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10/04/2015 08:48 EDT | Actualisé 10/06/2015 01:12 EDT

Câlins à vendre

On dit souvent que tout le monde a besoin d'amour, mais ce n'est pas toujours facile. Restent alors ces petits moments d'affection : les câlins. Et si vous en manquez aussi, vous pouvez toujours vous les payer, car, figurez-vous que les « câlineurs » professionnels font partie d'un commerce qui gagne en importance au Canada.

Un texte de Frédéric Arnould

À Burnaby, en banlieue de Vancouver, Marylen Reid nous reçoit dans son appartement où elle vient tout juste d'emménager. Les meubles commandés ne sont même pas encore arrivés, mais elle nous explique que dans le salon, il y aura des coussins et un grand divan qui serviront à accueillir ses clients.

Marylen Reid est une « câlineuse » professionnelle. Il y a seulement trois mois, cette jeune avocate a presque abandonné sa pratique pour lancer son entreprise qui offre des câlins tarifés.

« Ma motivation première ce n'est pas l'argent, les valeurs de la "cuddlery", c'est justement de partager le bonheur". Un bonheur qui se vend à 19 dollars pour 15 minutes, 35 dollars la demi-heure ou 115 dollars pour deux heures.

Purement platonique

Lors d'un premier contact, le client signe un formulaire, où on explique bien qu'il n'y a rien de sexuel, pas de nudité et que c'est purement platonique.

On frappe à la porte. Opale Godin, une jeune Néo-Brunswickoise qui vit à Vancouver se présente pour une séance de 30 minutes de câlins. « Au cours de la session d'une heure on va faire entre cinq et dix positions, lui explique Marylen Reid, donc s'il y a des choses que tu préfères, par exemple si tu désires que je te joue dans les cheveux, tu me demandes je suis là pour toi ».

Avant de commencer la séance, la « câlineuse » enclenche une caméra afin de filmer la session. Une nécessité pour assurer sa propre sécurité, mais aussi celle de la câlinée. L'Idée, c'est de documenter les éventuels débordements déplacés.

Alléger le stress

Ses clients sont tout autant des hommes d'affaires stressés, un jeune homme frappé par une rupture amoureuse ou encore des hommes ou femmes qui ont juste besoin de réconfort. Mais jamais rien de sexuel même si ce n'est pas toujours facile de faire abstraction de ce toucher parfois profond.

« Il y a souvent de l'excitation qui peut arriver, bien sûr, mais c'est la même chose avec la massothérapie, si ça arrive, on essaie juste de penser à autre chose, on change de position pour en avoir une un peu moins intime peut-être », précise-t-elle.

Opale Godin, qui voyage beaucoup, raffole de ce service. « Moi, ça me gène pas d'en parler, de laisser savoir aux gens que c'est un service qui est disponible, je trouve que c'est vraiment bien, ça devrait être un service essentiel ».

Une « thérapie » qui a ses limites

Un service essentiel de genre thérapeutique, peut-être, mais qui a ses limites, selon Nicolas Chevrier, vice-président de l'Ordre des psychologues du Québec. Il soutient que quelqu'un qui n'arrive pas à recevoir juste des marques d'affection de ses porches, de sa famille ou d'amis devrait peut-être se poser des questions personnelles et peut-être faire une psychothérapie.

Pour Marylen Reid, un fait demeure : « En Amérique du Nord, les gens ne touchent pas suffisamment, tout ça est démontré, pourtant, c'est une des seules choses que les gens ne pouvaient pas se payer, donc je pense qu'en 2015, au contraire il est plus que temps qu'on se débarrasse des vieux tabous ».

Le câlin, un besoin essentiel?

Depuis son Alabama natal, Len Daley, directeur général de Cuddle Parties Headquarters et qui possède une maîtrise en psychologie, observe l'aventure entrepreneuriale de Marylen, fondatrice de Cuddlery.ca.

À 70 ans bien sonnés, il a fait des séances de câlins en groupe son cheval de bataille pour alléger la souffrance des bobos de notre société. Il croit au bienfait thérapeutique du toucher et il assure que d'ici 30 ans, il y aura même des cliniques de rapprochements dans les hôpitaux.

Après tout, dit-il il y a 30 ans, il n'y avait pas de cliniques du sommeil. La société évolue pour reconnaître les besoins de l'humanité, ajoute, sourire en coin, Len Daley.

Des câlins tarifés bientôt près de chez vous?

Phénomène éphémère ou initiative bien de son temps, il n'en reste pas moins que les services de « câlineurs » professionnels semblent pulluler depuis quelques mois. Une simple recherche sur Internet donne de plus en plus de résultats un peu partout au Canada. Signe des temps, Marylen Reid a d'ailleurs déjà reçu pas moins de 800 candidatures d'aspirants « câlineurs ».

Un service bientôt reconnu par les assurances maladie? À suivre...