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13/03/2015 07:08 EDT | Actualisé 13/03/2015 07:08 EDT

Hijab en cour: Rania El-Alloul refuse l'argent amassé pour elle

PC/Graham Hughes

Rania El-Alloul, cette mère de famille que la juge Eliana Marengo a récemment refusé d'entendre parce qu'elle portait un hijab en cour, refuse d'utiliser les quelque 50 000 $ amassés pour elle grâce à une campagne de sociofinancement sur Internet. Elle entend par ailleurs porter plainte contre la magistrate à l'origine de la controverse.

Dans un message posté sur la page du site GoFundMe, qui accueille la campagne de sociofinancement, Mme El-Alloul explique qu'en rendant son histoire publique, elle ne voulait qu'attirer l'attention sur la discrimination qu'elle a subie et que l'argent devrait être utilisé à d'autres fins.

Les organisateurs de la campagne, qui n'ont aucun lien avec elle, voulaient que la somme lui permette d'acheter une nouvelle voiture, puisque la décision de la juge Marengo l'a empêché de récupérer la sienne, qui a été saisie par la Société de l'assurance automobile du Québec. Elle devait aussi l'aider à payer ses frais juridiques.

« Bien que j'apprécie beaucoup ce soutien financer provenant de cette campagne généreuse et chaleureuse, je ne peux accepter ce cadeau », écrit-elle.

« La sensibilisation [à la cause] engendrée par cette campagne nous a amené des gens de partout, qui ont offert leur soutien pour que cet enjeu aille de l'avant. Conséquemment, je crois que ces fonds peuvent être mieux utilisés pour aider ceux qui ont perdu leurs droits et dont les histoires n'ont pas été racontées. »

Mme El-Alloul remercie néanmoins tous les donateurs de leur appui. « Ma famille et moi avons été profondément touchés par cette démonstration des valeurs les plus significatives de nos sociétés : la liberté, la justice et la solidarité », conclut-elle.

Extrait du message de Rania El-Alloul

« La poursuite de la justice et de l'égalité est la raison pour laquelle des gens de partout au monde viennent s'enraciner et s'établir dans notre société. Je crois que la Charte des droits et libertés a été conçue pour unifier et protéger les plus faibles de nos citoyens, et les tribunaux constituent le dernier bastion d'espoir pour ceux qui veulent que leurs histoires soient entendues et leurs droits, respectés. »

Les deux organisateurs de la campagne de sociofinancement demandent maintenant aux plus de 1000 donateurs qui ont versé de l'argent de leur indiquer comment ils devraient utiliser la somme amassée. En excluant les frais d'administration du site et ceux de l'organisme qui permet les transactions en ligne, cela s'élève à 47 800 $.

Les organisateurs, Nouman Ahmad et Rayan Rafay, suggèrent pour l'heure d'utiliser l'argent à trois fins:

  • utiliser 20 000 pour verser des bourses de 500 à des étudiants qui combattent l'injustice et défendent les droits humains, en collaboration avec une université;
  • verser 12 800 au National Council of Canadian Muslims, que Mme Al-Alloul a approché en vue de déposer une plainte dans cette affaire. L'argent servirait d'abord et avant tout à payer les frais juridiques engendrés par cette cause, et le reste pourrait être utilisé dans d'autres causes judiciaires similaires;
  • donner 15 000 à une ou des organisations qui viennent en aide aux immigrants qui s'installent au Canada ou qui défendent les droits civiques au pays. Quatre organisations sont considérées.

Dans une entrevue accordée à CBC, Mme El-Alloul a confirmé qu'elle travaille avec le National Council of Canadian Muslims dans le but de déposer une plainte formelle contre la juge Marengo au Conseil de la magistrature. Un citoyen a d'ailleurs déjà agi en ce sens.

Les organisateurs de la campagne, qui habitent respectivement Toronto et Vancouver, disent qu'ils prendront une décision d'ici une semaine, après avoir reçu les avis des donateurs.

La décision de la juge Marengo a été décriée par de nombreux citoyens, politiciens et groupes de protection des droits civils partout au Canada. Un mouvement de sympathie pour Mme El-Alloul a aussi vu le jour sur Twitter, avec le mot-clic #NotMyCanada.