NOUVELLES
15/03/2015 04:37 EDT | Actualisé 15/03/2015 04:37 EDT

<em>Le berceau des anges</em> à Séries+: bouleversant trafic de poupons

Courtoisie Séries Plus

Avec Le berceau des anges, Séries+ a choisi la fiction parfaite pour tenter l’expérience de la diffusion en rafale sur une semaine, du lundi au jeudi. Les deux premiers épisodes, présentés demain, vous donneront immédiatement envie de connaître la suite, et vous n’aurez pas à attendre bien longtemps, puisque les trois dernières heures seront distillées mardi, mercredi et jeudi. Puis, si vous avez envie d’un dessert, jeudi, en fin de soirée, vous pourrez vous tourner vers Historia, qui relaiera Le berceau des anges : le documentaire, qui raconte les événements réels dont la production est inspirée. Guylaine Tremblay en assure la narration.

Le berceau des anges est une réalisation de Ricardo Trogi, d’après un scénario de Jacques Savoie (Les orphelins de Duplessis, Ces enfants d’ailleurs II) et une idée originale de Sylvie Roy, co-productrice, avec Luc Wiseman, chez Avanti Ciné Vidéo. On en a beaucoup entendu parler dans la dernière année. La chaîne qui héberge le projet avait visiblement l’intention de créer un engouement autour de ce portrait d’une période sombre du passé du Québec, dans les années 1950, ce récit de faits sordides demeurés jusqu’ici à peu près cachés. La minisérie a d’abord été projetée une première fois au MIPCOM de Cannes, à l’automne, et les journalistes avaient eu un aperçu du tournage au printemps dernier, au parc du Mont-Royal.

De Tadoussac à Montréal

Donc, plusieurs connaissent déjà la trame de fond : on s’intéresse à un trafic de vente de poupons implanté et très bien rodé, qui a roulé entre Montréal et les États-Unis, après la Seconde Guerre mondiale. Des Juifs américains faisaient le voyage jusque chez nous – ou alors, attendaient la «livraison» chez eux, des Québécois étant alors mandatés de traverser les douanes régulièrement pour aller porter les enfants – et payaient jusqu’à 10 000$ pour ainsi «adopter», sans nécessairement être conscients que la procédure était illégale. On fabriquait même de faux baptistaires. Les cliniques privées de la métropole attiraient les filles-mères en leur promettant confort et sécurité et en leur jurant que le bébé serait confié à une famille aimante. Au final, les jeunes filles quittaient toutefois l’endroit avec, en main, comme seule compensation, une boîte de chocolats ou autre peccadille du genre, et une ignorance totale de ce qui se tramait dans leur dos.

Dans Le berceau des anges, l’enquêteur Edgar McCoy (Sébastien Delorme) et sa collègue Denise Royer (Ève Duranceau), une maman monoparentale, sous les ordres du Chef Gilles Blanchard (Gildor Roy) sont affectés à ce dossier, qu’ils prennent évidemment très au sérieux. Ils cherchent à déjouer qui est à l’origine du réseau et comment celui-ci fonctionne. Dans sa vie personnelle, McCoy tente désespérément d’adopter un enfant avec son épouse, Alice (Isabelle Blais). Tout à son désir de devenir mère et très entreprenante, celle-ci pourrait venir brouiller les cartes dans le boulot de son mari.

À l’autre bout de la province, à Sacré-Cœur, près de Tadoussac, la jeune Gabrielle Hébert (Marianne Fortier), 19 ans, est follement éprise d’Étienne (Frédéric Millaire-Zouvi) et apprend avec stupeur qu’elle est enceinte. Pas de problème, la rassure son amoureux, prêt à prendre ses responsabilités : ils n’ont qu’à se marier et à vivre ensemble. Hélas, les parents des tourtereaux ne voient pas l’imprévu du même œil. Humilié, le père de l’adolescente la somme de fuir à Montréal, où elle n’entachera pas la réputation de tout son clan. Gabrielle s’exile, le cœur rempli d’espoir de voir son soupirant venir la rejoindre, et se réfugie à l’Hôpital de la Rédemption, où les autorités religieuses veillent sévèrement sur leurs pensionnaires. Elle s’y liera d’amitié avec Colette (Marie-Ève Milot), une gamine de son âge désillusionnée.

Un seul détail agace un tantinet en détaillant le résultat du Berceau des anges: la trop grande utilisation de musique dramatique dans certaines scènes, comme si on voulait appuyer encore davantage sur la tristesse des situations exposées. Or, l’histoire est suffisamment forte, sans que ces excès soient nécessaires, et les silences ont parfois plus de poids qu’un abus de violons.

Pour le reste, on a bien peu à redire sur le jeu des acteurs, le rythme de l’intrigue, qui ne s’essouffle jamais et dans lequel on plonge dès les premières minutes, la reconstitution de l’époque. Sandrine Bisson, actrice fétiche de Ricardo Trogi – vue et applaudie dans 1981 et 1987 -, en Sarah Weiman, «pourvoyeuse» de bébés qui héberge les jeunes femmes en fin de grossesse pour revendre rapidement les chérubins, brille et vole la vedette. La comédienne parvient à insuffler de l’humanité à son personnage, de prime abord pas du tout sympathique.

Concert de pleurs

Vous aurez certainement un serrement au cœur en regardant les segments à la pouponnière, où les bouts de choux de quelques semaines à peine s’époumonent dans un concert de pleurs. Certains jours de tournage, jusqu’à 25 nourrissons étaient rassemblés sur le plateau.

«Je n’ai pas tellement aimé ça, a avoué le réalisateur, Ricardo Trogi, lors du visionnement de presse duBerceau des anges, la semaine dernière. Des petits bébés, ça pleure pour vrai! Ce sont plus des éléments du décor que des comédiens, mais ça reste touchant…»

Pour ceux qui se questionnent sur le ratio réalité-fiction dans ces cinq heures, sachez que tous les éléments de l’enquête de McCoy et Royer sont véridiques et ont été trouvés dans les documents d’archives par l’équipe de production. Le parcours de Gabrielle Hébert, lui, a été imaginé de toutes pièces.

«On est 60 ans plus tard ; comment c’a pu changer?, a hasardé la co-productrice, Sylvie Roy. Comment les choses ont-elles évolué? À cette époque, la mentalité était épouvantable pour les filles-mères, et il n’y a que 60 années qui ont passé. Ça m’intéressait de montrer ça à l’écran.»

«Je me dis que si ces filles-mères de l’époque, qui ont aujourd’hui 80 ou 85 ans, se sentent moins coupables en voyant la série, c’est déjà beaucoup, et si les enfants adoptés comprennent mieux les gestes de leur mère et le contexte, bravo. C’est ma volonté», a ajouté Sylvie Roy.

Le berceau des anges, du lundi 16 mars au jeudi 19 mars, à 20h, à Séries+. Le berceau des anges : le documentaire suivra, jeudi, à 22h, à Historia.

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter

INOLTRE SU HUFFPOST

Les 30 films les plus attendus de 2015