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22/04/2015 00:45 EDT | Actualisé 21/06/2015 01:12 EDT

A Hampstead, dans l'épicentre d'une "marginal", ces sièges qui décident des élections

Vidéo compromettante, militants rameutés en masse et tracts par millions: à Hampstead et Kilburn, une des circonscriptions les plus disputées du Royaume-Uni, tous les moyens sont bons pour convaincre les électeurs de faire le bon choix aux législatives du 7 mai.

"J'en peux plus, c'est épouvantable, vraiment. Même à neuf heures du soir, ils continuent à glisser des tracts sous la porte", soupire Mary Kate Spencer en arrachant les mauvaises herbes devant son immeuble.

"Je ne vois pourtant pas à quoi à ça sert, chez moi ça part direct à la poubelle!", ajoute cette retraitée qui, comme tous les habitants de cette circonscription mi-chic, mi-populaire du nord de Londres, est soumise au bombardement quotidien des partis politiques, décidés à mettre le paquet sur la zone.

Hampstead et Kilburn est ce qu'on appelle en Grande-Bretagne une "marginal". L'une des quelque 100 circonscriptions susceptibles de basculer dans un camp comme dans l'autre. Là où en définitive se joue le sort du scrutin à l'échelon national, qui est la somme de 650 batailles locales.

En 2010, ce même siège fut le plus disputé du pays. La candidate des travaillistes, l'actrice oscarisée Glenda Jackson, l'avait emporté avec 42 petites voix d'avance sur son rival conservateur et 841 voix sur le représentant libéral-démocrate. Alors que près de 53.000 électeurs s'étaient déplacés.

Cette fois encore, le résultat s'annonce serré entre la travailliste Tulip Siddiq, qui est la nièce de la Première ministre du Bangladesh, et son challenger conservateur Simon Marcus, un joueur de rugby accompli.

Le candidat libéral-démocrate Maajid Nawaz, un ancien islamiste repenti devenu président du centre de réflexion contre l'extrémisme Quilliam, paraît en revanche distancé. La sortie fort à propos dans la presse d'une vidéo le flashant dans un club de striptease n'a pas arrangé sa cote.

"Une attaque orchestrée à quelques semaines des élections", a réagi Nawaz, rappelant que la vidéo datait de l'année dernière. Qu'elle sorte maintenant illustre à quel point tous les coups sont permis dans une "marginal".

- L'accueil peut être frisquet' -

Puisqu'une seule rue, voire un pâté de maisons, peuvent faire la différence, ces circonscriptions sont labourées du matin au soir par les militants.

"Les partis sont fauchés, alors ils misent tout sur les +marginals+. C'est là qu'on voit les affiches et les gens frapper aux portes", résume Simon Hicks, politologue à la London School of Economics (LSE).

Depuis les hauteurs d'Hampstead, où les pancartes fleurissent effectivement comme des jonquilles, Oliver Cooper, directeur politique du candidat conservateur, confirme: "la direction du parti a rappelé des militants des sièges qu'on est quasiment sûrs de gagner ou de perdre pour les redéployer dans les circonscriptions serrées. Cela nous permet de mettre le paquet là où ça compte vraiment."

Lui-même a "glissé en un mois quatre tracts dans chaque boite aux lettres du quartier". En un an, les conservateurs ont ainsi inondé le quartier d'un demi-million de prospectus, sans compter les tracts reprenant les enjeux purement locaux.

"Du pur gaspillage", estime Eyston Alexander, 71 ans, venu des Caraïbes et qui vit chichement dans un logement social à Kilburn. "Les conservateurs n'en ont rien à cirer des pauvres comme moi. David Cameron est un idiot prétentieux qui ne fait que voler les gens. Leurs tracts, ils peuvent se les garder", dit-il. "Désabusé de la politique", il votera Labour par habitude mais sans conviction.

"L'accueil peut être frisquet", admet André Polya qui mesure le désamour pour la politique en démarchant au téléphone pour le compte des travaillistes.

"On a la liste électorale en main et on appelle tout le monde, en priorité les indécis", raconte ce Français, installé à Londres depuis 50 ans, devant sa belle maison en briques de Hampstead, équivalent du XVIe arrondissement de Paris, qui servira de QG le soir de l'élection.

Comme les Tories, le Labour a prévu d'intensifier encore ses efforts dans la dernière ligne droite.

"Les gens se plaignent qu'on les relance sans arrêt mais ça marche", assure Oliver Cooper. Mary Kate Spencer n'en est pourtant pas si sûr: "le seul parti, dit-elle, dont je n'ai pas reçu de tract est l'Ukip. Mais c'est pour eux que je vais voter."

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LSE