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22/04/2015 03:18 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

En Afghanistan, le meurtre de Farkhunda a sonné la révolte contre les "faux mollahs"

Le lynchage récent d'une jeune Afghane accusée à tort d'avoir brûlé le Coran n'a pas seulement suscité la grogne populaire sur le traitement des femmes en Afghanistan, mais aussi déclenché une révolte contre les "faux mollahs" et autres charlatans qui ont précipité sa mort.

Il y a près d'un mois jour pour jour, une femme de 27 ans, Farkhunda, a été battue à mort, puis brûlée et jetée dans le lit d'une rivière à Kaboul par une foule furieuse qui l'accusait d'avoir profané le livre saint de l'islam.

Celle qui est devenue une héroïne dans la mort n'avait pas brûlé le Coran, mais plutôt dénoncé un religieux auto-proclamé qui vendait des amulettes près d'une mosquée. Contrarié, ce dernier l'a accusée de blasphème et mobilisé une foule pour la lyncher.

Depuis cette tragédie, le mouvement "Justice pour Farkhunda" n'a de cesse de dénoncer les violences faites aux femmes en Afghanistan, mais aussi le charlatanisme et l'ignorance à l'origine de cette affaire qui a défrayé la chronique à travers le monde.

"Ce n'est pas parce qu'un homme porte un turban qu'il est une autorité légitime en matière de religion", a ainsi déclaré sur une chaîne locale le vice-ministre afghan des Affaires religieuses, Daiulhaq Abid, critiquant ce que les autorités nomment désormais les "faux mollahs" tel Baba Sahib.

Ancien mécanicien, ce sexagénaire s'est reconverti il y a une vingtaine d'années en sorte de marabout, passant son temps devant un mausolée du village de Shakar Dara, à deux heures de route de Kaboul.

Entouré de livres poussiéreux, de tablettes en bois ornées de calligraphies arabes et de bouts de papiers sur lesquels figurent des extraits du Coran, des chiffres et des signes comme une étoile, Baba Sahib promet à ses "patients" de guérir les malades, de rencontrer l'âme soeur et de les protéger contre des "djinns", les mauvais esprits.

A un vieil homme qui se plaint d'un mal de tête, il donne une amulette dans laquelle est incorporé un bout de papier avec une inscription. "J'ai photocopié cette amulette spécialement pour toi. Dépose-la sous ton turban, ton mal disparaîtra", recommande-t-il.

Le vieillard repart heureux. A un autre homme préoccupé par ses troubles de mémoire, il recommandera la même amulette. Dans les deux cas, les "patients" quittent le mausolée après avoir versé une offrande à ce guérisseur et religieux auto-proclamé.

Si dans la campagne afghane sous-éduquée, ces "faux mollahs", parfois issus du soufisme, tradition mystique de l'islam, jouissent d'une forte influence, dans la capitale Kaboul plusieurs d'entre eux se tapissent dans l'ombre depuis le meurtre de Farkhunda.

- A Kaboul, une petite révolution? -

Dans le quartier de Murad Khani, l'un des lieux de prédilection des guérisseurs traditionnels du vieux Kaboul, des devantures sont cadenassées et des étals abandonnés.

"La mort de Farkhunda a initié une révolution. Cela a choqué et sonné le réveil pour tout le monde", lance Belqis Osmani, une militante pour les droits de l'Homme. "Une nouvelle génération émerge, plus éduquée, plus ouverte d'esprit, plus progressiste et elle ne tombe pas dans les pièges des faux mollahs", dit-elle.

Les guérisseurs traditionnels ne sont pas simplement critiqués par les "libéraux", mais aussi par les islamistes les plus radicaux qui dénoncent une usurpation de la religion. Même les talibans avaient d'ailleurs condamné le meurtre de la jeune femme, affirmant que ses auteurs avaient "détourné le Coran" pour tuer une innocente.

Pour Ahmad Jawad, un trentenaire de Kaboul qui a déjà mis sa destinée entre les mains d'un de ces marabouts, le mouvement "Justice pour Farkhunda" a véritablement réussi à marquer les esprits contre l'ignorance dans la capitale.

"Une fois j'étais allé chez un guérisseur traditionnel parce que j'étais amoureux de ma cousine et que je souhaitais l'épouser. Il m'a donné du parfum et des amulettes de papier. Il m'a ensuite ordonné de vaporiser le parfum sur les amulettes et de les brûler", raconte-t-il.

"J'ai fait comme il m'a dit pendant une semaine, mais tout le monde autour de moi avait mal à la tête à cause de l'odeur dégoûtante. Finalement, je n'ai pas pu épouser ma cousine et je me suis rendu compte que ce charlatan avait exploité mon ignorance pour son simple profit".

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