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22/04/2015 13:28 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Migrants: l'Italie demande à l'Union européenne de prendre des mesures concrètes

ROME - L'Italie a demandé mercredi à l'Union européenne d'adopter des mesures concrètes et robustes pour mettre fin au tsunami de migrants qui tentent de traverser la Méditérranée avec l'aide de passeurs.L'Italie a notamment proposé l'ouverture de camps de réfugiés dans les pays limitrophes de la Libye, d'où partent la majorité des navires de migrants.La ministre italienne de la Défense, Roberta Pinotti, a aussi évoqué une éventuelle intervention militaire.«Nous savons où se rassemblent les passeurs et où ils gardent leurs navires, a-t-elle dit au réseau Sky TG24. Les plans d'une intervention militaire sont sur la table.»Environ 90 pour cent des navires de passeurs appareillent depuis la Libye, où le chaos est alimenté par l'absence d'un gouvernement central et des djihadistes affiliés au groupe armé État islamique. La situation permet à des groupes criminels de passeurs d'opérer en toute impunité.Un naufrage survenu en fin de semaine dernière pourrait avoir fait quelque 800 morts, ce qui en ferait la pire tragédie du genre jamais notée dans la Méditérranée. Les leaders de l'Union européenne doivent se rencontrer jeudi pour discuter de la crise.Mme Pinotti s'est déclarée «prudemment optimiste» que ce sommet, organisé à la demande de l'Italie, puisse accoucher de mesures concrètes. Des centaines de migrants arrivent pratiquement chaque jour en Italie, habituellement après avoir été secourus des rafiots des trafiquants.«Nous pensons que le moment est venu pour l'Europe de décider, de manière résolue, d'avoir une opération policière internationale, ce qui mettra fin aux agissements de cette bande de criminels», a-t-elle lancé.De son côté, le premier ministre italien Matteo Renzi a demandé aux leaders européens d'adopter trois propositions essentielles: doubler les ressources de la mission européenne de surveillance des frontières; détruire les navires des passeurs; et améliorer la coordination à travers l'UE en ce qui touche le transfert des demandeurs d'asile.«Les opérations navales de l'Union européenne dans la région de la Corne d'Afrique ont efficacement lutté contre les pirates — et une initiative similaire doit être mise en place pour combattre efficacement le trafic de personnes dans la Méditérranée, écrit-il dans les pages du New York Times. Les navires des passeurs doivent être mis hors de commission.»Plus d'un millier de migrants sont arrivés en Italie au cours des dernières heures. L'Italie dit avoir secouru 200 000 migrants en mer depuis le début de 2014.«Nous demandons à l'Europe d'être l'Europe, et pas seulement quand c'est le temps de concevoir un budget», a dit M. Renzi.Les médias italiens ont rapporté plus tôt cette semaine que le gouvernement a évoqué la création de camps de réfugiés en Tunisie, au Niger, au Soudan et ailleurs en Afrique, avec l'aide des Nations unies. Les demandes d'asile pourraient être traitées dans ces camps.M. Renzi a repris ce même thème lors d'un discours devant le Parlement italien.«Quand une personne doit risquer sa vie pour échapper à une situation où les gens autour d'elle sont décapités, on ne peut pas décourager les départs avec des énoncés vagues, a-t-il dit. On peut le faire en déployant le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés au Niger, au Soudan» et ailleurs en Afrique.La ministre Pinotti a dit que le traitement des demandes en Afrique permettrait ensuite aux pays européens de se partager équitablement les migrants admissibles.Elle a ensuite ajouté que l'Italie serait prête à prendre la tête de toute intervention militaire internationale, en autant que celle-ci soit appuyée par l'ONU. Elle a prévenu que l'afflux de migrants n'est pas sur le point de s'essouffler, déclarant que «90 pour cent des réfugiés proviennent de pays comme le Nigeria, l'Éthiopie et la Somalie, des endroits où ils ont peur de mourir. On ne peut pas les empêcher» de quitter leurs patries.Les migrants «ne peuvent pas tous arriver en Italie», a-t-elle dit.Pour sa part, Amnesty International demande aux pays européens de lancer une vaste opération humanitaire dans la Méditérranée.Un rapport publié mercredi par l'organisation humanitaire réclame un effort multinational appuyé par «des ressources navales et aériennes, d'une ampleur appropriée».Le document ajoute que près de 21 000 personnes ont traversé la Méditérranée depuis le début de l'année, soit le même nombre que l'an dernier, mais qu'on déplore nettement plus de morts et de disparus.Amnesty demande aux leaders européens de fournir une aide financière et logistique d'urgence aux pays qui, comme l'Italie et Malte, se trouvent aux premiers rangs de l'afflux de réfugiés, de manière à leur permettre d'amplifier leurs capacités de recherche et sauvetage en attendant la mise en place d'une opération multinationale.Amnesty presse aussi l'Europe d'accueillir davantage de réfugiés.