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15/03/2015 09:21 EDT

Syrie: Kerry admet que Washington doit parler avec Assad pour mettre fin au conflit

Syrians walk amidst destroyed buildings following reportedly Syrian government forces barrel bomb attacks in the northern city of Aleppo on September 26, 2014. According to the Syrian Observatory for Human Rights, at least 180,000 people have been killed since the beginning of the conflict in March 2011. Barrel bombs are typically constructed from large oil drums, gas cylinders or water tanks, filled with high explosives and scrap metal to enhance fragmentation. AFP PHOTO/ ZEIN AL-RIFAI        (Photo credit should read ZEIN AL-RIFAI/AFP/Getty Images)
ZEIN AL-RIFAI via Getty Images
Syrians walk amidst destroyed buildings following reportedly Syrian government forces barrel bomb attacks in the northern city of Aleppo on September 26, 2014. According to the Syrian Observatory for Human Rights, at least 180,000 people have been killed since the beginning of the conflict in March 2011. Barrel bombs are typically constructed from large oil drums, gas cylinders or water tanks, filled with high explosives and scrap metal to enhance fragmentation. AFP PHOTO/ ZEIN AL-RIFAI (Photo credit should read ZEIN AL-RIFAI/AFP/Getty Images)

Les États-Unis devront négocier avec le président syrien Bachar al-Assad pour mettre fin au conflit qui vient d'entrer dans sa cinquième année, a reconnu le secrétaire d'État américain John Kerry.

"Au final, il faudra négocier. Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus (de paix) de Genève I", a déclaré M. Kerry dans une interview diffusée sur la chaîne CBS dimanche, ajoutant que Washington travaillait d'arrache-pied pour "relancer" les efforts visant à trouver une solution politique au conflit.

Cinquième année d'un conflit dévastateur

Le conflit syrien entre dimanche dans sa cinquième année avec un bilan humanitaire dramatique et un régime toujours aussi brutal, enhardi par l'inertie d'une communauté internationale davantage préoccupée par les atrocités du groupe Etat islamique (EI).

Des ONG internationales ont condamné cette semaine l'"échec" des gouvernements du monde à trouver une issue à la guerre qui a coûté la vie à plus de 215 000 personnes et poussé la moitié des habitants à fuir leur domicile.

L'image des manifestations pacifiques qui ont débuté le 15 mars 2011 s'est estompée depuis longtemps. Le soulèvement contre le régime s'est militarisé face à la répression, jusqu'à devenir une guerre civile complexe dans laquelle s'affrontent les troupes loyales au régime, une myriade de groupes rebelles, des forces kurdes et deux organisations jihadistes, dont le groupe Etat islamique (EI).

La diplomatie est au point mort, après deux séries de négociations entre régime et opposition qui se sont soldées par un fiasco. Deux émissaires spéciaux ont jeté l'éponge et un troisième tente en vain de faire appliquer un gel des combats dans la ville d'Alep (nord).

L'incapacité de la communauté internationale à mettre fin au bain de sang alimente le sentiment d'amertume et d'abandon des Syriens, qui traversent selon l'ONU "la plus importante situation d'urgence humanitaire de notre ère".

Près de quatre millions de personnes ont fui la Syrie, dont plus d'un million réfugiés au Liban voisin. Beaucoup meurent dans le naufrage de bateaux de fortune allant illégalement en Europe.

Tournant dangereux

Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a averti "du tournant dangereux" que prend la crise, car près de deux millions de Syriens de moins de 18 ans "risquent de devenir une génération perdue".

Au sein même du pays, plus de sept millions de Syriens sont déplacés et près de 60% de la population vit dans la pauvreté.

Les infrastructures ont été décimées, entraînant des pénuries aiguës d'électricité, d'eau et de nourriture, notamment dans les zones assiégées par l'armée.

Des ONG de défense de droits de l'Homme ont enquêté sur les terribles exactions du régime: près de 13 000 Syriens sont morts sous la torture dans ses geôles depuis le début du soulèvement. Des dizaines de milliers d'autres croupissent toujours en prison, beaucoup étant portés disparus.

Malgré l'indignation internationale face au nombre de victimes et à l'utilisation présumée de l'arme chimique par le régime mi-2013, le président Bachar al-Assad reste plus que jamais accroché au pouvoir et ses forces consolident leur contrôle sur la périphérie de Damas et d'Alep, où s'effrite la présence de la rébellion.

Celle-ci, plus éclatée que jamais dans le nord, le centre et le sud du pays est affaiblie par la supériorité militaire de l'armée qui la bombarde de barils d'explosifs et s'appuie sur des alliés étrangers comme le Hezbollah libanais. Quant aux jihadistes, ils contrôlent des régions du nord et de larges territoires dans l'est.

Peu d'espoir de paix

Les pays occidentaux qui réclamaient le départ de M. Assad en 2011, sont devenus moins véhéments face à la montée de l'EI, considéré actuellement comme l'organisation "terroriste" la plus dangereuse et la mieux financée au monde.

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry a d'ailleurs indiqué que la priorité de Washington était de vaincre l'EI.

Depuis mi-2014, les Etats-Unis dirigent une coalition internationale pour combattre le groupe en Irak et en Syrie, où les jihadistes ont proclamé un "califat" islamique sur les territoires qu'ils contrôlent.

Les frappes aériennes de la coalition ont permis notamment aux forces kurdes de chasser le groupe de certaines régions dans le nord de la Syrie. Mais l'EI reste puissant, diffusant des vidéos atroces de décapitations de civils, journalistes et humanitaires qui provoquent  des ondes de choc mondiales.

Le groupe attire des milliers de combattants étrangers, dont de nombreux Occidentaux, laissant craindre que des jihadistes ne cherchent à mener des attaques une fois de retour dans leur pays natal.

L'espoir de paix en Syrie reste maigre. De nouveaux pourparlers à l'issue incertaine sont prévus entre émissaires de Damas et une partie de l'opposition syrienne en avril à Moscou, allié indéfectible de M. Assad.

"Il y a plus de 215 000 morts alors que la communauté internationale est silencieuse et qu'aucun crime n'est puni par des tribunaux internationaux", affirme à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, qui comptabilise les morts depuis le début de la guerre. 

"L'impunité encourage le meurtrier à poursuivre ses crimes".

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