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22/04/2015 00:45 EDT | Actualisé 21/06/2015 01:12 EDT

Politico débarque en Europe avec les recettes de son succès américain

Politico, le quotidien en ligne américain qui s'est imposé à Washington, a lancé sa version européenne avec les mêmes recettes et l'ambition affichée de bousculer le paysage médiatique à Bruxelles.

Le site affichait mardi une grande interview du président de la Commission européenne, mais aussi le récit du même Jean-Claude Juncker se tordant de douleur lors d'une crise de calculs rénaux, ou un papier sur le transfert à Paris de négociations sur la Grèce, les hôtels bruxellois affichant complets à cause d'un salon des fruits de mer.

Depuis des semaines, la bulle politico-médiatique bruxelloise bruissait de l'arrivée de ce média lancé en 2007 aux Etats-Unis, devenu une référence avec une couverture incisive de la vie politique et de ses intrigues.

A rebours d'un paysage médiatique déprimé, Politico débarque avec de gros moyens. Le journal, fruit d'une coentreprise 50-50 entre l'Américain Politico et le puissant groupe allemand Axel Springer, a déjà engagé 36 journalistes. Une trentaine à Bruxelles, mais aussi des correspondants à Berlin, Paris et Londres.

"Cela souligne à quel point l'Europe est devenue un sujet pour les Etats-Unis. C'est le signe de la montée en puissance de l'Europe", estime Nicolas Beytout, directeur et fondateur du quotidien français L'Opinion.

"Ce qui provoque la frénésie, c'est que nous offrons quelque chose de différent, un journalisme vivant sur l'Europe, pas à propos de Bruxelles ou des institutions", affirme le rédacteur en chef, Matthew Kaminski. "Politico parle du pouvoir. Qui le détient, qui manoeuvre pour l'obtenir, qui s'en sert. C'est fascinant", renchérit John Harris, co-fondateur du site.

Alors que le groupe Springer s'était clairement engagé l'an dernier en faveur de l'élection du conservateur Juncker à la tête de la Commission, les responsables de Politico se défendent de toute ligne politique et de toute "influence".

- Décideurs et newsletters -

John Harris avait quitté le Washington Post avec Jim VandeHei pour lancer Politico, surfant sur le combat sans merci entre les démocrates Barack Obama et Hillary Clinton avant la présidentielle de 2008.

Mais contrairement aux Etats-Unis, l'Union européenne et ses institutions, au fonctionnement complexe et souvent opaque, sont volontiers jugées ennuyeuses. "Je ne suis absolument pas d'accord", dit John Harris. Et de citer l'annonce la semaine dernière de l'attaque frontale lancée par l'UE contre le géant américain Google, accusé d'abus de position dominante par la commissaire à la Concurrence, la danoise Margrethe Vestager, en passe de devenir une star de l'exécutif européen.

Politico admet que ses premières cibles sont les grands médias anglo-saxons, au premier rang desquels le peu européen mais très influent Financial Times.

Mais derrière le site gratuit accessible à tous, ses dirigeants ne cachent pas leur réelle ambition: attirer, comme aux Etats-Unis, les décideurs et les lobbyistes vers les lettres d'information payantes, et très rentables. Trois seront lancées dès le mois prochain, sur l'énergie, les technologies et la santé.

"Nous n'avons pas besoin d'un million de lecteurs. Nous voulons 100 décideurs qui lisent nos newsletters", reconnaît Sheherazade Semsar-de Boisseson, la directrice générale. "C'est toujours agréable d'avoir beaucoup de lecteurs, mais pour que ça marche, vous devez attirer les gens importants", insiste M. Kaminski.

Il reste que le style tonitruant de Politico, qui proclame l'arrivée à Bruxelles d'un journalisme "impartial", a provoqué quelques irritations dans la sphère médiatique.

Même la Commission européenne, pourtant bien disposée à l'égard du nouveau venu, montre des signes d'agacement. "Le président Juncker a fait un cadeau à Politico pour son lancement", a reconnu mardi son porte-parole, Margaritis Schinas. Et d'ajouter, pincé: "Ils lui ont donné une grande nouvelle: les calculs rénaux sont douloureux".

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