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22/04/2015 15:57 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Paris et Jakarta s'affrontent sur le sort d'un Français condamné à mort en Indonésie

Paris a haussé le ton mercredi pour tenter de sauver un Français, condamné à mort à Jakarta pour trafic de drogue, mais ses menaces risquent de se heurter à l'intransigeance du président indonésien.

L'exécution de Serge Atlaoui "serait dommageable pour l'Indonésie, dommageable pour les relations que nous voulons avoir avec elle", a déclaré le président français François Hollande, en rappelant son opposition de principe à la peine de mort, abolie dans son pays en 1981.

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a convoqué mercredi pour la troisième fois l'ambassadeur d'Indonésie pour évoquer cette affaire.

La France "continue à espérer un geste de clémence", avait-il dit mardi, avertissant lui aussi qu'une exécution de Serge Atlaoui aurait des "conséquences" sur les relations bilatérales.

Les plus hautes autorités françaises s'étaient jusqu'alors activées discrètement en faveur de Serge Atlaoui, un artisan soudeur de 51 ans et père de quatre enfants, condamné à la peine capitale en 2007 pour trafic de drogue.

Incarcéré depuis dix ans en Indonésie, il a toujours clamé son innocence, affirmant qu'il n'avait fait qu'installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique, qui abritait en réalité une fabrique clandestine d'ecstasy.

Ses dénégations n'ont pas été entendues et la Cour suprême d'Indonésie a rejeté mardi son dernier recours, en même temps que celui d'un Ghanéen, Martin Anderson, lui aussi dans le couloir de la mort pour trafic de drogue.

"Les exécutions peuvent avoir lieu à n'importe quel moment à partir de maintenant", a déclaré à l'AFP la femme du Français, Sabine Atlaoui, en Indonésie pour assister son mari.

Face à des institutions indonésiennes "très sourdes à toute demande", elle a appelé à une "énorme mobilisation" en faveur de son époux. Deux rassemblements sont prévus samedi en France pour réclamer la clémence de Jakarta, également demandé par la chanteuse indonésienne Anggun dans une lettre au président Joko Widodo appelé Jokowi.

"La fille de Java que je suis vous implore d'accorder à Serge Atlaoui une grâce présidentielle", écrit l'artiste, installée en France et très populaire dans son pays natal.

-'Un must'-

Ces appels pourraient toutefois se heurter à la fermeté affichée par le président indonésien à l'encontre du trafic de drogue qui fait des centaines de morts chaque année dans l'archipel.

"On fait le maximum" mais "on est très inquiets", a déclaré une source à la présidence française qui a requis l'anonymat.

"Jokowi est profondément convaincu qu'une exécution est un must pour faire face au trafic de drogue", a expliqué à l'AFP l'analyste politique Yohanes Sulaiman. "Il veut montrer qu'il est un président ferme", ce qui plaît à l'opinion, a-t-il ajouté.

Après avoir remporté la présidentielle l'été dernier et pris ses fonctions en octobre, l'une des premières décisions du président Jokowi a été de rejeter toutes les demandes de grâce de condamnés à mort pour trafic de drogue.

Il a ainsi déçu les défenseurs des droits de l'homme qui avaient placé des espoirs dans cet homme issu d'un milieu modeste, devenu le premier président sans lien avec le régime du dictateur Suharto au pouvoir pendant 32 ans (1967-1998).

Mais la peine de mort, qui bénéficie d'un large soutien dans la population, n'a pas été un thème débattu pendant la campagne. Selon un récent sondage, près de 85% des Indonésiens la jugent légitime en cas de trafic de drogue.

Les exécutions, interrompues depuis 2013, ont repris en janvier avec la mise à mort de six condamnés pour trafic de drogue dont cinq étrangers.

Comme la France, l'Australie, dont deux ressortissants doivent être exécutés très prochainement, a mis en garde contre des "conséquences" sur les relations bilatérales en cas d'exécution.

Mais pour M. Sulaiman, il est "très peu probable que l'Australie ou l'Union européenne imposent un boycott économique" à l'Indonésie, première économie d'Asie du Sud-Est. Le commerce entre la France et l'Indonésie a atteint 3,2 milliards d'euros en 2013.

Les Occidentaux "comprennent parfaitement que l'Indonésie est importante sur le plan géopolitique et pour sa position stratégique dans le commerce mondial", ajoute l'analyste.

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