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08/04/2015 04:28 EDT | Actualisé 08/04/2015 04:29 EDT

Mort d'un patient de 84 ans: la naturopathe Mitra Javanmardi acquittée d'homicide involontaire

CZQS2000 / STS via Getty Images
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Au terme d'un très long procès commencé en 2011, la naturopathe Mitra Javanmardi a été acquittée des accusations d'homicide involontaire et de négligence criminelle ayant causé la mort d'un patient qu'elle avait traité en 2008.

Un texte de Isabelle Richer

Mitra Javanmardi pratique la naturopathie depuis 30 ans. Elle a obtenu son diplôme en 1985, à Portland (Oregon), où cette profession est reconnue et encadrée. Depuis, elle a traité entre 4000 et 5000 patients dans sa clinique de Westmount.

En juin 2008, Mitra Javanmardi reçoit Roger Matern, un patient de 84 ans qui souffre de graves problèmes respiratoires et qui n'attend plus rien de la médecine traditionnelle.

La naturopathe lui injecte un produit par intraveineuse (un mélange de magnésium, de potassium, de manganèse ainsi que deux autres produits), mais la solution est contaminée par une bactérie, ce que Mme Javanmardi ignore.

L'état de Roger Matern se détériore rapidement. Il est fiévreux, confus et a du mal à se déplacer. Sa femme le ramène à la maison, mais son état s'aggrave et pendant la nuit, sa femme Denise, accompagnée de sa fille Gabrielle, décide de le conduire à l'hôpital où on ne peut rien faire pour le sauver.

Au procès, plusieurs experts ont été entendus et la cour a retenu la conclusion de plusieurs d'entre eux : c'est bel et bien l'injection du produit contaminé qui a tué Roger Matern. L'homme de 84 ans a succombé à un choc endotoxique.

Acte médical posé illégalement

La juge Louise Villemure a aussi retenu que l'administration par intraveineuse du produit avait été faite illégalement par la naturopathe, puisque ces gestes sont réservés au corps médical, au Québec du moins, où la naturopathie n'est pas réglementée comme ailleurs au Canada.

Par contre, la juge a estimé que le geste posé par Mme Javanmardi, bien qu'illégal, n'était pas criminel. Selon la cour, Mitra Javanmardi a la formation et les compétences requises pour prodiguer de tels traitements et elle a pris les précautions nécessaires avant d'injecter le produit à son patient. Mme Javanmardi a donc été acquittée d'homicide involontaire et de négligence criminelle ayant causé la mort de Roger Matern.

La procureure aux poursuites criminelles et pénales, Me Geneviève Dagenais, demeure convaincue que les gestes posés par la naturopathe sont criminels puisqu'ils sont interdits au Québec.

« Nous allons examiner la possibilité de porter ce jugement en appel puisque M. Matern est décédé de l'injection et que cette injection est interdite au Québec. En droit, il faudra voir ce qu'en pense la cour d'appel, mais pour nous, ça peut constituer un homicide. »

Me Geneviève Dagenais, procureur aux poursuites criminelles et pénales

Famille consternée

Pour la famille de Roger Matern, la conclusion de l'affaire n'amène aucun apaisement. La mort de M. Matern est survenue le 13 juin 2008, le procès s'est étalé pendant des mois entre juin 2011 et novembre 2014, et le verdict demeure une énigme pour Gabrielle Matern, la fille de la victime.

« La justice et le droit sont des cousins lointains, a laissé tomber Gabrielle Matern ce matin, et je trouve qu'ils ne se sont pas rencontrés aujourd'hui. Quelqu'un a été acquitté, mon père est mort des gestes qui ont été posés. J'ai du mal à concilier les deux »

La fille de la victime a ajouté que toute la famille aurait souhaité pouvoir tourner la page et dire au revoir au défunt mais ce n'est pas encore possible puisque les procédures pourraient bien se poursuivre en appel.

Déclaration de Mitra Javanmardi

Pour sa part, Mitra Javanmardi n'a pas souhaité prendre la parole publiquement, mais elle a chargé son avocate Me Isabel Schurman de transmettre le message suivant.

« Cette affaire est un cauchemar long et triste pour toutes les personnes impliquées depuis des années dans le dossier. Nous espérons que ce jugement mettra fin au cauchemar », a dit l'avocate au nom de sa cliente.

Mitra Javanmardi a déjà été condamnée à 3 reprises dans le passé pour des infractions au Code des professions, pour avoir notamment posé des diagnostics et prescrit des substances alors qu'elle n'avait pas le droit de le faire.

Mme Javanmardi a été arrêtée de nouveau en octobre dernier pour avoir contrevenu à l'une de ses conditions de remise en liberté et il lui est désormais interdit de pratiquer la naturopathie. Ce dossier revient devant la cour en mai prochain.

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