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06/03/2015 07:09 EST | Actualisé 06/05/2015 05:12 EDT

La destruction de Nimrud par les djihadistes du groupe ÉI sème la colère

BAGDAD - Les djihadistes du groupe armé État islamique ont emporté des statues avant de démolir les ruines irremplaçables d'une ancienne capitale assyrienne, ont raconté vendredi à l'Associated Press un résidant et un représentant des Nations unies.

La ville de Nimrud, qui a été érigée il y a près de 3000 ans sur le territoire actuel de l'Irak, comprenait des statues estomaquantes de taureaux ailés, d'hommes barbus et d'autres créatures mythiques — tous des symboles d'un ancien empire mésopotamien au coeur du berceau de la civilisation occidentale.

L'annonce, jeudi, que les djihadistes utilisaient de l'équipement lourd pour détruire les ruines a suscité la colère de la planète.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, considère cette destruction comme un crime de guerre et une attaque contre toute l'humanité, a indiqué son porte-parole par voie de communiqué.

Le plus important leader religieux chiite d'Iraq, le grand ayatollah Ali al-Sistani, a déclaré lors de son sermon de vendredi que les extrémistes saccagent l'Irak «non seulement dans le moment présent, mais aussi son histoire et ses civilisations anciennes».

Un fermier qui habite un village voisin a raconté à l'Associated Press vendredi que les militants ont commencé à emporter des objets du site deux jours avant l'attaque, qui a débuté jeudi après-midi. Les djihadistes auraient affirmé aux villageois que les objets sont interdits par l'islam et qu'ils doivent être détruits.

On sait toutefois aussi que le groupe armé État islamique a écoulé des antiquités sur le marché noir pour financer ses activités.

Certaines statues ont été «placées à bord de gros camions, et on ne sait pas où elles sont, possiblement à des fins de trafic illégal», a dit la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova.

Des responsables onusiens ont mis la main sur des photos qui montrent des symboles assyriens détruits, dont des statues ayant la tête d'un homme, le torse d'un lion et les ailes d'un aigle. Ces symboles sont évoqués par la Bible et d'autres textes religieux.

«Tout ceci n'est qu'un geste dégoûtant et tragique de destruction humaine», a dit Mme Bokova.

Elle a aussi évoqué un geste de «nettoyage culturel» qui correspondrait à un crime de guerre.

«Nous parlons de nettoyage culturel parce que, malheureusement, nous constatons une accélération de cette destruction intentionnelle du patrimoine», a dit Mme Bokova.

Des responsables de l'ONU étudient des images satellitaires de la destruction, puisque les conditions de sécurité ne permettent pas d'approcher du site. Les autorités irakiennes tentaient de leur côté de mesurer l'ampleur des dégâts, dimanche.

«La destruction de Nimrud est une perte énorme pour l'histoire de l'Irak, a dit le ministre irakien adjoint du Tourisme et des Antiquités. La perte est irremplaçable.»

Les militants de l'État islamique, qui contrôlent un tiers de l'Irak et de la Syrie, ont saccagé d'autres sites archéologiques et religieux qui, selon eux, font la promotion de l'apostasie.

Une vidéo diffusée en ligne plus tôt cette semaine montre des djihadistes détruisant des objets anciens à coups de masses dans le musée de Mossoul, ce qui a provoqué un tollé mondial.

Mme Bokova a déjà informé la Cour pénale internationale, Interpol, les grands musées, les maisons de ventes aux enchères et les gouvernements du Moyen-Orient d'être aux aguets, puisque les djihadistes pourraient tenter d'écouler les objets sur le marché noir.

L'Unesco s'apprêtait à inscrire Nimrud au Patrimoine mondial avant que les ruines ne soient saccagées.