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19/03/2015 02:09 EDT | Actualisé 19/03/2015 02:10 EDT

Boko Haram: des Nigérianes mariées de force puis massacrées pour rester «pures»

A Boko Haram flag flutters from an abandoned command post in Gamboru deserted after Chadian troops chased them from the border town on February 4, 2015. Nigerian Boko Haram fighters went on the rampage in the Cameroonian border town of Fotokol, massacring dozens of civilians and torching a mosque before being repelled by regional forces. AFP PHOTO/STEPHANE YAS        (Photo credit should read STEPHANE YAS/AFP/Getty Images)
STEPHANE YAS via Getty Images
A Boko Haram flag flutters from an abandoned command post in Gamboru deserted after Chadian troops chased them from the border town on February 4, 2015. Nigerian Boko Haram fighters went on the rampage in the Cameroonian border town of Fotokol, massacring dozens of civilians and torching a mosque before being repelled by regional forces. AFP PHOTO/STEPHANE YAS (Photo credit should read STEPHANE YAS/AFP/Getty Images)

Des dizaines de Nigérianes mariées de force à des combattants islamistes de Boko Haram ont été exécutées par leurs "époux" avant la reprise par l'armée de la ville de Bama, dans le nord-est, pour "éviter" qu'elles n'épousent des "infidèles", ont rapporté jeudi des témoins.

Cinq témoins, interrogés par l'AFP, ont raconté comment des islamistes fuyant l'avancée de l'armée qui a reconquis la ville de Bama, craignaient d'être tués ou séparés de leurs femmes. Ils les ont tuées pour éviter qu'elles ne se remarient à des non musulmans ou des athées, selon ces sources.

"Les terroristes ont dit ne pas vouloir que leurs femmes épousent des infidèles", a déclaré Sharifatu Bakura, 39 ans.

Selon cette mère de trois enfants, dont le témoignage a été corroboré par d'autres, les combattants islamistes avaient été prévenus de l'assaut contre Bama, un de leurs fiefs dans l'Etat de Borno.

Les insurgés ont alors décidé de fuir en direction de Gwoza, une localité proche, sans attendre l'arrivée des soldats. Mais, avant de fuir, ils ont "tué leurs femmes pour que personne ne puisse se remarier avec elles".

"Pour qu'elles restent pures"

Mme Bakura a perdu son mari, tué par les islamistes il y a quatre mois, mais elle n'a pas été obligée d'"épouser" un combattant car elle était enceinte.

Le groupe islamiste armé Boko Haram a forcé des dizaines de femmes de Bama à se "marier" avec des combattants après avoir conquis la ville en septembre 2014.

Les témoins, placés sous la protection de militaires cette semaine dans la capitale de l'Etat de Borno, Maiduguri, ont précisé que le massacre des femmes avait commencé une dizaine de jours avant la reprise de Bama.

Les islamistes ont déclaré que "s'ils tuaient leurs femmes, elles resteraient pures jusqu'à ce qu'ils se retrouvent au paradis", a ajouté un autre témoin, Salma Mahmud.

Un membre d'une milice d'auto-défense qui a participé à la reprise de Bama, Abba Kassim, a déclaré y avoir vu "des dizaines de cadavres de femmes".

D'autres témoins ont cité des chiffres similaires mais il n'était pas possible de vérifier ce bilan dans l'immédiat.

Ordre du chef

Fanna Aisami, 52 ans, également réfugiée à Maiduguri après avoir fui Bama , a déclaré que les meurtres de femmes ont eu lieu après des ordres donnés en ce sens par un "chef" de Boko Haram.

Ce "chef" a "informé ses hommes de la situation et des conséquences en cas de reconquête de la ville par les troupes gouvernementales. Il leur a dit qu'à leur arrivée, ils prendraient leurs femmmes et qu'elles seront ensuite forcées de se marier et de vivre avec des infidèles", raconte une mère de sept enfants, jointe à Kano au téléphone.

Leur chef a "dit qu'il serait préférable pour eux de tuer leurs femmes et de les envoyer au paradis", a ajouté Aisami.

Plusieurs femmes ont ensuite été exécutées en face de la maison du chef, a-t-elle dit.

Confirmant ce récit, Yagana Mairambe, 58 ans, a ajouté cependant que "certains membres de Boko Haram avaient refusé" de tuer leurs femmes et s'étaient enfuis avec elles vers l'Etat voisin de Yobe.

Le porte-parole du gouvernement pour les questions de sécurité Mike Omeri a déclaré à l'AFP ne pas pouvoir confirmer ces informations dans l'immédiat, et les responsables militaires n'étaient pas joignables.

Boko Haram, dont le nombre de combattants est évalué à plusieurs milliers, subit une série de défaites dans le nord-est du Nigeria, alors que le gouvernement d'Abuja tente de rassurer les électeurs sur la tenue du scrutin présidentiel et législatif du 28 mars, initialement prévues le 14 février.

Mais le groupe islamiste, qui vient de faire allégeance à l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), multiplie les attentats sanglants dans les grandes villes du nord du Nigeria et les massacres de villageois dans les zones reculées, dans ce pays et parfois dans les Etats voisins.

Le Nigeria et ses alliés, le Tchad, le Cameroun et le Niger, ont lancé fin janvier une vaste opération contre Boko Haram pour sécuriser le nord-est du pays avant les élections du 28 mars.

La rébellion du groupe islamiste armé, et sa répression souvent aveugle par l'armée, ont fait 13.000 morts et plus de 1,5 million de déplacés depuis six ans.

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