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22/04/2015 11:41 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Soudan du Sud: combats entre forces progouvernementales à Malakal (armée, témoin, médias)

D'intenses combats ont opposé mardi soir et mercredi des factions rivales des troupes pro-gouvernementales du Soudan du Sud, dans la localité de Malakal (nord-est), selon l'armée sud-soudanaise, et le calme semblait revenu en fin de journée.

Des combats ont éclaté mardi soir "à la suite d'un malentendu" entre la garde du gouverneur du Haut-Nil, Simon Kun, et les miliciens shilluk du général Johnson Olony, ancien chef rebelle ayant rallié Juba mi-2013, a déclaré Philip Aguer, porte-parole de l'armée sud-soudanaise.

Il a reconnu "des antagonismes" dans la région entre diverses milices tribales qui épaulent l'armée sud-soudanaise face à la rébellion conduite depuis décembre 2013 par l'ancien vice-président Riek Machar.

M. Aguer a fait état d'un bilan provisoire de deux morts dans les rangs des troupes du gouverneur et de deux blessés dans ceux des miliciens du général Olony.

Un employé humanitaire sur place, ayant requis l'anonymat, a indiqué mercredi que de fortes explosions avaient été entendues dans la matinée, dans la capitale de l'État du Haut-Nil, contrôlée par les forces loyales au président Salva Kiir. Les puits pétroliers du Haut-Nil sont les derniers à fonctionner encore au Soudan du Sud.

"La situation à Malakal est apparemment calme", a déclaré mercredi après-midi à l'AFP un porte-parole de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), Joseph Contreras, prévenant toutefois que cet accalmie restait précaire.

Le général Olony avait été convoqué en mars au QG de l'armée sud-soudanaise à Juba pour s'expliquer sur des accusations de l'Unicef, selon lesquelles sa milice enrôlait des enfants-soldats. Selon les stations Eye Radio - basée à Juba - et Tamazuj, les affrontements ont éclaté autour du contrôle d'une route.

Tamazuj a affirmé que plusieurs milices tribales dinka avaient rejoint les forces du gouverneur, alors que les tensions entre shilluk et dinka sont fortes dans la région ces dernières semaines.

Au moins 1.500 civils ont afflué depuis mardi soir à la base de la Minuss à Malakal, qui hébergeait déjà plus de 26.000 déplacés, a précisé M. Contreras.

Plus de 5.000 civils y avaient déjà trouvé refuge en une dizaine de jours début avril, après des affrontements entre milices dinka et shilluk autour de Malakal, selon l'ONU. Malakal a été largement détruite par les combats entre forces pro-Kiir et rebelles pro-Machar.

La rivalité entre les deux hommes à la tête du jeune régime de Juba a profondément divisé l'armée - issue de la rébellion sudiste - le long de lignes politico-ethniques, dans un pays mosaïque d'une soixantaine de peuples.

Ces divisions ont dégénéré le 15 décembre 2013 en combats à grande échelle, replongeant dans la guerre civile le pays, devenu indépendant en juillet 2011 après des décennies de conflit contre Khartoum.

Les observateurs estiment que l'actuel conflit, marqué par des atrocités à caractère ethnique, a fait des dizaines de milliers de morts. Environ 2 millions de personnes ont été chassées de chez elles et près de la moitié des 12 millions d'habitants a besoin d'aide pour survivre, selon l'ONU.

Mercredi, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé envisager de suspendre ses opérations dans certaines parties du Haut-Nil en raison de l'insécurité, après la disparition de trois de ses employés début avril, sur "fond de dégradation de la sécurité en général et d'un harcèlement croissant des travailleurs humanitaires à travers le pays".

"Le PAM craint que l'aggravation de l'insécurité (...) rende plus ardu aux agences humanitaires l'accès aux communautés touchées par le conflit, qui ont désespérément besoin d'aide", poursuit l'agence onusienne, également sans nouvelle d'un quatrième employé sud-soudanais, enlevé en octobre 2014 à Malakal.

Selon l'ONU, 10 travailleurs humanitaires ont été tués dans le Haut-Nil depuis le début du conflit actuel.

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