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09/03/2015 06:04 EDT | Actualisé 09/03/2015 06:06 EDT

Le chat de Banksy attire les regards vers Gaza (PHOTOS)

Dans les ruines de ce qui était la maison où il élevait ses six enfants avec sa femme s'élève une image incongrue. Parmi les débris de ciment, de bois et de ferraille, un pan de mûr qui a survécu aux bombardements et aux combats arbore depuis quelque temps l'image un peu naïve d'un chaton tout blanc.

Un photoreportage de Marie-Eve Bédard

« Un étranger est venu un jour pour le peindre. Il a passé quelques heures, puis il est reparti », raconte Mohammed Massad Al-Shinbari.

Mais l'étranger, allait-il bientôt découvrir avec le flot incessant de visiteurs qui passent maintenant chez lui pour voir l'oeuvre, n'était nul autre que Banksy, l'artiste graffiteur dont personne ne connaît la véritable identité, mais dont la réputation ne connaît pas de frontières.

Le polémiste, qui a l'habitude de laisser des messages subversifs sur les murs et dans les espaces publics un peu partout dans le monde, a révélé son passage à Gaza par l'entremise d'une vidéo qui parodie un message promotionnel de tourisme.

« Cette année, découvrez une nouvelle destination », déclare la vidéo avec sarcasme. « Bienvenue à Gaza. Bien à l'écart des sentiers touristiques conventionnels. On y accède par un réseau de tunnels illégaux. Les locaux aiment tellement l'endroit qu'ils ne le quittent jamais. »

Alors que ses enfants courent pieds nus dans les ruines autour de l'abri de fortune qu'il s'est construit depuis qu'il a quitté le refuge où il a attendu que la guerre cesse l'été dernier, Mohammed explique qu'il voit dans l'image du chat un message de solidarité.

« C'est le droit à la vie et les droits pour les enfants de s'amuser qu'il exprime. Et il cherche à faire voir notre réalité au reste du monde. »

— Mohammed Massad Al-Shinbari

Sur son site, Banksy écrit : « Un homme sur place m'a demandé ce que ça voulait dire. J'ai dit que je voulais montrer la destruction de Gaza en mettant des photos sur mon site web, mais sur Internet, les gens ne regardent que des images de chatons. »

À Beit Hanoun, la petite Alia se balance entre les restes de ce qui était un escalier avant la guerre. Elle dit qu'elle aime bien le chat et qu'elle croit qu'il permettra peut-être à sa famille de reconstruire la maison.

« Il est très joli. Tout le monde aime le chat, tout le monde vient le voir. Alors peut-être qu'on va nous donner de l'argent pour la maison. »

L'artiste palestinien Mohammed El-Haj connaissait l'oeuvre de Banksy bien avant sa visite. Mais quand un ami de Cisjordanie lui a demandé de faire quelques retouches sur le chat de Gaza, il ignorait complètement qu'il retravaillait l'oeuvre d'un artiste qu'il admire.

« Il ne m'a pas dit qui l'avait dessiné, qui était ce peintre. Alors ça a été une surprise pour moi quand j'ai vu dans les médias qu'on parlait de Banksy et de sa présence à Gaza. »

Mohammed dit qu'il ne croit pas encore tout à fait au lien, même ténu, qui l'unit maintenant à Banksy.

« Le graffiti est fondé sur la simplicité parce que cet art s'adresse à tout le monde. C'est un art loin des expositions et des musées où on a besoin d'un décor, de la lumière et, surtout, où on s'adresse à l'élite. Banksy, quand il est venu à Gaza, il a fait une exposition permanente qui s'adresse à toutes les classes sociales palestiniennes. »

« La spécificité de Banksy, c'est qu'il parle de questions délicates et milite en faveur d'un humanisme. Ce qui a laissé des traces dans la bande de Gaza, c'est qu'il est passé dans une période critique après la guerre et sous le blocus étouffant. »

— Mohammed Massad Al-Shinbari

L'art de rue peut être aussi éphémère qu'accessible. Ailleurs à Beit Hanoun, Banksy avait aussi peint un parent pleurant son enfant mort sur une porte qui est restée pour seul rappel qu'il y avait là une maison. Mais la porte et son oeuvre ont disparu.

Deux hommes sont venus convaincre les propriétaires que l'artiste voulait récupérer son oeuvre, explique avec regret Jamal Dardoun, avant de rentrer dans la maison voisine qu'il habite, bien qu'elle soit à moitié démolie.

« C'était une oeuvre qui venait du coeur et qui exprimait notre souffrance, alors j'aurais aimé qu'elle reste là. »

Les hommes ont sans doute flairé la bonne affaire, ce que Banksy lui-même verrait sans doute avec philosophie. Dans un court entretien publié sur son site Internet, interrogé sur ce qu'il pensait des gens qui vendent l'art dont il parsème les rues d'un peu partout sur la planète, l'artiste répond avec un certain humour.

« Enfant, je rêvais de devenir un des personnages dans Robin Hood. Seulement, je n'ai jamais réalisé que je finirais par jouer celui d'une des pièces d'or. »

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