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27/03/2015 12:48 EDT

Manifestante blessée à Québec: la ministre Thériault «troublée» (VIDÉO)

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, se dit « troublée » après avoir vu les images « choquantes » d'un policier lançant un projectile à bout portant sur une jeune manifestante de 18 ans, jeudi, à Québec.

Elle a fait savoir qu'un « état de la situation » a été demandé aux autorités compétentes.

« Je pense que, de manière générale, les forces policières ont quand même tiré beaucoup d'enseignement de ce qui s'est passé en 2012. »— Lise Thériault

« Je sais que l'École nationale de police [du Québec] a fait des formations aussi avec les policiers pour faire en sorte que les pratiques soient changées pour que les gens puissent manifester en sécurité. [..] Ça, je peux vous le confirmer, je vous le garantis, ça a été fait », assure-t-elle.

« Cela étant dit, chaque fois qu'il y a des interventions policières, il y a toujours un risque. Les forces policières doivent revoir les interventions, doivent les analyser et changer leurs pratiques [...] », a-t-elle poursuivi.

Le maire de Québec Régis Labeaume a réagi aux affrontements en général, mais n'a pas souhaité commenté le cas de Naomie Trudeau-Tremblay en particulier. ««J’ai envie de dire: Qu’est-ce que vous faites là? [ ... ] Les gens, qu’est-ce qu’ils font là à deux pouces du nez des policiers?», a-t-il indiqué selon le Journal de Québec.

Le SPVQ fera analyse

Le directeur des communications du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), François Moisan, affirme que des spécialistes travaillent à analyser cet événement. Il a néanmoins brièvement commenté les images de l'incident.

« Ce que j'ai vu, ce sont des gens qui se sont approchés des policiers, qui se sont faits menaçants avec les policiers et des policiers qui ont suivi le protocole pour le contrôle de foule », soutient-il, ajoutant que les policiers étaient rendus « à l'étape des gaz irritants ». « Normalement », c'est le corps des manifestants qui est visé, a-t-il précisé.

Naomie Trudeau-Tremblay affirme avoir reçu une bonbonne de gaz lacrymogène en plein visage lors de la manifestation devant l'Assemblée nationale, qui a tourné par moments à l'affrontement avec les forces de l'ordre.

Elle s'en tire avec une ecchymose sur la bouche qui sera apparente pendant plusieurs semaines.

La jeune fille blessée et sa mère envisagent de poursuivre le policier ou la policière qui a fait feu.

Une plainte a également été déposée par un citoyen auprès du Comité de déontologie policière.

Rien ne justifiait un tel geste du policier, selon Serge Ménard

L'ex-ministre de la Sécurité publique et coauteur du rapport de la Commission spéciale d'examen des événements du printemps 2012, Serge Ménard, juge qu'« il n'y a rien qui excuse que l'on vise un projectile au visage d'un étudiant, à moins d'être en danger de mort ».

Il ajoute qu'une de ses recommandations portait justement sur l'utilisation de projectiles par les policiers.

« Si on lisait les rapports, on aurait peut-être pu appliquer une chose simple que l'on suggère : les policiers qui ont des projectiles à viser dans les manifestations devraient être munis d'une caméra sur leur chapeau », souligne-t-il.

Selon lui, la ministre Thériault donne l'impression de ne pas avoir lu le rapport de cette commission spéciale, ce qui n'est pas le cas du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent. « Il a dit que déjà plusieurs de nos recommandations avaient été mises en application », rapporte M. Ménard.

Le modèle québécois de contrôle de foule

Le Modèle québécois de l'intervention policière en contrôle de foule prévoit, selon les situations, des moyens graduels d'intervention. Dans l'ordre, il permet l'utilisation « passive » du bâton, puis l'utilisation des irritants chimiques, ensuite l'utilisation « active » du bâton, et finalement les armes intermédiaires d'impact à projectiles et les armes à feu.

Rendu public en mai 2014, le rapport Ménard rappelle aux policiers qu'ils doivent prévenir la foule avant l'utilisation de gaz lacrymogènes et lui donner suffisamment de temps pour se disperser. L'utilisation par les policiers d'irritants chimiques, affirment les commissaires, doit en outre « être judicieuse et rationnelle », conformément au modèle québécois de contrôle de foule.

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