POLITIQUE
12/03/2015 05:15 EDT

Québecor et les paradis fiscaux: Alain Deneault doute des explications de PKP

QUÉBEC - «On peut très bien dire qu'on est allé dans un bordel pour lire la Bible», lance Alain Deneault, spécialiste des questions d'évasion fiscale. Mais les explications de Pierre Karl Péladeau sur la présence de Québecor dans des paradis fiscaux ne l'ont pas convaincu.

Alain Deneault s'est retrouvé malgré lui au coeur du premier débat de la course à la direction du PQ mercredi soir. Le candidat Pierre Céré a cité l'auteur et chargé de cours pour demander à Pierre Karl Péladeau si Québecor a des actifs dans les paradis fiscaux.

La présence de filiales de Québecor à la Barbade et au Delaware a déjà été documentée. Pierre Karl Péladeau et l'entreprise ont maintes fois nié que Québecor ait tiré des avantages fiscaux de cette présence dans des juridictions de complaisance.

«Je ne pense pas que ce soit utile de parler de Québecor ici, je n'exerce plus aucune fonction», a d'abord répondu PKP à son adversaire mercredi soir. En point de presse par la suite, il a précisé sans détour: «Québecor, sous ma direction, n'a jamais eu de filiale dans les paradis fiscaux».

À propos de la présence de l'entreprise au Delaware, connu pour sa législation laxiste, monsieur Péladeau a expliqué: «Les Américains souhaitent travailler avec des entreprises incorporées dans les États américains et le Delaware c'est l'État où la grande majorité des entreprises américaines sont incorporées».

Par le passé, Québecor Média a affirmé que son entreprise située à la Barbade, Intellia, détenue via Nurun, avait été acquise uniquement pour réaliser une transaction avec la Chine et ne la soustrayait pas à ses obligations fiscales. Il a été impossible de joindre le porte-parole de Québecor jeudi.

Explications peu convaincantes

«Le problème fondamental avec les paradis fiscaux, de manière générale et avec la déclaration de monsieur Péladeau en particulier, c'est qu'on est obligés de croire les gens sur parole», déplore Alain Deneault.

Il met en doute les explications du favori à la succession de Pauline Marois. «La seule raison pertinente qu'il y a d'aller dans les paradis fiscaux, c'est de contourner le fisc et d'échapper au contrôle des institutions publiques», dit l'auteur de deux ouvrages sur le sujet.

«Il est possible de mener des transactions pareilles depuis le Canada, dit-il. Le Canada n'est quand même pas un régime totalitaire. C'est une explication plausible, mais certes pas convaincante aux vues des avantages autres qu'offre la législation.»

En fait, ce sont des dizaines de filiales de Québecor qui ont été enregistrées à un moment ou un autre au Delaware. Les noms enregistrés incluent Archambault Investments, QMI Radio, Sun Media Group et Videotron Inc. L'État du nord des États-Unis est connu pour le «Delaware Loophole», qui permet de contourner le fisc américain. En 2004, une étude a démontré que la Pennsylvanie a perdu 400 millions$ en revenus en raison des entreprises établies dans l'État voisin.

Ces questions laissées en suspens nuiront à PKP s'il devient premier ministre, croit Alain Deneault. «Cet homme-là n'aura pas de crédibilité quand viendra le temps de faire la lutte aux paradis fiscaux», dit-il. Pas plus que le premier ministre Philippe Couillard, qui a placé de l'argent à l'île de Jersey, un autre paradis fiscal, souligne Alain Deneault.

Et la complaisance de la classe politique envers l'évasion fiscale nuit, en bout de course, aux finances publiques. «En créant ces échappatoires, le fardeau fiscal finit par peser essentiellement sur la classe moyenne», souligne Alain Deneault. Un manque à gagner qui se traduit par des hausses de taxes... et par des compressions.

Avec La Presse Canadienne

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