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22/04/2015 08:26 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

GB/USA : le courtier soupçonné d'avoir entraîné le mini-krach de 2010 devant la justice

Un courtier basé à Londres comparaissait mercredi devant la justice britannique dans le cadre d'une procédure d'extradition vers les États-Unis, où il est accusé de fraude et de manipulations partiellement responsables du mini-krach boursier de mai 2010.

Arrêté mardi à Hounslow, dans l'ouest de Londres, Navinder Singh Sarao, 36 ans, a empoché 40 millions de dollars (37,2 millions d'euros) à la suite de cette fraude qui a duré cinq ans, jusqu'en avril 2014.

Pendant une courte audition préliminaire mercredi au tribunal londonien Westminster Magistrates' Court, M. Sarao a simplement confirmé son état civil et répondu "non" au juge qui lui demandait s'il consentait à être extradé.

Portant un sweatshirt jaune criard et un pantalon de survêtement, M. Sarao s'est montré impassible, tandis que son avocat, Joel Smith, a affirmé que l'affaire lui était tombée dessus comme "un coup de tonnerre".

Le juge s'est retiré jusqu'à 13H00 GMT pour délibérer sur la date de la prochaine audience et décider du maintien ou non en garde à vue de M. Sarao.

M. Sarao est visé aux États-Unis par une vingtaine de chefs d'accusation, dont celui de fraude électronique et manipulation de contrats à terme sur le Chicago Mercantile Exchange (CME) et de "spoofing", une technique de manipulation boursière qui consiste à prétendre vouloir acheter ou vendre un titre dans l'intention d'annuler cette opération au dernier moment.

Sa société, Nav Sarao Futures Limited, est enregistrée à une adresse à Hounslow, qui se trouve être la maison où il vit avec ses parents.

Interrogé par le quotidien britannique The Times, le père de Navinder Singh Sarao a dit tout ignorer des accusations portées contre son fils.

"Tout ça est nouveau pour moi. Ce que vous me dites est une surprise pour moi", a déclaré Nachhattar Singh Sarao. "Je n'y connais rien aux ordinateurs", a-t-il ajouté quand le quotidien l'a interrogé sur le travail de son fils.

Usant d'un logiciel électronique, Navinder Singh Sarao est soupçonné d'avoir employé une stratégie dite de "superposition" en plaçant simultanément de multiples ordres de grande ampleur à différents prix, créant l'illusion d'un marché très actif et bien réel.

"Activités suspectes"

D'après le ministère américain de la justice (DoJ), les autorités boursières américaines et européennes avaient relevé plusieurs fois en 2009 et 2010 les "activités suspectes" de M. Sarao, faisant part de leurs inquiétudes à la maison de courtage utilisée par M. Sarao.

En mars 2010, après que le CME s'était plaint auprès de cette maison de courtage d'un grand nombre d'ordres annulés par M. Sarao, ce dernier s'était défendu de tout comportement illégal, disant avoir voulu montrer à un ami comme agissaient les courtiers à haute fréquence, selon les extraits d'un email publiés par le DoJ.

Dans un autre email, envoyé par M. Sarao à sa maison de courtage le 25 mai 2010, il indique avoir appelé le CME et lui avoir dit d'"aller se faire foutre".

Dans plusieurs de ses échanges avec sa maison de courtage et/ou les régulateurs, M. Sarao nie l'utilisation d'algorithmes pour placer ses ordres de vente et d'achat, se décrivant comme un "courtier à l'ancienne" capable d'opérer "extrêmement rapidement" manuellement.

Selon la CFTC, l'autorité américaine des produits dérivés, M. Sarao a été "très actif" sur le marché au moment de la séance du "Flash crash", le 6 mai 2010.

Ce jour-là, dans un contexte de forte volatilité à un moment où déjà des inquiétudes pesaient sur la dette grecque, l'indice Dow Jones s'était écroulé de 600 points en quelques minutes après une chute des prix des E-minis.

Ces contrats à terme électroniques reposent sur l'indice Standard and Poors 500. Un rapport à l'époque du gendarme boursier, la SEC, avait mentionné que 140.000 ordres de ventes d'E-minis s'étaient bousculés au même instant conduisant par ricochet à un décrochage brutal de Wall Street.

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