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22/04/2015 04:48 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Deutsche Bank à la recherche d'un nouveau souffle planche sur sa stratégie

Le géant de la banque allemand Deutsche Bank est sur le point de dévoiler une nouvelle stratégie, destinée à faire remonter une rentabilité médiocre tout en composant avec une réglementation croissante, le tout sur fond de scandales judiciaires en pagaille.

Le conseil de surveillance de la banque se réunit vendredi. Au menu, un plan de bataille pour les prochaines années alors que l'actuelle stratégie, fondée sur le modèle de la banque universelle qui fournit tous les services à tous les clients, semble avoir fait son temps.

"La stratégie du groupe est remise en question", estime Carla Antunes-Silva, analyste chez Credit Suisse, "d'autant plus que (Deutsche Bank) risque de rater la plupart de ses objectifs pour 2015",

Parmi les nombreux scenarii évoqués dans la presse, deux options sont apparemment au coude à coude.

La première consisterait à scinder les activités de détails et celles d'investissements, consommant la rupture avec le modèle de banque universelle.

La seconde, considérée comme plus probable, viserait à introduire en bourse tout ou partie du capital de Postbank, filiale rachetée en 2008 à l'ex-monopole postal Deutsche Post. Peu rentable, Postbank a du mal se conformer aux nouvelles règlementations sur la solidité des bilans.

"Nous examinons actuellement notre stratégie et nous communiquerons au deuxième trimestre dès qu'il y aura des résultats", a déclaré laconiquement à l'AFP un porte-parole du groupe.

- Pressions politiques -

Tiraillée entre les pressions politiques qui veulent la voir demeurer la "banque de tous les Allemands" et son ambition de rivaliser avec les géants anglo-saxons du secteur, Deutsche Bank, créée en 1870 et qui emploie plus de 98.000 salariés dont 45.000 en Allemagne, souffre comme ses rivaux d'un environnement difficile.

Les taux d'intérêt très bas pèsent sur sa rentabilité; la réglementation est de plus en plus sévère, l'obligeant à renforcer son capital et installer de coûteux contrôles internes.

Pour autant "si Deutsche Bank venait à vendre sa banque de détail ou simplement Postbank, cela aurait pour conséquence de renforcer la volatilité de ses revenus et compliquerait le financement des activités d'investissement", son autre grand pôle d'activité, juge pour l'AFP Suvi Kosonen, analyste chez ING.

Selon elle, "les activités d'investissement sont bien positionnées à l'international, mais jusqu'à présent, la banque n'a pas été capable de convaincre de sa stratégie".

Pour ne rien arranger, une pluie de litiges financiers ternit son image et plombe ses finances. Le groupe serait sur le point de payer plus de 1,5 milliard de dollars pour clore des enquêtes sur une manipulation du taux interbancaire Libor.

- Grogne des actionnaires -

Le duo à la tête de Deutsche Bank, l'Allemand Jürgen Fitschen et l'Indo-Britannique Anshu Jain, a pris les rennes en 2012 avec la promesse de révolutionner la culture d'entreprise - rompant avec l'image des banquiers d'investissement aux dents longues qu'incarnait leur prédécesseur Josef Ackermann - et de rendre le groupe plus rentable.

Les chantiers lancés par les deux patrons "n'ont pas encore apporté les progrès attendus", affirme Klaus Nieding, vice-président de la fédération d'actionnaires DSW.

Trois ans plus tard, la rentabilité des fonds propres plafonne à 3%, loin des 12% promis en 2012. Et en fait de renouveau, M. Fitschen sera jugé à partir de la semaine prochaine pour faux témoignage dans une vieille affaire et encourt une peine de prison.

Les salariés de Postbank ont pour leur part démarré lundi une grève illimitée. En cas de cession, quelque 6.000 emplois seraient menacés et un tiers des 740 agences, toujours domiciliées dans les bureaux de poste, pourraient à terme être fermées, selon l'hebdomadaire Der Spiegel.

A la Bourse de Francfort, l'action Deutsche Bank a dégringolé de près 30% en 2014, provoquant la fuite d'une partie des actionnaires internationaux. Mardi elle a terminé à 31,02 euros.

"Les actionnaires ne sont pas satisfaits", constate M. Nieding, même si pour le moment le duo à la tête de la banque garde leur confiance.

bt/mtr/jpr/ros

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