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31/03/2015 07:47 EDT

Turquie: deux preneurs d'otage tués, le procureur succombe à ses blessures (PHOTOS)

Today's Zaman

Le magistrat turc grièvement blessé lors de l'opération de la police qui a mis fin mardi soir à sa séquestration dans un tribunal d'Istanbul par des militants armés d'un groupe d'extrême gauche est décédé des suites de ses blessures, ont annoncé ses médecins.

Le procureur Mehmet Selim Kiraz "était gravement touché lorsqu'il est arrivé (à l'hôpital) mais nous l'avons perdu malgré tous nos efforts", ont-ils indiqué lors d'une déclaration télévisée.

Selon ces médecins, le magistrat avaient été "touché par balles à la tête et à la poitrine". "Il ne respirait plus et son coeur ne battait plus" lorsqu'il est arrivé à l'hôpital, ont-ils ajouté.

M. Kiraz a été pris en otage en début d'après-midi dans le palais de justice de Caglayan, dans la partie européenne d'Istanbul, par deux hommes armés se réclamant d'un groupe marxiste clandestin, le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C).

Dans une déclaration publiée sur un site internet qui en est proche, le DHKP-C avait menacé de tuer le magistrat s'il ne satisfaisait pas un certain nombre de revendications.

Après plusieurs heures de négociations vaines, les unités d'intervention de la police ont mis fin mardi soir à la prise d'otage, tuant les deux militants du DHKP-C.

Le procureur Kiraz était chargé d'enquêter sur les circonstances de la mort de Berkin Elvan, un adolescent décédé le 11 mars 2014 après 269 jours d'un coma provoqué par le tir d'une grenade lacrymogène de la police à Istanbul lors d'une manifestation en juin 2013.

Intervention musclée

«Nous avons fait tout ce qui était possible» pour obtenir la reddition des deux assaillants, a souligné M. Altinok, qui a précisé que la police était intervenue «quand des coups de feu ont été tirés» dans la pièce où ils s'étaient retranchés.

Plusieurs explosions et au moins une vingtaine de coups de feu ont été entendus depuis l'extérieur du bâtiment, rapidement enveloppé d'épaisses fumées, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Prise d'otage en Turquie

Selon le chef de la police, le commando du Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), connu pour ses nombreux attentats commis en Turquie depuis les années 1990, a pénétré en début d'après-midi dans le tribunal et pris en otage le procureur Mehmet Selim Kiraz.

Dans une déclaration publiée sur un site internet qui lui est proche, le DHKP-C a menacé de tuer le magistrat s'il ne satisfaisait pas un certain nombre de revendications.

Ultimatum

Selon les médias turcs, le commando avait menacé dans sa déclaration sur internet de tuer le procureur d'ici 8 h 35 (heure du Québec) si les policiers responsables de la mort de Berkin Elvan ne faisaient pas d'ici là de «confession publique» et s'ils n'obtenaient pas la promesse qu'ils seraient traduits devant un «tribunal du peuple».

Selon le site internet du quotidien Hürriyet, le père de la victime, Sami Elvan, a appelé les ravisseurs à relâcher leur otage lors d'une conversation téléphonique avec un député de l'opposition, Huseyin Aygun.

«Mon fils est mort mais je ne veux pas que quelqu'un d'autre meurt», a déclaré M. Elvan cité par le député, «le procureur doit être libéré, le sang ne peut pas effacer le sang».


Aucun policier n'a pour l'heure été formellement mis en cause dans l'enquête ouverte récemment par le procureur Kiraz.

En mars 2014, l'annonce de décès de Berkin Elvan, âgé de 15 ans à peine, avait fait spontanément descendre dans les rues de Turquie des centaines de milliers de personnes. De nombreux manifestants ont encore commémoré sa disparition le 11 mars dernier dans tout le pays.

Le cas de Berkin Elvan est devenu un symbole de la violente répression exercée par le pouvoir en 2013 et celui de la dérive autoritaire que lui reprochent ses détracteurs. M. Erdogan l'avait publiquement qualifié de «terroriste».

Au moins huit personnes ont été tuées, plus de 8000 blessées et des milliers d'autres arrêtées, selon les bilans des ONG de défense des droits de l'Homme.

Le 1er janvier dernier, le DHKP-C avait revendiqué un attentat manqué contre des policiers en faction devant le palais impérial de Dolmabahçe, à Istanbul, en indiquant avoir agi pour venger la mort de Berkin Elvan.

Selon certains médias, l'irruption du commando du DHKP-C dans le palais de justice d'Istanbul pourrait avoir été facilitée par la panne d'électricité géante qui a frappé la Turquie mardi en profitant d'une panne des détecteurs de métaux situés à l'entrée.

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