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22/04/2015 04:37 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

La Bourse de Hong Kong a le vent en poupe mais Pékin veille

La Bourse de Hong Kong a le vent en poupe, portée par l'assouplissement de l'accès des investisseurs du continent à la place financière de l'ancienne colonie britannique. Une tendance qui devrait se poursuivre même si elle est tempérée par la nervosité de Pékin, estiment les analystes.

Jusqu'alors réservés quant à la plate-forme de connexion entre les places de Shanghai et Hong Kong lancée en novembre 2014, les investisseurs chinois se sont rués ces derniers temps au sud de la frontière et Hong Kong a atteint des sommets.

L'indice composite Hang Seng s'est apprécié de 13% depuis début avril, sa meilleure performance deuis décembre 2007, le sous-indice mesurant les valeurs chinoises cotées à Hong Kong grimpant lui de près de 20%.

En mars, Pékin a autorisé les fonds communs de placements chinois, jusque là limités par la nécessité d'obtenir au préalable des quotas d'investissement sur les marchés étrangers(QDII), à investir à la Bourse de Hong Kong via la plate-forme Connect.

"C'est une véritable révolution", commente auprès de l'AFP David Gaud, gérant de fonds chez Edmond de Rothschild Asset Management.

Si pour des raisons techniques, ces fonds mutuels ne sont pas encore concrètement présents sur le marché, les investisseurs chinois privés déjà détenteurs de comptes leur permettant d'acheter dans la région autonome s'y sont précipités. "Ils se sont dit, +les fonds vont pousser mes valeurs à la hausse+", poursuit-il.

Connect a été créée dans l'idée de permettre aux investisseurs internationaux d'avoir accès directement, via la Bourse hongkongaise, à des titres cotés à Shanghai, et aux Chinois du continent d'acheter des actions cotées à Hong Kong en passant par le marché shanghaïen.

Or, la Bourse de Shanghai est en pleine forme. Dopée par les espoirs de nouvelles mesures d'assouplissement de Pékin, elle a clôturé mardi, en hausse de 32% depuis le début de l'année.

- Ecarts de valorisation -

Shanghaï avait déjà bondi de 53% sur un an en 2014 et les Chinois peuvent penser qu'il vaut mieux investir en Bourse plutôt que dans l'immobilier en berne.

Et les écarts de valorisation par rapport à Shanghai, avec des différences pouvant aller de 20 à 50% pour une même société, ajoutent à l'attractivité de Hong Kong, souligne David Gaud. De plus, des sociétés très connues en Chine comme China Mobile, Tencent (internet) ou Wisdom (événements sportifs), sont uniquement cotées à Hong Kong.

You Jianhong, Chinoise du continent employée dans la finance, pense ainsi qu'il y a des affaires à faire. "C'est bon marché, les évaluations sont basses", dit-elle. "Les frais sont assez élevés mais j'ai quand même envie d'acheter".

Mais soucieuse d'éviter une spéculation trop importante, l'autorité chinoise de régulation des marchés (CSRC) a décidé la semaine dernière de faciliter les ventes à découvert, pratique qui freine théoriquement la hausse du marché, tout en limitant la possibilité d'emprunter aux fins de placements boursiers.

La Chine se méfie des flux transfrontaliers incontrôlés et veut éviter les risques sociaux et économiques d'un éventuel effondrement boursier.

Le régulateur a soutenu que les nouvelles règles n'étaient pas destinées à freiner le marché.

"Ils ne veulent pas que le marché devienne fou, ils veulent un marché haussier mais mesuré", dit l'analyste Francis Lun, PDG de Geo Securities. "Ils ont peur de l'emballement, d'un effet de bulle".

Les analystes jugent néanmoins que la hausse restera d'actualité.

"Il y aura un ralentissement mais les marché restera haussier", dit Francis Lun.

Même analyse pour David Gaud. Ces mesures devraient "modérer un peu la hausse mais le mouvement est structurel et va se poursuivre jusqu'à ce que Shanghai soit au même niveau que Hong Kong d'une manière ou d'une autre".

Autre vecteur de flux supplémentaires potentiels, la volonté de la Chine de lancer une plate-forme de connexion directe entre Hong Kong et Shenzhen. La Bourse de Shenzhen, particulièrement dédiée aux firmes technologiques, petites entreprises et start-ups, a vu sa popularité s'affirmer.

La croissance chinoise a continué de ralentir au premier trimestre après un taux de 7,4% en 2014 --sa plus faible performance depuis presque un quart de siècle.

Nombre d'analystes pensent que Pékin sera contraint d'accélérer drastiquement ses mesures de soutien, la banque japonaise Nomura pariant même sur deux nouvelles baisses des taux d'intérêt d'ici la fin de l'année.

La Banque centrale les a déjà réduit deux fois depuis novembre. Elle vient d'annoncer une réduction du ratio de réserves obligatoires des banques, ce qui revient à injecter plus de liquidités dans le système.

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