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22/04/2015 12:32 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Yémen: les rebelles demandent l'arrêt des raids, condition à des pourparlers

Les rebelles au Yémen ont exigé l'arrêt total des raids aériens de la coalition menée par l'Arabie saoudite, qui se sont poursuivis mercredi en dépit de l'annonce la veille de la fin des bombardements.

Mardi soir, Ryad a annoncé la fin de la campagne aérienne menée depuis le 26 mars pour stopper l'avancée des rebelles chiites Houthis, soutenus par l'Iran, à travers le Yémen, et déclaré l'ouverture d'une nouvelle phase politique et humanitaire. Le blocus maritime du Yémen reste par contre maintenu.

Cela n'a pas empêché la coalition - qui s'était réservé le droit de mener de nouvelles frappes si des mouvements rebelles se faisaient menaçants - de cibler plusieurs positions Houthis mercredi.

Ces raids étaient notamment destinés à desserrer l'étau autour de la Brigade 35 blindée, restée fidèle au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par la coalition, et dont le camp près de Taëz (sud-ouest) venait d'être investi par des Houthis.

Trois autres raids ont visé un rassemblement et deux positions rebelles, toujours près de Taëz. Dans l'après-midi, un rassemblement de Houthis à Wahat (sud) a été pris pour cible, ont indiqué des sources militaires.

Dans une première réaction depuis l'annonce saoudienne, les Houthis ont demandé un arrêt total des raids, la levée du blocus, et des pourparlers sous l'égide de l'ONU.

"Après un arrêt complet de l'agression contre le Yémen et la levée du blocus (aérien et maritime), nous exigeons la reprise du dialogue politique, là où il s'était arrêté (...), sous le parrainage des Nations unies", a déclaré Mohammed Abdelsalam, porte-parole des rebelles, dans un communiqué.

- Vers un retour au dialogue ? -

Il a aussi salué "les efforts positifs" des Nations unies et leur "soutien déclaré au dialogue national".

Les rebelles ont libéré en signe de bonne volonté trois personnalités capturées le 25 mars dans le sud, dont le ministre de la Défense Mahmoud el-Soubeihi et le général Nasser Mansour Hadi, un frère du président réfugié en Arabie saoudite.

Sur la scène internationale, l'annonce de l'arrêt des frappes a été saluée aussi bien par Téhéran que par Washington, et le président Barack Obama a appelé l'Iran à contribuer à trouver un accord politique.

L'ex-président du Yémen Ali Abdallah Saleh, allié aux Houthis, a lui aussi bien accueilli la décision de Ryad et espéré que "tout le monde coopèrera pour revenir au dialogue et trouver des solution.

Dans un discours retransmis à la télévision depuis Ryad, le président Hadi a lui promis "la victoire". "Nous allons bientôt retourner dans notre patrie, à Aden et à Sanaa", a-t-il assuré.

Faisant le bilan des dernières semaines, le ministère saoudien de la Défense a estimé que les frappes aériennes étaient parvenues "avec succès à éliminer les menaces pesant sur la sécurité de l'Arabie saoudite et des pays voisins".

Mais en dépit du succès revendiqué par Ryad, la capitale Sanaa et d'autres secteurs restent aux mains des rebelles et de violents affrontements continuent de secouer le sud du pays.

- Situation humanitaire 'catastrophique' -

Quant à la situation humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) l'a qualifiée de "tout à fait catastrophique".

"La résilience des Yéménites atteint un point de rupture", a déclaré depuis Genève Robert Mardini, qui dirige les opérations du CICR au Moyen-Orient. "Au moins 50 personnes sont tuées et environ 500 blessées chaque jour, et le nombre de pertes civiles augmente de façon dramatique", a-t-il ajouté.

La veille, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait mis en garde contre un effondrement imminent des systèmes de soins, et fait état de 944 morts et 3.487 blessés --civils et militaires-- entre le 19 mars et le 17 avril.

Tout en annonçant l'arrêt des raids, la coalition a annoncé le début d'une nouvelle phase, baptisée "Redonner l'espoir", en vue de la reprise du processus politique au Yémen, de la fourniture d'une aide humanitaire et de la "lutte contre le terrorisme", dans un pays où Al-Qaïda reste très actif.

Sept membres présumés d'Al-Qaïda ont d'ailleurs été tués dans la nuit dans une attaque de drone américain contre leur voiture à Moukalla, capitale de la province du Hadramout (sud-est) contrôlée depuis début avril par le réseau extrémiste, selon des témoins.

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