NOUVELLES
25/03/2015 21:09 EDT | Actualisé 25/05/2015 01:12 EDT

Les enquêteurs français commencent à analyser une boîte noire de l'Airbus

SEYNE-LES-ALPES, France - Des enquêteurs français ont extrait des éléments audio de l'enregistreur de conversations du poste de pilotage récupéré dans les décombres de l'avion qui s'est écrasé dans les Alpes mardi, faisant 150 morts.Le directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile, Rémy Jouty, a précisé que le matériel comprenait du son et des voix, mais qu'il n'y avait pas la moindre explication qui puisse élucider l'accident pour le moment.M. Jouty a expliqué que l'avion a continué à voler «jusqu'à la fin», qu'il s'est écrasé contre la montagne et qu'il ne s'est pas disloqué en vol. Il a précisé que la dernière communication était un message de routine demandant la permission de poursuivre le voyage.Par ailleurs, le New York Times a rapporté que l'enregistrement semblait indiquer qu'un des pilotes de l'appareil se soit retrouvé à l'extérieur du cockpit peu avant l'accident.Citant un enquêteur sans le nommer, le quotidien raconte qu'un des pilotes a quitté sa cabine peu après le décollage de l'appareil et n'a jamais pu y retourner. Ce pilote aurait commencé à frapper à la porte. Voyant qu'on ne lui répondait pas, il s'est montré plus instant. L'enquêteur affirme qu'on l'entend tenter de défoncer la porte pour entrer dans le cockpit.L'enquêteur n'a pas voulu spéculer sur les raisons pour lesquelles l'autre pilote ne lui a pas ouvert la porte ou s'il était en communication avec la tour de contrôle à ce moment-là.L'enveloppe de la deuxième boîte noire, l'enregistreur de données de vol, a été retrouvée, mais non l'enregistreur lui-même, avait indiqué quelques minutes plus tôt le président français François Hollande.M. Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre espagnol Mariano Rajoy se sont rendus mercredi sur les lieux de l'écrasement. Des images diffusées à la télévision les ont montrés échangeant avec des secouristes, souvent par le biais d'interprètes, près de Seyne-les-Alpes.M. Hollande a rendu hommage aux secouristes qui tentent de récupérer les débris et les dépouilles dans un lieu difficilement accessible.Les données de l'enregistreur de conversations de poste de pilotage pourraient expliquer pourquoi l'Airbus 320 du transporteur à rabais allemand Germanwings a commencé à perdre de l'altitude en plein vol, après que les pilotes eurent perdu contact avec les contrôleurs aériens au moment où ils survolaient les Alpes lors d'un vol de routine entre Barcelone et Düsseldorf.Des hélicoptères ont repris le chemin du champ de débris dès l'aube, mercredi, pendant que d'autres secouristes affrontaient la pluie et la neige pour se rendre sur place à pied.Les enquêteurs veulent entre autres savoir ce qui s'est produit entre 10 h 30 et 10 h 31, a dit la ministre Ségolène Royal, qui supervise notamment les Transports. C'est à partir de ce moment que la tour de contrôle a perdu contact avec l'avion.L'armée de l'air française a déployé un chasseur Mirage 2000 dès qu'il est devenu apparent que l'appareil était en difficulté, mais l'avion militaire est arrivé après l'accident.L'enregistreur de conversations de poste de pilotage enregistre le son capté par quatre microphones à l'intérieur du poste de pilotage, toutes les conversations entre les pilotes et les contrôleurs aériens, et tous les bruits dans le poste de pilotage. L'enregistreur de données de vol enregistre 25 heures de données techniques concernant l'appareil.Mme Royal et le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, ont tous deux déclaré qu'il était improbable que l'avion ait été victime d'un attentat terroriste. Le ministre allemand de l'Intérieur a repris le même message. L'écrasement a pulvérisé l'appareil en milliers de débris éparpillés sur des centaines de mètres.Le ministre français des Transports, Alain Vidalies, a déclaré à la radio Europe 1 que les enquêteurs allaient tout d'abord s'intéresser aux conversations humaines. Les informations recueillies seront rendues publiques dès que possible, a-t-il promis.On compte parmi les victimes 16 élèves et deux enseignants d'une école secondaire allemande qui rentraient d'un périple d'une semaine en Espagne. Les cours ont été annulés mercredi, mais les jeunes ont néanmoins été invités à se rendre à l'école pour rencontrer leurs camarades et des psychologues. Des fleurs et des bougies s'accumulaient devant la porte de l'école, et des policiers étaient présents pour repousser les curieux.«Rien ne sera plus jamais le même à notre école, a dit Ulrich Wessel, directeur de l'école secondaire Joseph Koenig à Haltern. Hier, on m'a demandé combien d'élèves nous avons à l'école d'Haltern et j'ai répondu 1283 sans réfléchir — puis j'ai dû me reprendre, malheureusement, 16 de moins depuis hier, et je trouve ça terrible.»Le patron de Germanwings a révélé qu'il y avait notamment 72 Allemands, 35 Espagnols et deux Américains parmi les victimes. Les autres victimes sont originaires de l'Australie, de l'Argentine, de l'Iran, du Venezuela, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de la Colombie, du Mexique, du Japon, du Danemark, de la Belgique et d'Israël. Certaines victimes détenaient aussi une double nationalité. Madrid fait plutôt état de 49 Espagnols tués, tandis que Londres déplore au moins trois victimes.L'Espagne enverra une équipe de six spécialistes en France pour collaborer à l'identification des victimes. Six psychologues espagnols seront aussi dépêchés à Seyne-les-Alpes et cinq à Marseille pour épauler les proches.Des résidants de Seyne-les-Alpes ont offert d'héberger les proches éplorés des victimes en raison d'une pénurie de chambres à louer, a dit le maire de la ville, Francis Hermitte.L'avion se trouvait à moins d'une heure de sa destination, Düsseldorf, quand il a entrepris une descente rapide et inexpliquée de huit minutes. Les pilotes n'ont pas lancé d'appel de détresse. Le président et chef de la direction de Lufthansa, Carsten Spohr, lui-même pilote, a admis qu'il trouvait «inexplicable» l'écrasement d'un avion moderne piloté par deux commandants expérimentés.En Espagne, les drapeaux ont été placés en berne sur les édifices gouvernementaux et une minute de silence a été observée dans les bureaux gouvernementaux du pays. Le Parlement a annulé sa rencontre habituelle du mercredi.L'opéra Liceu, à Barcelone, a observé deux minutes de silence pour rendre hommage aux chanteurs Oleg Bryjak et Maria Radner, qui ont perdu la vie lors de l'accident.Des employés, des pilotes et des patrons de Lufthansa ont eux aussi observé un moment de silence mercredi à la mémoire des victimes du vol 9525.