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10/04/2015 16:22 EDT | Actualisé 10/06/2015 01:12 EDT

Prochaine campagne: les conservateurs seront aussi tourmentés par la CSN

MONTRÉAL - Le lieutenant de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, qui se plaignait de voir la FTQ le tourmenter lors de la prochaine campagne électorale, aura bientôt un autre joueur majeur du milieu syndical québécois dans son champ de vision: la CSN.Le bureau confédéral de la CSN vient en effet d'approuver un plan d'action en vue de la prochaine campagne électorale fédérale, qui risque lui aussi d'empoisonner l'existence du Parti conservateur. Il est distinct du plan de la FTQ sur certains aspects, mais lui ressemble sur d'autres.Fait à noter, en mars dernier, le ministre Lebel a porté plainte au Commissaire aux élections fédérales contre le plan de la FTQ, parlant d'une «collusion par la FTQ et ses alliés» pour influencer le résultat des élections fédérales du 19 octobre prochain.En entrevue avec La Presse Canadienne vendredi, le président de la CSN, Jacques Létourneau, a souligné que son premier front sera celui du syndicat des agents des Services correctionnels, qui compte 6000 membres. Ce syndicat sera actif dans certaines circonscriptions au Québec et en Ontario, particulièrement dans la région de Toronto.«C'est un syndicat qui a décidé, pour une des premières fois, de s'investir pleinement dans la campagne parce que l'agent négociateur devant eux, c'est le gouvernement conservateur», a justifié M. Létourneau. L'ampleur de cette campagne reste à définir.Ensuite, comme la CSN représente des syndiqués de Radio-Canada, elle accentuera sa campagne pour un meilleur financement du diffuseur public, frappé par plusieurs vagues de compressions budgétaires au cours des dernières années.La CSN a déjà rencontré les chefs du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, et du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau. Elle souhaite rencontrer ce dernier une autre fois pour lui parler non seulement de Radio-Canada, mais aussi de la réforme de l'assurance-emploi, des compressions dans les programmes de coopération internationale et de divers projets de loi jugés antisyndicaux.Finalement, la CSN souhaite se concentrer au Québec sur trois régions où elle pense pouvoir faire battre des députés conservateurs, à savoir l'Estrie, le Saguenay—Lac Saint-Jean et Québec-Chaudière-Appalaches. «Ce sont des régions où on pense qu'on pourrait peut-être faire une différence. Honnêtement, on n'est pas du tout porté par cette idée-là d'occuper l'ensemble du territoire lors de la prochaine campagne électorale. On préférerait cibler là où il y a déjà des conservateurs», avoue M. Létourneau.Le président de la CSN ne craint pas de s'attirer les foudres du ministre Lebel ou du gouvernement conservateur, d'autant plus que la CSN compte respecter la loi électorale.«Ça ne m'inquiète pas vraiment, dans la mesure où ce n'est pas la première fois qu'on intervient dans le cadre d'une campagne électorale. On sait qu'avant que la campagne soit déclenchée, on n'a pas les mêmes contraintes au niveau des interventions qu'une fois que la campagne est déclenchée. Nous, on va inviter nos membres, une fois que la campagne électorale aura été déclenchée, à s'investir plus dans les canaux officiels», a précisé le président de la CSN.«Ça ne m'inquiète 'pas bien bien' les annonces de M. Lebel. C'est sûr que c'est dans la philosophie des conservateurs: ils disent toujours 'les syndicats, qu'ils s'occupent juste des conventions collectives, de relations de travail, et ils ne devraient pas s'occuper de politique'. Alors que nous, on considère que quand le pouvoir politique s'occupe des affaires syndicales et attaque les syndicats et les droits des travailleurs comme ils le font, c'est de notre responsabilité d'intervenir dans le débat politique. Et les campagnes électorales, ça fait partie de la 'game'», conclut M. Létourneau.Du côté du Parti conservateur, on s'est montré irrité de cette nouvelle initiative syndicale.«Le chat est sorti du sac en janvier dernier quant aux intentions des grandes centrales syndicales. Nous maintenons que les dirigeants syndicaux doivent rendre publics les montants qu'ils comptent rediriger en dépenses électorales. Et on s'attend à ce qu'ils respectent la loi électorale», a répondu le directeur adjoint aux communications du Parti conservateur, Marc-André Leclerc.«Les travailleurs ont le droit de savoir ce que les dirigeants syndicaux font avec leur argent durement gagné», a-t-il ajouté.«On encourage les travailleurs syndiqués qui ne sont pas d'accord avec leurs dirigeants qui souhaitent faire de la politique avec leur argent à se faire entendre», a conclu M. Leclerc.En plus des dossiers déjà mentionnés, la CSN critique d'autres prises de position du gouvernement conservateur, comme «le parti pris pour les sables bitumineux» qui a des répercussions écologiques et des répercussions sur le développement économique. Il cite aussi le manque de transparence du gouvernement et ses réticences en matière d'accès à l'information.Le bureau confédéral de la CSN compte une soixantaine de représentants, provenant de ses fédérations et de ses conseils centraux. Ce plan sera aussi soumis au conseil confédéral qui se tiendra en juin, mais ses premières étapes seront implantées dès maintenant, a précisé M. Létourneau.La Confédération des syndicats nationaux (CSN) représente quelque 325 000 travailleurs.