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31/03/2015 12:34 EDT

Comment expliquer ce départ massif de fonctionnaires à la retraite? (VIDÉO)

Un nombre grandissant de fonctionnaires québécois choisissent de devancer leur départ à la retraite, notamment par crainte de subir les contrecoups des changements que propose d'apporter le gouvernement du Québec au régime de retraite de ses employés.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

En décembre dernier, le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux annonçait que Québec souhaitait : faire passer l'âge de la retraite de 60 à 62 ans à compter de 2017, changer la façon dont la rente est calculée en tenant compte du salaire moyen des huit dernières années plutôt que sur les cinq, comme c'est le cas présentement; augmenter la pénalité pour une retraite anticipée de 4 à 7,2 % par année.

Depuis cette annonce, à la mi-mars 2015, les départs à la retraite dans la fonction publique québécoise ont augmenté de 14 % par rapport à la même période l'an dernier, selon la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances (CARRA).

Ce sont donc 765 personnes de plus que l'an dernier qui ont décidé de quitter l'appareil gouvernemental. La CARRA n'est toutefois pas en mesure de quantifier l'impact de la proposition gouvernementale sur les départs à la retraite.

Après avoir travaillé 30 ans à Revenu Québec, Claudette Breton, 61 ans, a quitté son poste la semaine dernière. « C'est le ministre Coiteux qui m'a poussé à la retraite », lance-t-elle.

Mme Breton a pris cette décision après avoir calculé que les changements que propose de faire le gouvernement au régime de retraite des employés de l'État seraient désavantageux pour elle.

« Après avoir fait les calculs de mes cinq meilleures années, si le gouvernement fait le calcul sur huit ans plutôt que sur cinq ans, ça me donne 70 $ de moins par mois sur mon montant de retraite. Alors j'ai décidé que ça suffit. Je ne ferai pas rire de moi. J'ai décidé de prendre ma retraite à cause expressément de l'épée de Damoclès qui nous pend sur notre tête. »

Claudette Breton

Après avoir passé 35 ans dans le réseau de la santé, Michelle Chrétien a elle aussi décidé de quitter son poste, tant par crainte que l'on augmente l'âge de la retraite que par peur de se voir imposer une pénalité pour un départ anticipé.

« J'ai 56 ans. Je ne voulais pas prendre ma retraite tout de suite. J'aurais aimé continuer encore jusqu'à 60 ans, et quitter à 60 ans. [...] Mais lorsqu'il annoncé ça, je me suis dit : "Non, je vais prendre ma retraite avant janvier 2017". Après 35 ans, c'est décevant, très très décevant », dit-elle.

Climat d'inquiétude

La CARRA note également une hausse de près de 10 % des demandes d'informations concernant les régimes de retraite. Selon certains, un climat de panique et d'inquiétude régnerait dans les bureaux du gouvernement. Dans certains bureaux syndicaux, tout comme dans certains services des ressources humaines, les téléphones ne cessent de sonner.

« On a remarqué une hausse d'à peu près 200 % du nombre de questions en ce qui a trait à [quelle serait] leur prestation salariale advenant un départ à la retraite avant que le projet du gouvernement soit mis en place. »

Cynthia Pothier, présidente du syndicat des professionnels en soins de l'hôpital Pierre-Boucher

Pas de panique!

Le président du syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, Richard Perron, affirme que son organisation tente de dissuader les fonctionnaires qui veulent quitter en raison des changements proposés par le gouvernement Couillard en rappelant qu'il ne s'agit que d'une stratégie de négociation qui a déjà été utilisée dans le passé.

« On sent qu'il y a plusieurs gens qui paniquent. Plusieurs accélèrent leur projet de retraite. Mais on tente de les convaincre de rester à bord avec nous. La décision leur appartient, il n'y a personne à blâmer là-dedans autre que le gouvernement de vouloir dresser un épouvantail en stratégie de négociations », explique-t-il.

Avec ces changements, le gouvernement du Québec souhaite assurer la pérennité du régime de retraite de ses employés, un régime qui est pourtant en bonne santé financière.

Départ massif sous Lucien Bouchard

En 1997, un programme de retraites accélérées mis en place sous le premier ministre péquiste Lucien Bouchard pour équilibrer les finances avait déclenché une vague de départs à la retraite. Quelque 37 000 personnes avaient alors quitté la fonction publique québécoise.

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