NOUVELLES
23/04/2015 06:26 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Afrique du Sud: nouveau raid policier avant une manifestation contre la xénophobie

L'Afrique du Sud, accusée d'inertie face aux attaques xénophobes à répétition depuis 2008, a de nouveau employé les grands moyens jeudi pour prévenir toute violence dans un township de Johannesburg, avant une grande manifestation de solidarité annoncée dans le centre-ville.

Peu de membres du gouvernement se sont annoncés pour ce cortège pour dire "non à la xénophobie" et proclamer l'"Afrique unie". Les organisateurs espèrent rassembler au moins 30.000 personnes, dix fois plus qu'à Durban (est) la semaine dernière.

Si la situation semble se normaliser dans le pays, notamment à Durban où les violences avaient débuté avant Pâques mais où aucune agression n'est à déplorer en une semaine, les statistiques sur plusieurs années sont accablantes. Plus de 350 étrangers ont été tués depuis 2008, selon le Centre des migrations africaines de l'université de Witwatersrand.

Et l'écrasante majorité de ces crimes sont restés impunis.

Pratiquement pas un jour ne passe depuis deux semaines sans que le chef de l'Etat Jacob Zuma ne tente de reprendre l'initiative et de donner des gages à la communauté internationale choquée.

Mercredi, il a affirmé vouloir s'attaquer sérieusement aux questions d'immigration, alors que le système administratif actuel est accusé de créer des bataillons de sans-papiers faute de traiter les dossiers dans les délais.

"Les Sud-Africains ne sont pas xénophobes", a assuré M. Zuma, alors que les initiatives pour dire non à la violence se multiplient: débats radiophoniques, messages en boucle à la télévision, concert, etc.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la police sud-africaine, épaulée par l'armée, a effectué une nouvelle démonstration de force dans le grand township d'Alexandra à Johannesburg.

Des dizaines de policiers ont pénétré à minuit dans un immense foyer de travailleurs à Alexandra, perquisitionnant chaque chambre dont les habitants ont été tirés du lit, fouillés et alignés au mur dans les couloirs, a constaté l'AFP.

La porte-parole de la police Noxolo Kweza a fait état de deux arrestations, l'une pour possession illégale d'uniforme de l'armée et l'autre pour trafic d'alcool.

Quartier coupe-gorge

L'opération s'est déroulée sans heurt, sous l'oeil de nombreuses caméras de journalistes, les policiers frappant aux portes tandis que des militaires en treillis surveillaient les abords et qu'un hélicoptère survolait la zone.

Le grand foyer de Madala, constitué de plusieurs immeubles, est typique des constructions du régime raciste de l'apartheid sous lequel les Sud-Africains noirs n'étaient pas censés habiter en ville, mais y être seulement hébergés temporairement sans leur famille.

Surpeuplé, avec 400.000 personnes environ entassées dans de petites maisons en briques et des baraquements de tôle et de bois construits dans des arrière-cours où courent les rats, le township d'Alexandra, le plus vieux de Johannesburg, a la réputation d'être un coupe-gorge. Ce qui n'empêche pas des touristes d'y venir respirer le charme de l'animation populaire, à condition d'être avec un bon guide.

C'est à Alexandra qu'un Mozambicain avait été poignardé devant un photographe sud-africain samedi, dernière victime recensée de la vague de violence contre les immigrés --en majorité d'autres Africains-- qui a fait officiellement sept morts et des milliers de déplacés depuis début avril à Durban et Johannesburg.

"Je n'ai pas eu de problèmes particuliers, je ne suis plus au township", a témoigné auprès de l'AFP Kallis, un garagiste mozambicain qui vivait auparavant à Alexandra, mais a déménagé il y a deux ans pour un faubourg moins agité et plus respectable.

C'est également à Alexandra que la ministre sud-africaine de la Défense Nosiviwe Mapisa-Nqakula a annoncé mardi le déploiement de l'armée pour éviter de nouvelles exactions.

La violence en Afrique du Sud ne s'exerce pas uniquement contre les étrangers mais est liée à une longue histoire nationale, avec notamment l'héritage de l'apartheid.

bur-clr/cpb/hba