POLITIQUE
18/03/2015 06:57 EDT

L'extrême gauche montréalaise prévoit perturber le printemps

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Les politiques de rigueur budgétaire et l'apparition de groupuscules associés par certains à l'extrême droite - comme la Ligue de défense juive (LDJ) ou Pegida Québec - incitent les militants de la gauche radicale montréalaise à se montrer de plus en plus actifs.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Des militants de la mouvance anarchiste comptent organiser des rassemblements, des contre rassemblements et même des actions de « perturbation », a appris Radio-Canada.

« C'est une belle année qui s'en vient », lance Jessica, membre active du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP).

La militante anarchiste - qui utilise un nom fictif, car elle affirme être victime de profilage de la part de la police - a participé dimanche à la manifestation du COBP. Elle a d'ailleurs été interpellée par la police, le rassemblement ayant été déclaré illégal. Mais cela ne l'empêchera pas de participer à d'autres manifestations.

« Ça fait longtemps que je suis le mouvement antifasciste. Ça doit faire à peu près une quinzaine d'années. Cela a tout le temps été un peu les montagnes russes. » — Jessica, membre active du Collectif opposé à la brutalité policière

Mais en 2015, elle dit remarquer une activité accrue au sein des milieux d'extrême gauche, « un nouveau souffle ». Au moins quatre rassemblements de groupes de la gauche radicale sont prévus au cours des prochaines semaines à Montréal.

Le COBP, dont les rassemblements annuels sont régulièrement dispersés par l'escouade antiémeute, prévoit notamment se réunir en marge du défilé de la Saint-Patrick, dimanche prochain. Mais le groupe assure qu'il ne compte pas perturber les festivités.

Perturbation au Centre Bell

Radio-Canada a appris qu'un groupe d'extrême gauche récemment créée, L'Action antifasciste Montréal, veut tenter de perturber le prochain match du Canadien de Montréal, jeudi, au Centre Bell. Le groupe veut ainsi dénoncer les politiques du gouvernement qui profitent, selon lui, aux plus riches, comme la famille Molson.

« Cela fait plusieurs mois que nous préparons une telle action. Des personnes qui connaissent bien l'amphithéâtre vous ont préparé un petit quelque chose afin de clamer haut et fort qu'on n'en veut pas de l'austérité. Ce sera une action de perturbation qui n'a jamais été faite auparavant (...) Et n'ayez crainte, personne ne sera blessé durant l'action. » — déclaration de l'Action antifasciste Montréal, transmise à Radio-Canada

L'Action antifasciste Montréal a été créée en juillet dernier, explique un membre du groupuscule. Ses militants veulent critiquer les politiques d'« austérité » du gouvernement, mais n'ont pas voulu donner plus de détails quant à la manière dont ils comptent s'y prendre pour tenter de perturber un match du Canadien.

Ils veulent aussi faire face à des groupuscules perçus comme étant d'extrême droite. L'Action antifasciste Montréal, dont la page Facebook compte 400 membres, entend surveiller Pegida Québec et la LDJ.

« Avec la venue de la LDJ, la création de Pegida Québec, la montée de l'intégrisme nationaliste et les actes de violence contre plusieurs communautés au Québec, il est plus que temps de remettre à l'ordre du jour la lutte antifasciste », dit l'Action antifasciste de Montréal, qui promet aussi de tenir un contre-rassemblement près de celui de Pegida Québec.

Qui sont Pegida Québec et la Ligue de défense juive?

Les Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident, connu sous l'acronyme « Pegida », organisent depuis plusieurs mois des manifestations en Europe. Le groupe a été qualifié d'islamophobe par plusieurs dirigeants européens. La page Facebook de « Pegida Québec », qui compte moins de 1000 membres, indique qu'un rassemblement est prévu dans le Petit Maghreb, à Montréal, à la fin du mois de mars. Le groupe n'a pas voulu nous accorder d'entrevue.

La Ligue de défense juive est une organisation ultranationaliste se basant sur les enseignements du rabbin d'extrême droite Meir Kahane. La LDJ s'est installée à Montréal récemment. Les principales organisations juives s'en distancient.

Manifester et peut-être « bloquer des ponts »

Un autre groupe de la « gauche radicale », le Syndicat industriel des travailleuses et travailleurs, branche montréalaise de l'Industrial Workers of the World, prévoit un rassemblement fin avril pour dénoncer les mesures « d'austérité » du gouvernement.

Un représentant indique que le syndicat planche sur des actions de « dérangement économique ». « Les occupations; bloquer des ponts [...]; faire de la sensibilisation aussi, ça peut être quelque chose de très efficace, et amener les gens à débrayer », dit Martin Trudel.

Même s'ils sont en marge, ces groupes ont une présence à Montréal depuis plusieurs décennies. Ils compteraient « plusieurs dizaines de membres », avec « une capacité de mobilisation de plusieurs centaines », affirme Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et ancien militant.

« Ce sont des groupes d'extrême gauche, des groupes qu'on dira radicaux, non institutionnels. Ils agissent en fait généralement dans la rue, ils organisent des manifestations, des actions de visibilité, ils peuvent perturber des évènements officiels. » — Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal et ancien militant

Les politiques « d'austérité » actuelles et l'apparition à Montréal de groupuscules vus comme étant d'extrême droite peuvent inciter l'extrême gauche à se rassembler plus souvent, selon M. Dupuis-Déri.

« Les luttes politiques, c'est toujours des dynamiques avec des oppositions et des réactions. Les rapports entre néonazis et antifascistes, c'est quelque chose de dynamique. Si vous avez des néonazis, vous avez de bonnes chances d'avoir des groupes antifascistes qui se mettent en place », estime M. Dupuis-Déri.

Risque d'actes violents?

Impossible de dire si un rassemblement comme celui de Pegida Québec et le contre-rassemblement auquel participera la Ligue antifasciste Montréal pourraient être entachés par des actes de violence, dit le politologue. « Dans les années 90, à Montréal, il y avait des luttes physiques entre des groupes d'extrême droite racistes [...] et des groupes d'extrême gauche antifascistes », se souvient M. Dupuis-Déri.

Jessica, du COBP, manifestera aussi contre la venue de Pegida, le 28 mars. « On va voir comment ça va se passer, on ne peut jamais prévoir s'il va y avoir de la confrontation ou pas », dit-elle.

Malgré tout, elle ne pense pas que les mobilisations des groupes de la gauche radicale de ce printemps pourront atteindre l'ampleur de 2012.

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