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10/04/2015 09:13 EDT | Actualisé 10/06/2015 01:12 EDT

L'industrie de l'horticulture à la croisée des chemins

Les producteurs en serre et les centres jardins entreront bientôt dans leur haute saison : en deux mois, ils vont réaliser les deux tiers de leur chiffre d'affaires. Les temps sont difficiles pour cette industrie, qui vit un ralentissement depuis cinq ans au Québec.

Un photoreportage de Anne-Louise Despatie

Après l'engouement des baby-boomers, qui ont fait exploser les ventes dans les années 1990 et 2000, les nouveaux clients, plus jeunes, cherchent autre chose.

Martin Girouard, de Sainte-Madeleine, en Montérégie, a repris l'entreprise familiale. Au cours des dernières années, le producteur en serre a vu de nombreux changements dans les préférences de sa clientèle.

« Les gens ont peu de temps : on veut planter et avoir des résultats immédiats. Les jeunes familles veulent aussi que leurs plantations soient utiles. De là leur intérêt pour les plantes potagères, qui sont en grande demande », explique-t-il.

Le « prêt-à-orner » a la cote. On donne un coup de pouce en préparant des agencements pour ceux qui recherchent le beau, mais aussi l'utile.

Les agencements proposent de plus en plus un mélange de fines herbes, laitues, tomates et fleurs.

« Maintenant le jardin, c'est presque une extension de la maison, de la décoration », constate l'agronome Marie-Claude Limoges, du Centre d'expertise en horticulture ornementale du Québec. « Les gens recherchent un effet wow », ajoute-t-elle.

Marie-Claude Limoges résume les nouvelles tendances en horticulture : « Il faut que ce soit beau rapidement et il y a aussi une sensibilité des clients pour tout ce qui est « vert ». Un souci d'embellir son environnement, mais de façon naturelle et biologique. Une préoccupation qu'on retrouve de plus en plus chez les producteurs et leurs jeunes employés. »

Certains centres de jardinage ont changé leurs produits et leurs étalages. Ils misent moins sur le classement alphabétique des plants et proposent plutôt des agencements de couleurs qui donnent des idées ainsi que, bien sûr, des montages pour les clients pressés.

« La visite au centre jardin reste une expérience sensorielle que les gens ne trouvent pas sur le web », constate Marie-Claude Limoges. « Une présence sur les réseaux sociaux peut cependant servir de vitrine et attirer les clients. » Sauf pour les semences et les bulbes, les clients doivent forcément se déplacer.

« L'odeur du basilic, on ne trouve pas ça sur internet », souligne le producteur Martin Girouard. L'impact des achats en ligne est moins grand en horticulture ornementale que pour d'autres secteurs du commerce de détail, comme le vêtement ou l'électronique.

La fenêtre d'opportunité pour attirer les clients au centre jardin est réduite. « Mai et juin, c'est 75 % de notre chiffre d'affaires », explique Martin Girouard, des Serres et jardins Girouard. « Présentement, on n'est pas en retard, mais fin avril, il faut que ça décolle. En juillet, les gens passent à autre chose et vont dépenser leur budget ailleurs. Nous sommes en concurrence avec le vélo, le BBQ, les vacances. »

Les producteurs en serre ont subi aussi l'hiver glacial. Pour plusieurs, les coûts de chauffage ont augmenté. Pour compenser, ils espèrent que l'hiver aura alimenté l'enthousiasme des amateurs d'horticulture.