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22/04/2015 02:42 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

La banque mobile décolle en Afrique, laboratoire d'innovations bancaires

La banque mobile, qui permet de réaliser certaines opérations bancaires avec un téléphone sans avoir de compte, rencontre un succès sans précédent en Afrique sub-saharienne, aiguisant les appétits même si le modèle de référence reste à inventer.

Selon la Banque Mondiale, c'est la seule région du monde où en moyenne 10% des adultes détiennent un compte sur mobile, une proportion qui dépasse même les 50% dans certains pays (Gabon, Kenya, Soudan), au point que l'institution y voie un outil de bancarisation massif.

Pour l'instant, les opérateurs proposent des opérations relativement basiques: achat d'unités pour le téléphone, règlement de factures d'eau et d'électricité et transfert d'argent.

En 2014, ce sont environ 67 milliards de dollars qui ont été envoyés par la diaspora vers le continent, et les frais proposés par les banques mobiles sont moins élevés en moyenne que ceux des services traditionnels type Western Union.

"Payer ses factures d'électricité en Afrique, ça demande une demi-journée car il y a très peu d'agences dans lesquelles on peut le faire. Il y a un vrai bénéfice sociétal à pouvoir les régler sans se déplacer", souligne Alban Luherne, directeur d'Orange Money, l'offre de banque mobile de l'opérateur téléphonique français.

Ce marché pourrait rapporter 1,5 milliard de dollars de chiffre d'affaires en 2019, selon le Boston Consulting Group (BCG), qui estime qu'à cette date, 400 millions d'Africains possèderont un téléphone portable (contre 300 millions aujourd'hui).

"Il y a de nombreuses entreprises actives dans ce segment, qui est très récent et dans lequel la plupart des acteurs sont en mode start-up et se positionnent. Mis à part M-Pesa qui s'est fortement imposé au Kenya, il n'y a pas encore d'acteur de référence", estime Othman Omary, analyste chez BCG.

Le succès de M-Pesa, lancé par l'opérateur Safaricom (détenu à 40% par le géant britannique des télécoms Vodafone), repose notamment sur un environnement réglementaire et technique très favorable ce qui ne le rend pas aisément exportable.

- Une activité peu rentable -

"Il y a eu beaucoup de difficultés voire d'échecs dans ce secteur à l'exception de M-Pesa. Pour que ça marche il faut un pays qui ait la réglementation propice ainsi qu'un renversement culturel car il y a des cultures dans lesquelles l'argent c'est le cash", explique ainsi Georges Ferré, consultant chez Roland Berger.

"Il faudra inventer un modèle qui n'existe pas aujourd'hui. L'équation économique sera très importante parce que la clientèle à laquelle on s'adresse dispose de très faibles revenus. Il faut que le modèle soit low cost car si on a le même coût de traitement qu'une banque classique, ce sera compliqué de le rentabiliser", juge M. Omary.

"Le retour sur investissement est relativement long, car il faut le temps que la digitalisation de l'argent entre dans les moeurs", admet Alban Luherne, précisant que dans certains pays, Orange Money représente déjà plus de 5% du chiffre d'affaires du groupe.

"Initialement on a lancé ce service pour fidéliser nos clients et en cela, c'est extrêmement efficace. Au fil des années, on s'est rendu compte que c'était une source de revenus en tant que tel, et donc un nouvel axe de croissance pour le groupe", explique-t-il.

Pour aller plus loin, l'opérateur prépare une offre de crédit via mobile, en partenariat avec la banque panafricaine Ecobank, et songe à la vente de produits d'épargne ou d'assurances.

"Une large part de la population africaine utilise des services financiers, mais informels: il y a beaucoup de cash, quand on a besoin d'emprunter on passe par des systèmes de tontines, du prêt familial etc., mais le mobile peut être une alternative intéressante en termes de coûts et de sécurité", estime M. Omary.

"Reproduire ne suffit pas, il faut inventer", souligne de son côté le responsable Afrique de la Société Générale, qui s'apprête à lancer une offre de banque mobile. Le groupe teste d'autres solutions comme "l'agence légère" dans un camion au Burkina Faso ou Manko au Sénégal, formule à mi-chemin entre banque et institut de microcrédit.

sr/fpo/spi/jhd

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