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13/03/2015 01:53 EDT | Actualisé 13/03/2015 02:24 EDT

«100% Lemire»: essentiel Daniel Lemire (VIDÉO/PHOTOS)

On s’ennuyait de Daniel Lemire. On le savait, mais la première de son nouveau spectacle, 100% Lemire, jeudi, à la salle Pierre-Mercure, nous l’a officiellement confirmé.

Pas parce que ce 10e one man show est drôle à se rouler par terre du début à la fin. La prestation, essentiellement fondée sur une performance de stand up, entrecoupée par le passage de personnages renommés (Edmond Raté, Yvon Travaillé, Ronnie, Oncle Georges), s’avère dans l’ensemble un peu inégale, mais généralement bonne. Certains gags sont excellents, d’autres tombent à plat.

Notons d’ailleurs que 100% Lemire est nettement supérieur au dernier effort de l’humoriste, lancé en 2010, qui versait souvent dans le jeu théâtral et n’avait pas été très bien reçu par les critiques. En faisant équipe avec son vieux complice Denis Bouchard, qui signe sa mise en scène, Daniel Lemire revient à ce qu’il fait de mieux, pour un résultat beaucoup plus optimal.

Galerie photo 100% Lemire (12 mars 2015) Voyez les images

En fait, Lemire nous manquait parce qu’il est l’un des seuls comiques du Québec à façonner son matériel à partir de l’actualité. En détaillant les bulletins de nouvelles et les journaux, en observant les bourdes de nos politiciens et autres affaires publiques, il trouve toujours une blague à en dégager et à tourner à sa façon.

Daniel Lemire mène sa carrière tambour battant depuis plus de 30 ans. Un artiste ne peut franchir ce cap, se rendre à une 10e affiche à son nom et durer aussi longtemps sans avoir sa touche personnelle, son regard particulier, bien à lui. Daniel Lemire est unique et, en ce sens, il est essentiel dans le paysage culturel québécois. Et nous sommes plusieurs à penser la même chose, car les réactions dans la salle, jeudi, étaient extrêmement vives : les rires étaient forts, les applaudissements, nourris, les exclamations, spontanées et sincères. Il est rare de percevoir un tel enthousiasme dans un parterre lors d’un spectacle d’humour. Il ne fait nul doute que 100 % Lemire était très attendu.

Plusieurs sujets

Dès le début de la soirée, on comprend quel sera le fil conducteur des deux prochaines heures.

Sur vidéo, des associations cocasses de photos et de faux slogans, liées aux manchettes des dernières semaines, défilent les unes après les autres : «Scrap Dinner, de l’austérité plein la bouche» ; «LeMcBarrette, peut contenir des traces de produits comestibles», etc. On a même droit à des «séparés à la naissance» : Gaétan Barrette et Jabba the Hutt, Fred Pellerin et Françoise David, Stephen Harper et le bonhomme Lego.

En ouverture, Daniel Lemire jase de l’arrivée, dans sa famille, de sa nouvelle petite-fille et de son récent voyage au Mexique. «C’est sûr qu’il y a beaucoup de corruption, mais on se sent chez nous», a-t-il précisé à propos du pays.

Bill Cosby et et Jian Ghomeshi, l’imminence d’un prochain référendum, les politiques d’austérité («Ils coupent partout, ils veulent ramener la grossesse à cinq mois»), Justin Trudeau («J’espère qu’il a les pieds propres, parce qu’il se les met dans la bouche souvent…»), Rob Ford («Lui, c’était quelque chose. Même Ozzy Osbourne trouvait qu’il exagérait!»), le 50e anniversaire de la venue des Beatles au Forum («Je ne me souviens plus contre qui ils avaient joué»), la Commission Charbonneau («Je suis tanné de l’écouter, je vais attendre qu’ils sortent le coffret») et même Joël Legendre («C’est rare que tu vas uriner avec le pantalon autour des chevilles… Il a été chanceux dans sa malchance, il aurait pu tomber sur Matricule 728…»), rien n’échappe au radar de l’informé Lemire.

Petit reproche : le créateur récupère une boutade de son dernier spectacle et l’accole à un nouveau nom. En parlant de l’abandon de Jean-François Lisée dans la course à la direction du Parti québécois, il lance : «Il est tellement cultivé que, quand il fait un gaz, ça fait Proust». Il y a cinq ans, c’est Denise Bombardier qui recevait le quolibet.

Personnages moins efficaces

Les segments les plus faibles sont ceux où Lemire emprunte la peau de personnages. Bien sûr, il fait toujours bon retrouver ces vieux Oncle Georges et Ronnie, mais peut-être que la magie y est moins, après toutes ces années, et c’est bien à regret qu’on dresse ce constat. Les portions où Lemire se glisse sous les traits d’un premier explorateur mexicain, Bartolomé Colomb, ou d’un animateur d’une émission de cuisine, dans le numéro Manger pour manger, s’étirent un peu trop. En visite à la pharmacie pour se monter une «trousse de premiers joints», Ronnie est encore charmant, mais pas hilarant. L’entrée en piste d’Oncle Georges, à la toute fin, s’annonçait meilleure, avec un collage photos où le célèbre clown figure aux côtés de Miley Cyrus, Georges Laraque ou Tony Accurso («Je me promenais en pédalo et il m’a donné un lift sur son bateau…»), mais s’est gâtée par la suite. Heureusement pour lui, Oncle Georges a encore la cote et a fait le bonheur de l’assistance.

Daniel Lemire se produira encore à la salle Pierre-Mercure vendredi et samedi, et reviendra à Montréal le 6 mai et le 13 et 14 novembre, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Pour connaître toutes les dates de sa tournée, consultez le www.daniellemire.com.