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12/04/2015 01:27 EDT | Actualisé 12/06/2015 01:12 EDT

L’armée saoudienne mène de front opération médiatique et militaire

Tous les soirs, peu après 19 h, les projecteurs s'allument dans l'amphithéâtre de Riyad. Tous les yeux se tournent vers un écran géant où, sur fond de musique enlevante, un montage rythmé d'images qui évoquent l'urgence défile : avions de chasse qui décollent, gros plans de visage de soldats au cri guerrier.

Un texte de Marie-Eve Bédard

« À la défense de notre religion, de notre État, de notre peuple », dit une voix hors champ. Ainsi commence le point de presse quotidien de l'armée saoudienne.

Portant l'uniforme de camouflage au podium, entouré d'officiers et drapeaux des 11 pays membres de la coalition prenant part à l'opération Tempête décisive, le brigadier-général Ahmed Al-Assiri fait le point. Quelques statistiques sur les frappes du jour accompagnées de vidéos d'explosions captées par les caméras des avions de chasse puis, il se prête à un exercice rarement pratiqué en Arabie saoudite : répondre aux questions des journalistes.

Multilingue, le diplômé du prestigieux collège militaire Saint-Cyr de France répond aussi aisément en arabe qu'en anglais ou en français.

« Ça ne se fait pas ici, raconte un collègue saoudien. Bien sûr, on nous sert le message officiel, mais le simple fait de pouvoir poser des questions, c'est en soi extraordinaire. Normalement, j'essaie de faire mon travail de journaliste, mais si j'appelle un ministère, on ne me répondra jamais. Je suis forcé d'attendre un communiqué de l'agence officielle d'information ».

Si la plupart ici n'avaient jamais entendu parler du brigadier-général, le conseiller spécial du ministre de la Défense, le prince Mohammed Bin Salman, il est aujourd'hui le visage public d'une campagne militaire dont l'accès est autrement sévèrement restreint pour les journalistes.

En dehors de l'amphithéâtre climatisé et ses modèles réduits de chars et d'avions, bien peu peuvent s'approcher des opérations.

« Mais nous savions qu'il y allait avoir une coalition, et nous savions que l'intérêt serait grand », dit le brigadier-général Al-Assiri pour expliquer l'effort de communication pour le moins inhabituel du royaume.

L'opération médiatique sert autant à fournir de l'information qu'à mettre en forme le message central de cette campagne. Un message qui trouve sa place régulièrement dans les réponses offertes par le brigadier-général Al-Assiri : « L'Arabie saoudite répond à l'appel du gouvernement légitime du Yémen et de son président Abd Rabo Mansour Hadi et vise à rétablir la sécurité pour le bien de la population ».

Diffusés en direct sur toutes les chaînes saoudiennes et arabes, les points de presse quotidiens du brigadier-général Al-Assiri ne sont pas sans rappeler ceux d'une autre opération aérienne très médiatisée : la guerre du Golfe de 1990-1991.

Installé avec ses troupes à Riyad d'où il menait les opérations pour reprendre le contrôle du Koweït envahi par l'Irak dont les infrastructures ont été largement détruites, le général américain Norman Schwarzkopf était vite devenu la figure emblématique d'une guerre éclair. Revêtant lui aussi ses frusques militaires, il a contrôlé quotidiennement depuis son podium le flot d'informations à propos d'une campagne qui aura été la première guerre menée presque exclusivement du haut des airs.

À la fin de la guerre, Norman Schwarzkopf est rentré aux États-Unis en héros pour prendre sa retraite peu de temps après.

Le brigadier-général Al-Assiri servait alors d'interprète auprès de l'armée française. Il a été témoin de la performance du général américain, mais il rejette la comparaison d'un éclat de rire. « Ne dites surtout pas ça. Si vous le dites, ça veut dire que je vais me retrouver à retraite ».