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13/04/2015 18:39 EDT | Actualisé 13/06/2015 01:12 EDT

L'Alberta n'a toujours pas de plan de lutte aux changements climatiques

Aucun ministre de l'Alberta ne participera au Sommet de Québec sur les changements climatiques mardi, alors que le gouvernement albertain tarde à présenter son plan pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Le gouvernement progressiste-conservateur, mené depuis septembre par Jim Prentice, a reporté plusieurs fois la présentation de son plan en matière de changements climatiques, mais affirme maintenant être prêt à le dévoiler en juin.

Ni le ministre de l'Environnement Kyle Fawcett ni la ministre maintenant responsable de la lutte aux changements climatiques, Diana McQueen, ne seront au Sommet de Québec qui réunira des représentants des provinces.

Le gouvernement albertain sera plutôt représenté par des fonctionnaires du ministère de l'Environnement.

L'Alberta est en pleine campagne électorale pour des élections générales qui auront lieu le 5 mai.

Éclipser les progrès ailleurs au Canada

Les environnementalistes critiquent le manque d'ambition de l'Alberta en matière de réduction des gaz à effet de serre, au moment où l'Ontario et le Québec se sont joints à la Bourse du carbone.

Mike Hudema, porte-parole de Greenpeance en Alberta, affirme que les progrès des autres provinces canadiennes risquent d'être éclipsés par l'inaction de l'Alberta, la province qui produit le plus de gaz à effet de serre.

Par contre, l'absence de l'Alberta au Sommet pourrait avoir du bon, en éliminant un obstacle aux discussions, selon lui.

« Je crois que l'Alberta a vraiment été un obstacle majeur aux progrès. Alors vraiment si vous devez venir à la table pour parler de comment gérer la crise qui touche toutes les provinces, vous devriez venir en étant prêt à accepter la réalité créée par les changements climatiques », estime-t-il.

Pas d'appui politique pour une bourse du carbone

Aucun des principaux partis politiques albertains plongés en campagne électorale n'est prêt à soutenir la participation de l'Alberta à une bourse du carbone.

Le premier ministre Jim Prentice a été clair lundi : « Une bourse du carbone n'est pas quelque chose que je soutiens, ni que je crois être dans l'intérêt fondamental de l'Alberta, mais nous continuerons à travailler ensemble », a t-il déclaré à la veille du Sommet de Québec.

Le chef libéral David Swann ne croit pas non plus qu'il s'agisse d'une approche efficace.

« Nous ne soutenons pas une bourse du carbone, c'est trop compliqué, c'est trop facile à mal utiliser », affirme David Swann.

Le Wildrose estime que si l'Alberta se joignait à une bourse du carbone, il s'agirait en quelque sorte « d'un programme de redistribution de la richesse qui causerait des difficultés financières importantes pour les compagnies basées en Alberta et qui les forceraient à dépenser des milliards de dollars pour acheter des crédits d'entreprises d'autres provinces. », indique le parti dans un communiqué.

La chef du NPD albertain Rachel Notley estime quant à elle que le sujet doit faire l'objet d'un débat.

« C'est un peu prématuré de dire si nous voudrions que l'Alberta se joigne ou non à une bourse du carbone parce que c'est le genre de chose qui a des répercussions énormes sur notre économie en Alberta », a dit lundi Rachel Notley.

Au niveau fédéral, le Canada n'a pas présenté ces cibles de réduction de gaz à effets de serre aux Nations-Unis avant la date butoir du 31 mars, en prévision de la Conférence de Paris qui doit avoir lieu du 30 novembre au 15 décembre 2015.

Une taxe du carbone à l'efficacité contestée

L'Alberta a été la première province à mettre en place une taxe du carbone, en 2007. Le programme albertain exige que les entreprises qui produisent plus 100 000 tonnes de gaz à effets de serre par année réduisent l'intensité de leurs émissions de 12 % en dessous de leur moyenne entre 2003 et 2005, sans quoi elles doivent payer une amende de 15 $ pour chaque tonne qui excède ses objectifs.

Les émissions albertaines ont malgré tout continué d'augmenter au cours des dernières années, rappelle Erin Flanagan, analyste en matière d'énergie pour l'Institut Pembina. Elle affirme que le prix du carbone déterminé par la province et les cibles pour les entreprises sont trop bas pour faire une véritable différence.

Erin Flanagan croit que l'Alberta ne devrait pas nécessairement se joindre à la bourse du carbone, mais qu'elle doit adopter une stratégie de lutte aux changements climatiques rapidement.

Annie Chaloux, chargée de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, croit pour sa part que la bourse du carbone représente une bonne option, entre autres pour les entreprises. « La mise en place d'un marché de carbone, ça permet aux entreprises d'avoir une certaine forme de flexibilité sur la mécanique qui entoure la réduction de gaz à effet de serre », affirme Annie Chaloux.