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22/04/2015 06:14 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Japon/guerre: visite de parlementaires au sanctuaire Yasukuni, Abe se borne à exprimer des "remords"

Plus de 100 parlementaires japonais se sont rendus mercredi au sanctuaire Yasukuni de Tokyo, déclenchant de nouvelles condamnations de la Chine et de la Corée du Sud qui considèrent ce lieu de culte comme un symbole du passé militariste du Japon.

De son côté, le Premier ministre Shinzo Abe a réitéré mercredi les "profonds remords" de l'archipel pour les crimes de son pays pendant la Seconde Guerre mondiale, lors d'un sommet Asie-Afrique à Jakarta, sans toutefois offrir les excuses attendues par ses voisins.

M. Abe avait récemment laissé entendre, dans une interview télévisée, qu'étant d'accord avec les précédents regrets du Japon quant à son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne voyait pas la nécessité de les "réécrire".

Un total de 106 députés et sénateurs ont effectué cette visite groupée à l'occasion du festival de Printemps, à l'approche du 70e anniversaire de la défaite du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, aucun ministre du gouvernement conservateur de Shinzo Abe n'y a pris part.

Selon des journalistes de l'AFP sur place, ce pèlerinage s'est déroulé de bon matin sous le soleil dans ce site shintoïste qui rend hommage aux âmes de quelque 2,5 millions de morts pour la patrie, mais où sont aussi enregistrés les noms de 14 criminels de guerre condamnés par les Alliés après 1945, d'où l'ire de Pékin et Séoul.

La Chine, par la voix d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, a pris acte des "remords" exprimés par M. Abe mais a critiqué la visite des parlementaires au Yasukuni, en exhortant les hommes politiques nippons à "faire davantage pour promouvoir la réconciliation et la confiance mutuelle entre les pays asiatiques, et non le contraire".

- Anniversaire symbolique -

La Corée du Sud, elle, a exprimé mercredi sa "profonde déception et ses regrets". "Le fait que de hauts dirigeants japonais continuent à envoyer des offrandes ou à visiter le sanctuaire, symbole de l'agression coloniale japonaise, 70 ans après la fin de la guerre, prouve bien que le Japon est toujours incapable de se confronter à sa propre Histoire", a déploré son ministère des Affaires étrangères.

Une partie des députés et sénateurs, généralement de droite, font régulièrement des pèlerinages dans ce sanctuaire lors de ses festivals saisonniers ainsi que le 15 août, jour anniversaire de la capitulation du Japon en 1945.

"Je rends à nouveau grâce au Japon d'avoir maintenu la paix pendant 70 ans. Les âmes (du sanctuaire) doivent en être aussi comblées", a commenté Hidehisa Otsuji, un représentant du Parti libéral démocrate (PLD, conservateur, au pouvoir), qui a conduit la délégation parlementaire.

Le Premier ministre, Shinzo Abe, avait fait déposer mardi un "arbre sacré" au sanctuaire Yasukuni, mais il ne s'y est pas rendu lui-même.

Interrogé sur l'offrande de M. Abe, vivement critiquée par Pékin et Séoul, le sénateur Otsuji a justifié le geste du Premier ministre, estimant qu'il répondait à l'attente des "âmes" du Yasukuni qui "prient pour la paix du pays".

Le chef du gouvernement aux convictions nationalistes assumées était allé se recueillir au Yasukuni en décembre 2013 pour fêter la première année de son retour au pouvoir.

Mais il s'est abstenu depuis de réitérer ce geste vécu comme un affront et une provocation par Pékin et Séoul, d'autant qu'il s'agissait de la première visite d'un Premier ministre japonais en exercice depuis 2006. Même Washington, proche allié du Japon, avait publiquement fait part de sa "déception".

- Sommet Abe-Xi -

La visite des parlementaires nippons au Yasukuni survient alors que M. Abe et le président chinois Xi Jinping se rencontraient mercredi soir, en marge de la conférence de Jakarta.

Les relations du Japon avec ses voisins restent empoisonnées par le souvenir des atrocités commises par les troupes impériales pendant la colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945) et lors de l'occupation partielle de la Chine (1931-1945).

Outre ces querelles historiques, perdurent des disputes territoriales régulièrement ravivées d'un côté ou de l'autre.

Le Premier ministre japonais, qui s'apprête à faire une importante visite à Washington, et le président chinois se sont déjà brièvement entretenus en marge du sommet du Forum économique Asie-Pacifique (Apec) l'an dernier en Chine, mais la poignée de mains avait été plutôt froide.

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