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17/03/2015 18:14 EDT | Actualisé 17/05/2015 01:12 EDT

Un député conservateur s'excuse pour ses propos sur les femmes et le niqab

OTTAWA - Le refus du premier ministre Stephen Harper de dénoncer publiquement certaines déclarations à connotation raciste de députés conservateurs ouvre une porte dangereuse, selon l'opposition.Un député conservateur ontarien a présenté ses excuses, mardi, pour avoir affirmé que les femmes qui voulaient prêter le serment de citoyenneté canadienne en portant le niqab auraient finalement dû rester «là d'où elles venaient». Larry Miller a soutenu que la plupart des Canadiens étaient d'accord avec cette interdiction, et qu'il en avait assez de ces gens qui débarquent au Canada et qui veulent ensuite chambarder les choses.La semaine dernière, son collègue du Nouveau-Brunswick John Williamson avait dû lui aussi s'excuser pour avoir affirmé que des «personnes brunes» prenaient les emplois des «Blancs».Le cabinet du premier ministre est demeuré muet sur les propos du député Williamson. Quant aux déclarations de M. Miller, on a simplement indiqué que sur le fond, le député ontarien avait repris la position «claire» du gouvernement concernant le port du niqab pendant le serment de citoyenneté.La députée néo-démocrate Jinny Sims croit que l'enjeu dépasse maintenant le seul niqab, et ouvre la porte au racisme et à la division. «Une culture est installée par le premier ministre et certains de ses commentaires et par les problèmes dont nous discutons, et cela crée une espèce de zone de liberté chez des députés, qui ont le sentiment de pouvoir enfin dire tout haut ce qu'ils pensent depuis longtemps.»Le député Miller commentait lundi à une station de radio de sa circonscription le récent jugement de la Cour fédérale qui invalide le décret ministériel interdisant de prêter le serment de citoyenneté en portant le niqab — qui couvre tout le visage de la femme sauf les yeux. «Si vous n'êtes pas prête à montrer votre visage lors de la cérémonie au cours de laquelle vous joignez le meilleur pays du monde, et bien franchement, si vous n'êtes pas d'accord, restez d'où vous venez.» Dans un communiqué transmis mardi, M. Miller a ensuite atténué ses propos: s'il se dit toujours d'accord avec l'interdiction de porter le niqab lors de la cérémonie de serment d'allégeance, il s'excuse pour le reste de ses remarques «inappropriées».Le chef de l'opposition libérale, Justin Trudeau, estime que ces excuses sonnent faux, et que toute cette histoire prouve que Stephen Harper entretient la peur et les préjugés à l'endroit des musulmans.Un sondage Forum Research mené pour le compte du quotidien Toronto Star suggérait mardi que près des deux tiers des Canadiens sont d'accord avec la position du gouvernement conservateur concernant l'interdiction du niqab lors de la cérémonie de citoyenneté.Mais selon la députée Sims, les Canadiens n'aiment pas que les conservateurs utilisent ce débat pour faire de la petite politique. «Cela contamine tout le débat si on s'aperçoit que certains députés veulent aller chercher quelques votes là-dessus (...) Nous sommes élus dans notre circonscription, mais nous représentons tous les Canadiens (aux Communes)», a-t-elle soutenu.