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22/04/2015 12:11 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Migrants : l'UE se met en ordre de bataille contre les "esclavagistes"

L'UE va chercher jeudi les moyens de combattre, y compris par la force, les "esclavagistes" en Libye, responsables de la pire tragédie concernant des migrants en Méditerranée, que des survivants commencent à raconter.

Les dirigeants des 28 pays de l'UE se retrouvent jeudi pour un sommet extraordinaire convoqué d'urgence après le naufrage d'un chalutier transportant des migrants qui a fait quelque 800 morts.

Arrivés mardi en Sicile, les 28 survivants de cette catastrophe, dont les deux passeurs aussitôt arrêtés, ont commencé à donner quelques détails sur leur traversée.

L'un d'entre eux, Abdirizzak, a raconté à la presse italienne avoir échappé à la mort parce qu'il se trouvait dans la partie supérieure du chalutier. "Ceux qui avaient le moins d'argent ont été enfermés à fond de cale. J'étais sur le pont intermédiaire, et ceux qui avaient le plus payé étaient au-dessus", a-t-il affirmé.

Entassés à plus de 850 sur ce bateau de 20 mètres de long, seuls 28 d'entre eux ont eu la vie sauve. Les garde-côtes ont repêché 24 corps. Des centaines d'autres migrants, y compris des femmes et des enfants, sont restés prisonniers à l'intérieur du chalutier.

Ils avaient payé entre 330 et 660 euros pour la traversée, selon le Parquet de Catane (Sicile), et, pour certains, ont été parqués pendant plus d'un mois dans une usine désaffectée près de Tripoli avant d'embarquer jeudi soir.

Le naufrage a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche à quelque 60 milles (110 km) au large des côtes libyennes.

Ce nouveau drame, après les 450 disparus la semaine dernière, a suscité la colère du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a accusé l'Europe de "laisser mourir" les migrants.

Dès lundi, l'UE s'est efforcé de trouver une réponse avec l'adoption d'un plan en dix points, prévoyant notamment de renforcer les opérations de surveillance et de secours en mer.

- Combattre les "marchands d'esclaves" -

L'Italie a demandé mercredi à ses partenaires de combattre ensemble les passeurs en Méditerranée, "marchands d'esclaves du XXIe siècle", et d'intervenir à long terme pour aider les pays au sud de la Libye à se stabiliser.

A Londres, le Premier ministre britannique David Cameron a dit vouloir empêcher les migrants de prendre la mer, afin de "mettre fin à ces cargaisons de la mort".

Le recours à la force est illusoire, mettent toutefois en garde les experts.

"Ceux qui sont déterminés à venir trouveront toujours des points d'entrée. Ça rapporte tellement d'argent que les trafiquants seront toujours très créatifs en la matière", juge ainsi Kader Abderrahim, chercheur-associé à l'Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a lui aussi plaidé pour que les causes des départs soient combattues "à leurs racines". Avec l'ONU, l'Europe "doit avoir une stratégie à long terme en Afrique", en ayant une présence forte dans les pays au sud de la Libye, a-t-il dit devant le parlement italien. Il a cité le Soudan et le Niger, mais sans entrer dans les détails de ce qui pourrait y être fait.

- Accord rapide en Libye -

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et son homologue auprès de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ont exigé mercredi à Bruxelles que les factions rivales en libye se mettent rapidement d'accord pour reconstruire un Etat, première étape avant d'endiguer le flux de migrants.

Plusieurs organisations humanitaires considèrent aussi que la force ne réglera pas le problème, mais le déplacera vers un autre point de départ, une nouvelle "route" de migrants. Ils estiment, comme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qu'il serait plus utile de traiter les demandes des réfugiés dans les pays de transit, comme le Niger et le Liban. Mais les Européens, redoutant un "appel d'air", sont réticents face à cette éventualité.

A Catane, les enquêteurs poursuivaient mercredi leurs interrogatoires, avant une éventuelle inculpation du commandant du chalutier, un Tunisien âgé de 27 ans, Mohammed Ali Malek. Ce dernier a été désigné par le Parquet de la deuxième ville de Sicile comme étant le principal responsable de la tragédie.

Mercredi, il l'a également accusé de "séquestration de personnes" pour avoir enfermé des centaines de migrants à fond de cale, ne leur laissant aucune chance de survivre. Il est déjà accusé d'homicides involontaires, naufrage involontaire et incitation à l'immigration clandestine.

Depuis le début de l'année, ce sont quelque 1.750 migrants, hommes, femmes et enfants, qui ont péri en mer, dont 450 la semaine dernière. C'est 30 fois plus que sur la même période l'an dernier, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM). Plus de 20.000 migrants ont déjà débarqué en Italie depuis le début de l'année. Et rien ne semble devoir les décourager.

Mercredi, un total de 1.106 migrants sont arrivés sur les côtes italiennes. Ils ont rejoint les 70.507 déjà présents dans des centres d'accueil en Italie, selon des chiffres arrêtés au 20 avril, communiqués mercredi par le ministre italien de l'Intérieur Angelino Alfano.

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