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10/04/2015 09:57 EDT

Grève étudiante: vote annulé au Cégep du Vieux Montréal

Charles Contant/Radio-Canada

Les étudiants du cégep du Vieux Montréal ne voteront finalement pas aujourd'hui. L'assemblée générale spéciale, convoquée en réponse à une pétition d'étudiants, a conclu qu'elle ne pouvait invalider le vote de grève adopté mardi dernier, dans la controverse.

La pétition à l'origine de l'assemblée, signée par quelque 310 étudiants sur les 6100 inscrits, demandait à ce que le vote de reconduction de grève, prévu pour mardi prochain, soit devancé à aujourd'hui. Les pétitionnaires espéraient avoir la majorité et obtenir ainsi la reprise des cours des lundi.

« Le praesidium ne fait absolument rien pour qu'il y ait un vote sur le prolongement de la grève, rapportait un étudiant un peu plus tôt. En fait, ils font tout pour que ça ne se passe pas aujourd'hui en se basant sur le code Morin ». « L'assemblée tourne en rond, c'est fait pour décourager les gens, pour que les gens s'en aillent », a-t-il poursuivi.

« Ce que je peux vous dire, c'est que le cégep du Vieux Montréal va continuer à être en grève jusqu'à mercredi prochain », avait-il prophétisé. « Les assemblées au Vieux-Montréal, c'est vraiment n'importe quoi et on peut le constater encore aujourd'hui. »

Les étudiants ont tenu l'assemblée à huis clos pour s'assurer que les journalistes dépêchés sur place pour témoigner du déroulement du vote ne puissent pas y assister.

Une demi-douzaine ont d'ailleurs tenté de pénétrer dans le véhicule d'un journaliste de Radio-Canada et de s'emparer de son calepin de notes.

Pagaille au Cégep du Vieux-Montréal.

Posted by Pierre-Olivier Zappa Tva on 10 avril 2015

Une procédure qui soulève des questions

Dans leur pétition, les contestataires déplorent la procédure qui a été utilisée lors du dernier vote de reconduction, mardi. L'affaire a d'ailleurs été raillée par plusieurs commentateurs, qui ont dénoncé la parodie de démocratie qu'elle a révélée.

Lors d'un premier vote, 1163 étudiants ont voté contre la reconduction de la grève (1006 pour, 60 abstentions). Des étudiants ont cependant demandé un « recomptage », ce qui a mené à un second vote.

Lors de ce deuxième round, 1171 étudiants ont voté contre la reconduction (1104 pour, 41 abstentions). Même s'il s'agissait officiellement d'un « recomptage », 87 étudiants de plus ont participé à ce second scrutin.

L'affaire ne s'est cependant pas arrêtée là. Des étudiants ont demandé un nouveau scrutin, qui s'est soldé cette fois par un résultat positif pour les partisans de la grève : 1077 pour, 1037 contre et 34 abstentions.

Le troisième vote s'est donc déroulé en présence de 168 personnes de moins que lors du second vote, et 81 de moins que le premier. Selon le quotidien La Presse, les étudiants votaient en fait dans quatre salles différentes, et avaient la liberté de circuler d'un endroit à l'autre.

« La multiplication des procédures a fait en sorte de prolonger indûment la tenue de l'assemblée générale ayant pour conséquence de réduire considérablement l'assistance », dénoncent les contestataires dans leur pétition.

Ils notent également que les trois votes ont eu lieu à main levée, une méthode que défendent de nombreux étudiants. Ce mode de scrutin n'est pas obligatoire; il est décidé en assemblée générale.

Si la grève se poursuit, peut-on aussi lire dans la pétition, « la session sera annulée et nous aurons des mentions d'échec à nos cours (selon les dires du ministre de l'Éducation François Blais et si l'on se fie aux mesures draconiennes que le gouvernement ne se gêne pas de mettre de l'avant) ».

À l'UQAM, les classes ont repris vendredi au pavillon J.-A.-DeSève, qui a été le théâtre d'actes de vandalisme mercredi soir. Les cours qui devaient s'y tenir hier ont été annulés pour que l'endroit soit remis en ordre. Quelques cours prévus vendredi ont toutefois été déplacés dans d'autres pavillons.

Québec refuse d'encadrer le droit de grève étudiante

En entrevue à ICI RDI vendredi matin, le ministre de l'Éducation, François Blais, a de nouveau refusé de s'engager à encadrer le droit de grève étudiante, comme le proposait le rapport Ménard sur la grève étudiante de 2012.

« Je vous rappelle que le PQ avait dit qu'ils allaient le faire. Ils ne l'ont pas fait parce que c'est un véritable panier de crabes, a-t-il déclaré. L'enjeu il est simple : la liberté d'association existe. Cette liberté-là a des limites. Le droit de faire des représentations politiques existe pour les étudiants. Mais ce qui n'existe pas, en tout cas nulle part dans le monde, c'est un droit juridique reconnu par une association d'empêcher une partie de ses membres d'étudier. »

La démocratie étudiante « est très imparfaite, mais dans la majorité des cas, elle peut être efficace, a-t-il ajouté. Et compte tenu de la confusion des genres, de ce dossier qui traîne depuis une quarantaine d'années [...] la meilleure façon de se sortir de la spirale pour les étudiants - et ça a fonctionné à peu près partout, sauf à l'UQAM ou à quelques autres endroits -, ça a été par le vote étudiant et la participation de la majorité silencieuse. »

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