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22/04/2015 16:40 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Tunisie: un animateur vedette jugé pour escroquerie reste en détention

La justice tunisienne a maintenu mercredi en détention Samir El Wafi, un présentateur vedette de télévision ayant promis à un homme d'affaires en fuite d'intercéder en sa faveur en échange d'une interview, demandant la requalification des faits en crime, selon la défense.

"Le tribunal s'est dit incompétent pour juger cette affaire. Les faits ne sont plus considérés comme un délit mais comme un crime, et tout le dossier revient au Parquet pour que les faits soient requalifiés", a dit à l'AFP Me Hatem Zouari, l'un des avocats de la défense.

Le tribunal était injoignable mercredi soir.

"Nous nous attendions à tout, même à de la prison avec sursis, sauf à cela", a ajouté Me Zouari. Les avocats de M. El Wafi, en détention provisoire depuis le 15 avril, vont demander sa libération et probablement faire appel, selon la même source.

Plus tôt, M. El Wafi s'était longuement expliqué devant le juge, reconnaissant les faits mais assurant qu'il s'agissait d'un stratagème dans le but d'obtenir une interview exclusive.

L'animateur est accusé de trafic d'influence et d'escroquerie après avoir promis à l'homme d'affaires Hamadi Touil, un proche de l'un des beaux-frères de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali en fuite depuis la révolution de janvier 2011, d'intercéder en sa faveur afin d'"arranger ses affaires" en Tunisie, en échange de l'entretien.

Une somme d'argent a également été évoquée dans un enregistrement effectué à l'insu de l'animateur par l'épouse de l'homme d'affaires.

M. Touil "dispose d'énormément d'informations. C'est une boîte noire" de l'ère Ben Ali, a lancé l'animateur à l'ouverture de son procès. "Et je suis journaliste. Je l'ai vu sous un seul angle, celui du scoop (...). Alors je lui ai fait croire que je pouvais l'aider (...). En toute franchise, monsieur le juge, j'ai menti", a-t-il poursuivi.

"Je veux du buzz, de la polémique, qu'on parle de moi. D'autres journalistes choisissent d'autres méthodes, c'est mon école à moi", a-t-il dit.

"S'il (M. Touil) m'avait dit: 'J'ai un problème avec Obama', j'étais prêt à lui dire: 'Je connais des gens qui connaissent Obama'. J'étais prêt à donner de l'argent pour qu'il parle", a-t-il insisté.

Quant à l'argent mentionné dans l'enregistrement, "c'était (dans le cadre) d'un scénario. Je voulais paraître sérieux, que cette femme sorte de l'entretien convaincue. Je n'ai pas pris un seul dinar", s'est-il défendu.

Ses avocats avaient demandé un non-lieu, estimant que l'enregistrement n'était pas recevable et assurant que l'animateur "ne faisait que son travail". Ils ont par ailleurs plaidé pour la prescription des faits qui datent selon eux de plus de trois ans.

Très controversé, Samir El Wafi est l'un des présentateurs les plus célèbres de Tunisie. Accusé de sensationnalisme par ses détracteurs mais apprécié pour ses questions insistantes par ses fans, il présente tous les dimanches sur la chaîne privée Al Hiwar Ettounsi "Pour ceux qui osent seulement", une émission au cours de laquelle une personnalité passe sur le gril.

Cette affaire a été mise au jour lorsque deux autres vedettes du paysage audiovisuel tunisien, Moez Ben Gharbia et Wassim Lahrissi dit "Migalo", ont été condamnées à six mois de prison avec sursis pour avoir escroqué le même homme d'affaires.

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