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22/04/2015 10:29 EDT | Actualisé 22/04/2015 10:31 EDT

Le Jour de la Terre a vu le jour aux États-Unis il y a 45 ans

Le Jour de la Terre, souligné aujourd'hui par des centaines de millions de personnes partout dans le monde, est né aux États-Unis il y a 45 ans, à un moment où la contestation sociale battait son plein, favorisant une prise de conscience environnementale. Retour sur l'histoire de cette journée d'actions.

Un texte de Mathieu Gobeil

Début 1969, un important déversement de pétrole se produit sur une plateforme au large de Santa Barbara, en Californie, causant de graves dommages environnementaux. L'équivalent de quelque 100 000 barils de pétrole salissent la côte et détruisent la vie marine du secteur. Cet événement, largement couvert par la presse, choque le public américain.

Ce dernier est déjà quelque peu sensibilisé à la problématique environnementale depuis la parution, en 1962, du livre Silent Spring de Rachel Carson, qui portait sur la mort d'oiseaux à la suite de l'épandage de pesticide.

Malgré ce contexte, le sénateur démocrate du Wisconsin, Gaylord Nelson, sensible à la question de l'environnement, constate que cet enjeu occupe toujours peu de place sur le plan politique.

Fin 1969, le sénateur Nelson et un étudiant en droit à l'Université Harvard, Denis Hayes, ont alors l'idée d'organiser une journée de célébration de la nature et de la Terre. Le représentant républicain progressiste Pete McCloskey se joint à leur initiative.

Ils veulent encourager des étudiants américains dans un premier temps - et ceux de partout dans le monde par la suite - à mettre sur pied des projets de sensibilisation à l'environnement dans leurs communautés. Nelson s'inspire notamment du mouvement d'opposition à la guerre du Vietnam, porté par les jeunes, qui bat son plein à ce moment.

C'est donc le 22 avril 1970 qu'est célébré le premier « Jour de la Terre » aux États-Unis. Selon les organisateurs, quelque 20 millions d'Américains prennent part d'une manière ou d'une autre à l'événement, que ce soit en descendant dans la rue, en organisant des ateliers, en assistant à des conférences ou en effectuant des corvées de nettoyage.

À New York, par exemple, des milliers de manifestants marchent sur la 5e avenue, fermée à la circulation automobile. Des écologistes, rassemblés à Union Square, créent une immense sculpture à partir de rebuts. À Philadelphie, Washington ou Boston, d'importants rassemblements ont lieu. Des villes de moindre envergure et des villages prennent aussi part à la journée d'actions.

L'événement a des répercussions sur le plan politique. L'administration Nixon crée la même année l'Agence américaine de protection de l'environnement, à la suite de nombreuses requêtes pour la constitution d'un tel organisme. Les élus adoptent aussi dans les années qui suivent des lois pour la protection de l'air, de l'eau et des espèces menacées. Des pays comme le Canada mettent en place des mesures semblables.

Pendant une vingtaine d'années, la Journée de la Terre demeure un phénomène essentiellement américain, même si au cours des années 1980, des problématiques environnementales comme les pluies acides, la destruction de la couche d'ozone ou encore la catastrophe nucléaire de Tchernobyl provoquent un nouvel éveil face à la question environnementale.

D'un événement américain à planétaire

Mais c'est en 1990 que le Jour de la Terre devient un événement planétaire à la suite des efforts de mobilisation de Denis Hayes. L'environnementaliste profite du 20e anniversaire de la manifestation d'origine et d'une campagne de relations publiques efficace pour rallier des groupes de plusieurs horizons. Toujours selon les organisateurs, l'événement mobilise alors 200 millions de personnes dans 141 pays, dont le Canada.

C'est dans la foulée de ce mouvement que se tient en 1992 le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, au Brésil. Des franges de plus en plus importantes de la population prennent conscience de la fragilité de la planète et sont sensibilisées à l'importance du recyclage et à la réutilisation des biens de consommation. La question du réchauffement climatique commence à préoccuper la communauté scientifique.

C'est en 1995 que le Jour de la Terre sera célébré véritablement pour la première fois au Québec. On organise toutes sortes d'activités de sensibilisation aux enjeux environnementaux.

À partir des années 2000, ce sont surtout les enjeux liés aux énergies vertes, au réchauffement climatique et au mode de vie non durable dans les sociétés industrielles qui retiennent l'attention lors des Journées de la Terre. L'arrivée d'Internet facilite par ailleurs la diffusion d'information et la mobilisation.

Depuis 2009, le 22 avril est reconnu par l'Organisation des Nations unies comme « Journée internationale de la Terre nourricière ».

Le Jour de la Terre est ainsi devenu l'événement participatif en environnement le plus important de la planète. Les dernières éditions du Jour de la Terre ont mobilisé 1 milliard de personnes dans 192 pays, selon les organisateurs travaillant au sein de l'Earth Day Network (Réseau du Jour de la Terre), qui chapeaute les activités partout dans le monde. Ce réseau dit collaborer avec 50 000 organismes et institutions partenaires pour l'événement.

En 2012, selon les organisateurs, environ 250 000 personnes ont pris part à la marche pour l'environnement dans le centre-ville de Montréal, qui coïncidait avec la grève étudiante.

Toujours des critiques

Toutefois, comme le soulignent des médias, certains contestent les répercussions réelles de l'événement mondial. Selon les critiques, une seule « Journée de la Terre » par année diminue l'importance des enjeux environnementaux, alors que le calendrier contient de nombreuses « journées » dédiées à une cause ou une autre. Pour d'autres qui y voient des retombées positives, l'événement contribue au contraire à sensibiliser à l'importance des petits gestes à la maison et dans la communauté.

Denis Hayes, qui travaille toujours à l'organisation du Jour de la Terre, constate que depuis les années 2000 la question environnementale suscite plus que jamais la division, en opposant systématiquement des environnementalistes qui tirent la sonnette d'alarme à des responsables d'entreprises ou au gouvernement qui tentent de minimiser les problèmes, discréditer les données scientifiques et protéger les intérêts dans les énergies fossiles, selon lui.

Ce dernier croit que les individus sont susceptibles de s'engager et poser des gestes uniquement s'ils réalisent comment la pollution ou les changements climatiques les touchent directement eux et leur famille. « Les gens se soucient de l'avenir de la planète, mais ça demeure un concept abstrait », affirme-t-il en entrevue à CBC.

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