BIEN-ÊTRE
09/03/2015 01:00 EDT | Actualisé 10/03/2015 08:10 EDT

Entrevue: Chantal Petitclerc et la maternité (VIDÉO/PHOTOS)

La médaillée paralympique Chantal Petitclerc, mère d'un bébé de 14 mois, confie les joies, mais aussi les défis, de la parentalité en fauteuil roulant.

Un photoreportage de Jacinthe Taillon

En tant qu'athlète, Chantal Petitclerc a inspiré une génération de sportifs et des milliers de Canadiens. Aujourd'hui mère, elle nous permet une incursion dans sa vie privée afin de faire tomber certains tabous.

Chantal Petitclerc a remporté 21 médailles paralympiques à 5 Jeux différents.

Avoir un enfant : entre désir et craintes

L'ancienne athlète raconte qu'elle et son conjoint ne voulaient pas d'enfant au départ. « Mais quand j'ai pris ma retraite en 2008, tranquillement, je me suis mise à penser bébé et vie de famille. »

« J'ai attendu longtemps. Le temps passait, mais le désir d'avoir un bébé ne passait pas. Alors, je me suis dit : "go!" J'étais rendue là dans ma vie. J'avais cette maturité. Le sport m'a beaucoup apporté, mais j'avais envie de me projeter vers autre chose » — Chantal Petitclerc

Photo : Chantal et son conjoint, James. Crédit : Chantal Petitclerc

« J'avais quand même beaucoup de craintes. J'avais peur de la grossesse en fauteuil roulant », confie l'ancienne athlète.

« J'avais peur de la prise de poids en raison des nombreux transferts de fauteuil. J'avais peur aussi d'avoir des problèmes de rétention d'eau parce qu'on bouge moins en fauteuil roulant. Et en ce qui a trait à la parentalité en fauteuil et des défis que ça représentait. » — Chantal Petitclerc

Certaine de vouloir fonder une famille, Chantal Petitclerc s'est rassurée en parlant avec d'autres parents en fauteuil roulant. Elle a aussi cherché des conseils auprès de la Clinique Parents Plus, du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau.

Depuis sa fondation en 1997, près de 600 parents handicapés ont eu recours aux services de la clinique et à ses équipements adaptés. L'ancienne athlète a aussi fait ses propres recherches afin de calmer ses inquiétudes.

« Mis à part ces petits détails, ç'a été une très belle grossesse! Même chose pour l'accouchement. Il s'est terminé par une césarienne, mais ça n'avait rien à voir avec mon fauteuil. Le bébé se présentait par les pieds. » — Chantal Petitclerc

Élever un bébé en fauteuil roulant : les défis et les limites

Elliot grandit vite et comble de bonheur ses parents. Depuis sa naissance, les choses ont été relativement faciles pour Chantal Petitclerc. Habile et forte du haut du corps, elle pouvait hisser son siège de bébé à l'arrière de la voiture sans aide. Elle avait sa pleine autonomie et allait partout avec son fils.

Photo: Radio-Canada

Elliot a aujourd'hui 14 mois et pèse 16 kilos (36 livres), ce qui amène son lot de défis pour la maman en fauteuil roulant. Elle admet qu'elle fait maintenant face aux limites de son handicap. Frustrant pour celle qui a toujours su se débrouiller seule... même si ce n'est qu'une question de temps avant que les choses rentrent dans l'ordre. Crédit photo : Radio-Canada

« Les transferts en fauteuil roulant ont été très difficiles le dernier mois. Je me mettais à côté du divan et je faisais comme à l'entraînement : "1-2-3, go!" » — Chantal Petitclerc

« En devenant maman, je dirais que c'est la première fois de ma vie, et j'ai eu mon accident à 13 ans, alors ça fait longtemps que je suis en fauteuil roulant. Mais concrètement, c'est la première fois que les limites de mon handicap me dérangent. »

Photo: Radio-Canada

« Je n'ai pas un appartement adapté. J'ai toujours eu cette philosophie de m'adapter moi à mon milieu plutôt que l'inverse. Je suis autonome. Sauf que là, pratico-pratique, il y a des choses que je pouvais faire quand Elliot était tout petit que je ne peux plus faire », explique l'ancienne athlète. Crédit photo : Radio-Canada

« Elliot court partout, il est plus pesant. Le mettre dans son siège d'auto, c'est rendu impossible pour moi. Aller me promener dans la neige avec lui, c'est maintenant son père qui doit y aller. » — Chantal Petitclerc

Photo: Radio-Canada

« Je sais que c'est une question de mois avant que je sois capable parce qu'Elliot va apprendre des petits trucs pour m'aider et il va m'écouter. Je vais être capable. Mais la réalité, c'est qu'à l'occasion j'ai besoin d'aide... Et ça, j'haïs ça... J'haïs tellement ça! », dit-elle en riant. Photo : James, Chantal et le petit Elliot. Crédit : Radio-Canada

« Elliot est tout petit, mais déjà il comprend que je fonctionne avec un fauteuil. Il se met en petite position pour que je le prenne. Je l'aide à grimper sur moi. Plus il va être grand, plus ça va être facile. Les enfants s'adaptent vite. » — Chantal Petitclerc

Faire tomber les tabous

« Ç'a pris beaucoup de temps avant que j'aie envie de me confier. Mais il reste encore beaucoup de tabous face à la parentalité en fauteuil roulant. Je pense que c'est important d'en parler pour démystifier les préjugés et dédramatiser aussi. »

Photo: Radio-Canada

« Il y a encore beaucoup de gens qui pensent que les personnes en fauteuil roulant n'ont pas de vie sexuelle. Ou que de porter un bébé, ça peut être problématique ou très médical. Alors que même pour des personnes avec un handicap plus lourd que le mien, souvent, ce n'est pas vrai. », raconte Chantal Petitclerc. Crédit photo : Radio-Canada

« Avoir un bébé quand on est en fauteuil roulant ça se fait très bien. Ça prend un peu plus d'organisation, un peu plus de recherche, un peu plus de structure peut-être... Mais ça demeure une vie très normale pour le parent et pour l'enfant. » — Chantal Petitclerc

« Ce que je lis dans le regard des gens quand ils me voient avec mon fils, c'est : "Ah! Je n'aurais pas pensé que c'était possible!" Mais pourquoi pas? C'est bien parce que ça en dit long sur où on est rendu dans notre société en ce qui concerne la place des personnes handicapées. », explique la maman d'Elliot. Crédit photo : Radio-Canada

« Comme personne handicapée, c'est nous souvent qui nous imposons des limites. J'espère que ceux et celles qui rêvent d'avoir des enfants n'auront pas peur de se lancer dans la parentalité. [...] Peu importe le handicap qu'on a, c'est un beau risque. C'est une belle aventure. » — Chantal Petitclerc

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