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22/04/2015 00:45 EDT | Actualisé 21/06/2015 01:12 EDT

"Hanoï Hannah", la voix de la propagande pendant la guerre du Vietnam

Nombre d'anciens combattants américains du Vietnam ont encore à l'oreille la voix de "Hanoï Hannah", la journaliste de la radio nord-vietnamienne qui jusqu'à la chute de Saïgon il y a 40 ans les appelait inlassablement à rentrer chez eux.

Elle était la plus célèbre des dizaines de reporters chargés de démoraliser les GIs depuis Hanoï la communiste. Sur les ondes de Voice of Vietnam, sa lecture des journaux américains sur les manifestations contre la guerre alternait avec des chansons de Joan Baez et Bob Dylan. Elle égrenait aussi les noms des GIs tués.

"Rien n'est plus confus que de recevoir l'ordre d'aller à la guerre pour y mourir ou d'être mutilé à vie sans avoir la moindre idée de ce qui se passe", énonçait d'une voix douce, dans un anglais quasi parfait, "Hanoï Hannah", de son vraie nom Trinh Thi Ngo.

Le 30 avril 1975, les prédictions de "Hanoï Hannah" se révélèrent vraies, avec l'entrée de l'armée populaire vietnamienne à Saïgon, conduisant à la fin de la guerre.

L'octogénaire vit aujourd'hui à Ho Chi Minh-ville, le nom que le régime communiste a donné à Saïgon en hommage à son leader. De santé fragile, elle refuse les interviews.

"Elle a aidé les soldats américains à comprendre ce qui se passait et à exprimer leur sens inné de la justice et de l'humanité", assure Tran Duc Nuoi, un ancien responsable de Voice of Vietnam.

"Ses émissions ont fait vaciller les soldats américains... A cause de la voix de Hanoï Hannah, des soldats ont commencé à s'opposer à une guerre illogique", dit-il.

Certains mettent en doute le mythe du rôle de "Hanoï Hannah" dans la démotivation des troupes américaines.

"Je ne pense pas que les GIs étaient si nombreux que ça à l'écouter, encore moins à être influencés par ce qu'elle disait. Ils savaient que ce n'était rien que de la propagande", analyse Carl Robinson, ayant couvert la guerre du Vietnam pour l'agence américaine AP.

Une propagande que le camp américain pratiquait lui aussi largement. Les Etats-Unis ont lâché dans le ciel du Vietnam des milliards de tracts anticommunistes.

- Rôle assumé de propagandiste -

Contrairement à une presse internationale qui tentait d'avoir une couverture équilibrée, les reporters nord-vietnamiens assumaient leur rôle de propagandistes.

"Si vous voyiez des Américains marchant dans la rue en brandissant la tête tranchée d'un de vos camarades, vous ne les détesteriez pas?", interroge le célèbre photographe de guerre Dinh Quang Thanh, qui a immortalisé l'entrée des soldats communistes à Saïgon le 30 avril 1975.

"Nous ne pouvions pas supporter ces gens qui bombardaient notre pays... C'était notre devoir de célébrer la victoire de nos soldats et de notre peuple contre les envahisseurs", juge-t-il.

Selon les chiffres officiels vietnamiens, plus de trois millions de civils ont été tués pendant la guerre, en plus de 2,5 millions de soldats vietnamiens dans les deux camps, communiste et pro-américain. Quelque 200 correspondants de guerre nord-vietnamiens ont aussi été tués.

Côté américain, plus de 58.000 soldats ont trouvé la mort au Vietnam et de nombreux autres se sont suicidés de retour au pays, selon les chiffres des autorités américaines.

"Je n'avais pas le temps d'avoir peur. Je ne pensais qu'à faire mon travail, prendre les photos pour montrer notre victoire", explique le photographe Dinh Quang Thanh, aujourd'hui âgé de 80 ans.

Les images prises par ces correspondants n'ont à l'époque été que rarement vues en Occident.

"Le problème, c'est que les photos fortes prises par les reporters de +l'autre camp+ n'ont jamais percé jusqu'en Occident", explique le photographe britannique Tim Page, qui a couvert la guerre du Vietnam pour l'agence UPI.

Les clichés que lui et d'autres ont réalisé à l'époque ont joué un important rôle dans le retournement de l'opinion publique américaine.

Ceux venus de l'autre côté de la ligne de front auraient mérité eux aussi une plus grande visibilité, estime Tim Page, co-auteur de "Requiem", un recueil de photographies de reporters --étrangers et vietnamiens-- morts pendant la guerre.

Malgré la dimension de "propagande" assumée, "ces images étaient trop fortes pour être réduites à cela. Elles auraient dû avoir le rayonnement des nôtres", explique le photographe britannique, qui vient d'organiser à Ho Chi Minh-ville une exposition sur les reporters de guerre de l'époque.

Dans le Vietnam contemporain, les journalistes sont toujours soumis à la propagande. Tous les médias sont contrôlés par l'Etat communiste, qui tient le pays d'une main de fer depuis la réunification en 1975.

Mais contrairement à l'époque, les blogs et médias en ligne offrent désormais une ouverture à ceux qui veulent échapper à la ligne du parti - même si elle est risquée, dans un pays où nombre de blogueurs sont emprisonnés.

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