je vous demande de vous fâcher et de le chasser dans les urnes le 25 avril (...) Ne votez jamais pour Faure Gnassingbé!" clame l'opposant.

- Campagne électorale 'cherche foule'-

Sans jamais évoquer son meilleur ennemi, Faure appelle, lui, à "respecter le point de vue des autres, dans le respect et l'humilité" et demande de "préserver ce que nous avons de plus cher, la paix sociale". S'il joue sur la corde "démocrate", notamment pour se démarquer de son dictateur de père, le général Eyadéma, qui a passé 38 ans au pouvoir, c'est sans doute aussi parce que Faure se sait favori.

Car si les Togolais rêvent de changement, ils donnent presque l'impression d'avoir déjà renoncé à l'espoir d'une alternance par les urnes. D'autant que l'opposition, qui aligne quatre candidats, a déçu avec ses luttes intestines, et se retrouve défavorisée par le scrutin à un tour.

Même l'hebdomadaire "Le Médium", proche du pouvoir, titrait récemment "Campagne électorale cherche foule".

"La population togolaise est un peu lassée, désorientée par les hommes politiques togolais", résume l'analyste politique togolais David Ihou, parlant de "résignation".

"Le président nous a déçus, et l'opposition aussi", résume un jeune moto-taxi.

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