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16/04/2015 10:47 EDT

Fin de la prière à Saguenay: Jean Tremblay va se soumettre à la décision de la Cour suprême (VIDÉO)

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, promet de cesser de réciter une prière avant la séance du conseil municipal, comme lui ordonne la décision de la Cour suprême du Canada rendue mercredi.

En conférence de presse jeudi, Jean Tremblay s'est dit surpris que les juges du plus haut tribunal au pays aient prononcé un jugement unanime dans lequel il donne raison au Mouvement laïque québécois (MLQ) et au citoyen Alain Simoneau qui s'opposaient à cette pratique en alléguant qu'elle allait à l'encontre du droit à la liberté de religion de ses concitoyens.

« Je respecte la décision, on va arrêter la prière, mais je ne peux pas être en accord non plus après m'être battu aussi longtemps, je ne peux pas être en accord avec ce que les juges ont décidé. »

— Jean Tremblay, maire de Saguenay

« J'entends toutes sortes de réactions sur la laïcité comme si la laïcité c'était de l'athéisme, ajoute le maire Tremblay. Ce n'est pas ça. La laïcité, c'est la neutralité qu'on exige de l'État. Tout le monde veut ça. Tout le monde veut que l'État soit neutre, mais être neutre, ce n'est pas nécessairement rejeter les religions. »

Il croit que la décision de la Cour suprême ne clôt pas le dossier de la laïcité dans les institutions publiques et invique le gouvernement du Québec à être plus énergique pour intervenir sur la préservation des traditions québécoises, des coutumes et du patrimoine religieux.

« Le gouvernement du Québec on leur a parlé au début. La patate était chaude un peu et ce ne sont pas tous des braves. Un moment donné, oui il faut savoir plier dans certaines occasions, mais il faut aussi savoir se tenir debout. Il faut savoir dire non, cette fois-ci ça ne fera pas, et surtout quand ça vient nous toucher, les Québécois, d'une façon aussi profonde, quand ça vient s'effriter comme ça. »

— Jean Tremblay, maire de Saguenay

Le maire de Saguenay a d'ailleurs fait un long plaidoyer sur le respect des traditions québécoises. « C'est important de savoir reconnaître nos valeurs comme Québécois et de les protéger. Tout ce qui s'est fait dans le passé, non seulement on ne s'en souvient pas, mais on s'en rappelle pour mieux le dénigrer », déplore-t-il.

Jean Tremblay insiste aussi sur le fait que ce n'est pas lui, personnellement, qui était poursuivi dans le dossier de la prière. Il souligne que le règlement municipal sur la prière existait avant son arrivée à la mairie.

« C'est la ville qui était poursuivie, c'est un règlement de la ville, dit-il. Parce que la prière ici se disait depuis que la ville existe. Et le conseil municipal était unanime sur le fait qu'on veut faire la prière et qu'on n'acceptera pas qu'un seul individu vienne nous dire qu'on n'a plus le droit de faire la prière. »

Un dossier coûteux

La défense de la récitation de la prière aux réunions du conseil municipal devant les tribunaux a coûté plus de 270 000 $ jusqu'à maintenant. Les frais des avocats qui se sont présentés devant la Cour suprême ne sont pas encore tous comptabilisés.

Le maire de Saguenay a lancé une campagne de financement pour payer ces frais. Des dons de 322 500 $ ont été recueillis.

Par ailleurs, la Ville de Saguenay avait déjà mis de côté un montant de près de 40 000 $ qui sera versé en dommages à Alain Simoneau à la suite du jugement de la Cour suprême.

Rappel de la décision

Les juges du plus haut tribunal au pays estiment que le règlement municipal concernant la prière contrevient à l'obligation de neutralité religieuse de l'État. Selon eux, la prière crée une distinction, une exclusion et une préférence fondée sur la religion qui a pour effet de compromettre le droit d'Alain Simoneau à l'exercice de sa liberté de conscience et de religion.

« Si, sous le couvert d'une réalité culturelle, historique ou patrimoniale, l'État adhère à une forme d'expression religieuse, il ne respecte pas son obligation de neutralité », ajoute la Cour suprême.

Les juges croient également que le fait de réciter la prière quelques minutes avant la réunion publique, pour donner le temps aux citoyens qui ne veulent pas y assister de réintégrer la salle, a un effet discriminatoire.

Si elle donne raison à la première décision du Tribunal des droits de la personne, la Cour suprême du Canada juge cependant que le tribunal administratif n'avait pas le pouvoir d'ordonner le retrait des symboles religieux comme la statue du Sacré-Coeur et le crucifix des salles de délibération.

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