DIVERTISSEMENT
12/04/2015 11:37 EDT

«L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet», le rêve américain de Jean-Pierre Jeunet

Jean-Pierre Jeunet adapte avec brio le roman bric-à-brac de l'Américain Reif Larsen où il est question d’une merveilleuse quête initiatique pour un jeune garçon prodige de la science. L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est une histoire parfaite pour le réalisateur du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain qui semble avoir pris un grand plaisir à filmer ses fantasmes de l’Amérique. Entrevue.

Ce n’est pas la première qu’il tourne en terres américaines. Le réalisateur avait réalisé en 1997 Alien, la résurrection pour le compte de la 20th Century Fox. Mais avec L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet – une coproduction franco-canadienne – le cinéaste Jeunet a réalisé son rêve de poser sa caméra sur nos grands espaces.

«On était loin d’Hollywood, a-t-il expliqué lors d’un entretien. Même si le récit se déroule aux États-Unis, le film a été réalisé en grande partie en Alberta. C’est la première fois que je fais un projet comme celui-ci en pleine nature.»

Road movie à travers les vastes plaines qui met à l’affiche des acteurs de talent tels Helena Bonham-Carter, L’Extravagant voyage est une magnifique ode à la liberté. «Dans notre esprit, l’Amérique est synonyme de liberté. Les panoramas ont servi à de nombreux cinéastes afin de représenter sur pellicule le symbole de la liberté à l’état pur. À mon tour, j’avais envie de réaliser un rêve d’enfant. J’ai même pu conduire un gros train, le summum de tous mes désirs.»

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Galerie photo L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet Voyez les images

On se retrouve chez une famille quelque part au Montana. À seulement 11 ans, T.S. Spivet (Kyle Catlett) est un jeune gamin précoce qui reçoit un prix prestigieux grâce à l’invention d’une machine révolutionnaire. Pour aller chercher sa récompense à Washington, il décide de quitter son ranch et de traverser clandestinement le pays sur un train de marchandises.

«Cette histoire correspond à mon univers. Le roman de Reif Larsen est riche et foisonnant. C’est une œuvre remplie d’images. Mais plus que son attrait visuel, j’ai surtout été intéressé par l’émotion qui surgissait de ses pages. La scène du discours que les gens vont voir au cinéma est le moment qui m’a convaincu de faire le film. Je n’étais jamais allé si loin dans l’émotion.»

Une 3D de qualité

L’auteur du roman et le réalisateur ont profité de leur rencontre pour se dire à quel point leurs univers respectifs étaient liés. «Lorsqu’il a vu pour la première fois Amélie Poulain, il m’a dit qu’il avait l’impression qu’on était allé gratter dans sa tête. C’est vrai qu’on possède les mêmes références.»

Le réalisateur a voulu son film en 3D, une façon pour le metteur en scène d’aller explorer d’autres manières de faire sans abuser du procédé. «J’ai utilisé la 3D dans son plein potentiel avec des petites touches ici et là. Lorsqu’elle est bien faite, la 3D est un outil formidable. Je ne voulais pas rentrer dans la pure conversion comme on voit bien souvent dans le cinéma à gros spectacle. J’ai été ravi de faire ce long métrage en relief qui correspond parfaitement à l’esprit du livre puisque l’écrivain avait accompagné ses textes de nombreux petits dessins.»

Depuis la sortie en 2001 de son quatrième long métrage, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain et ses 23 millions d’entrées à travers le monde, il n’y a pas une entrevue sans qu’on lui demande ce que ce film représente pour lui. Loin de mal-réagir, il explique les répercussions d’un tel succès populaire dans sa carrière.

«Je me considère très chanceux d’avoir réalisé Amélie Poulain. C’est un film d’auteur qui m’appartient et qui m’a permis de continuer à faire ce métier. Je ne le renierais jamais. Aujourd’hui encore, il y a une photo qui est prise toutes les trois minutes en face du café Des 2 moulins, rue Lepic à Paris. C’est quand même génial.»

Le film prend l’affiche un an et demi après sa sortie en France. Selon le réalisateur, cette trop longue attente est la faute de la boîte de production The Weinstein Company qui a acheté les droits du film.

«Harvey Weinstein a bloqué la sortie. Il voulait remonter le long métrage à sa façon, ce que j’ai catégoriquement refusé. Il n’a pas apprécié et donc voilà sa vengeance. Cet homme est l’ennemie du cinéma, car il ne respecte pas l’indépendance des artistes.»

L’entrevue a été réalisée à Paris grâce à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

L' Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (The Young and Prodigious T.S. Spivet) – Les Films Séville – Comédie dramatique – 105 minutes – Sortie en salles le 10 avril 2015 – France, Canada.

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