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13/04/2015 12:34 EDT

Décès de l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano, figure de la gauche

MIGUEL ROJO via Getty Images
Uruguayan writer Eduardo Galeano reads from his new book 'Los hijos de los dias' (The sons of the days) at the Solis Theater in Montevideo on April 3, 2012. AFP PHOTO/Miguel ROJO (Photo credit should read MIGUEL ROJO/AFP/Getty Images)

L'écrivain et journaliste uruguayen Eduardo Hughes Galeano, auteur notamment de Les veines ouvertes de l'Amérique latine et figure de la gauche latino-américaine, est mort lundi à l'âge de 74 ans des suites d'un cancer.

Atteint d'un cancer du poumon, M. Galeano, le nom de jeune fille de sa mère qu'il avait choisi comme nom d'auteur, a été hospitalisé plusieurs jours à Montevideo. Il est décédé au petit matin, selon l'établissement où il était soigné.

"Eduardo Galeano est né à Montevideo le 3 septembre 1940 et est mort dans la même ville le 13 avril 2015", a indiqué dans un communiqué sa maison d'édition espagnole, Siglo XXI.

"Le temps compris entre ces deux dates peut se remplir avec des exils, livres, noms d'amis et d'ennemis, nombreux prix, doctorats Honoris Causa, campagnes de discrédits, en résumé, la construction habituelle, à partir d'un cumul de plusieurs données, du profil par lequel les encyclopédies et études de tous types présenteront sa figure pour la postérité", ajoute sa maison d'édition.

Journaliste, conteur et essayiste, il s'est consacré toute sa carrière à étudier les profondeurs et les contrastes de l'Amérique latine.

Paru en 1971 en espagnol puis traduit dans une vingtaine de langues, "Les veines ouvertes de l'Amérique latine", réquisitoire sans appel contre l'exploitation du sous-continent depuis l'arrivée des premiers colons espagnols, était devenu un classique de la pensée de gauche des années 70 et 80 puis de l'altermondialisme.

Ce livre avait été offert par l'ancien président du Venezuela Hugo Chavez à son homologue américain Barack Obama, lors d'un Sommet des Amériques à Trinidad et Tobago en 2009, ce qui avait dopé ses ventes.

Mais dans une démonstration d'autocritique peu commune, M. Galeano avait lui-même pointé les faiblesses de son ouvrage, lors d'une conférence de presse à Brasilia. "Je ne serais plus capable de le lire. Il pèserait trop. Pour moi, cette prose de la gauche traditionnelle est terriblement ennuyeuse. Mon corps ne le supporterait pas. Il faudrait l'envoyer à l'hôpital", avait-il lancé devant la presse.

Une étape dépassée

Ce livre, paru alors qu'il avait 31 ans, "se voulait une oeuvre d'économie politique, mais je n'avais pas formation nécessaire", avait-il ajouté. "Je ne regrette pas de l'avoir écrit, mais c'est une étape, pour moi, je l'ai dépassée."

"Je n'ai pas eu la chance de connaître Shéhérazade, je n'ai pas appris l'art de la narration dans les palais de Bagdad, mes universités ont été les vieux cafés de Montevideo", confiait-il en 2009 à Madrid.

Alors qu'il n'a jamais été plus loin que le collège, Eduardo Galeano a débuté sa carrière journalistique à 14 ans, en publiant des caricatures dans l'hebdomadaire El Sol, du Parti socialiste.

Entre 1961 et 1964, il a dirigé la prestigieuse revue Marcha, repaire d'intellectuels, puis il a pris la direction du journal de gauche Epoca (1964-1966).

Emprisonné dans la foulée du coup d'Etat militaire de 1973, il s'exile en Argentine puis en Espagne, avant de revenir en Uruguay au retour de la démocratie en 1985.

Atteint par la maladie, cet homme au physique imposant et au crâne chauve ceint d'une couronne de cheveux blancs, n'a cessé d'écrire ni de se livrer à ce qu'il considérait comme un devoir : la critique sociale.

Au cours de l'une de ses dernières apparitions publiques, il avait évoqué son "droit au délire" et lancé un message à l'humanité, à qui il lègue des dizaines d'ouvrages sur la politique, l'histoire ou le football.

Distingué à deux reprises (en 1975 et 1978) par le Casa de las Américas, un des plus anciens prix littéraires d'Amérique latine décerné par Cuba, Eduardo Galeano avait également reçu en 1989 le American Book Award de l'Université de Washington pour sa trilogie Mémoire du feu.

Marié et père de trois enfants, Eduardo Galeano sera enterré ce lundi à Montevideo, selon la presse locale.

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