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06/03/2015 05:48 EST | Actualisé 06/03/2015 05:48 EST

Destruction de la cité de Nimroud par l'État islamique: l'UNESCO dénonce un crime de guerre et saisit l'ONU

Roger Viollet Collection via Getty Images
IRAQ - CIRCA 858: Oriental art. Detail of pedestal of Salmanasar III's throne (858-823 BC) of Nimroud (formerly Calach). Assyria. Museum of Baghdad. (Photo by Roger Viollet Collection/Getty Images)

L'Unesco a dénoncé vendredi la destruction au bulldozer par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) de la cité historique de Nimroud, joyau archéologique du nord de l'Irak, l'assimilant à un "crime de guerre" et annoncé avoir saisi l'ONU.

"Nous ne pouvons pas rester silencieux. La destruction délibérée du patrimoine culturel constitue un crime de guerre, et j’en appelle à tous les responsables politiques et religieux de la région à se lever contre cette nouvelle barbarie", a écrit dans un communiqué la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova.

Mme Bokova a indiqué avoir "saisi le président du Conseil de sécurité des Nations unies, et la procureure de la Cour Pénale Internationale sur ce sujet", et appelé "l'ensemble de la communauté internationale" à "unir ses efforts" pour "stopper cette catastrophe".

Selon elle, "le nettoyage culturel qui sévit en Irak n’épargne rien ni personne: il vise les vies humaines, les minorités et s’accompagne de la destruction systématique du patrimoine millénaire de l’humanité". 

Le groupe Etat islamique a commencé jeudi à détruire au bulldozer la ville de Nimroud, joyau archéologique du nord de l'Irak, une semaine après la diffusion par les jihadistes d'une vidéo de la destruction de sculptures préislamiques inestimables à Mossoul.

L'ONU a annoncé dans le même temps que quelque 28 000 personnes avaient fui en quelques jours la région de Tikrit, plus au sud, où les forces gouvernementales ont lancé une offensive d'envergure pour en chasser l'EI.

L'EI a "pris d'assaut la cité historique de Nimroud et a commencé à la détruire avec des bulldozers", a dit le ministère du Tourisme et des Antiquités sur sa page officielle Facebook.

Un responsable des Antiquités a confirmé ces informations. "Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas mesurer l'ampleur des dégâts", a dit ce responsable sous couvert d'anonymat.

Nimroud, une cité fondée au 13e siècle avant JC, est située sur les rives du Tigre à quelque 30 km de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, contrôlée par l'EI depuis juin.

Jeudi dernier, l'EI avait diffusé une vidéo sur laquelle des jihadistes réduisaient en miettes des sculptures préislamiques du musée de Mossoul. Pour l'organisation jihadiste, statues, tombeaux et représentations "favorisent l'idolâtrie" et méritent donc d'être détruits.

Désastre

Après leur saccage à Mossoul, les jihadistes auraient lancé aux gardiens du musée, que Nimroud était leur prochaine cible.

"C'est l'une des plus importantes capitales assyriennes, on y trouve des bas-reliefs et des taureaux ailés (...) Cela serait un véritable désastre", avait alors indiqué à l'AFP Abdelamir Hamdani, un archéologue irakien de l'Université Stony Brook de New York.

La destruction des trésors de Mossoul avait été condamnée par la communauté internationale, la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova réclamant à la Cour pénale internationale (CPI) de se saisir du cas.

L'EI a lancé une offensive fulgurante en juin 2014 en Irak, s'emparant de larges pans du territoires, notamment au nord de Bagdad.

Les forces gouvernementales, appuyées par les raids aériens de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, tentent depuis plusieurs mois de reprendre le terrain perdu.

Elles ont notamment lancé lundi une offensive mobilisant 30 000 hommes pour reprendre Tikrit, la deuxième plus importante ville conquise en Irak par l'EI après Mossoul. 

28 000 déplacés

"Les opérations militaires dans et autour de Tikrit ont précipité le déplacement d'environ 28 000 personnes vers Samarra", ont indiqué les Nations unies dans un communiqué jeudi, ajoutant que des "mouvements de déplacement supplémentaires" étaient toujours en cours au quatrième jour de l'assaut.

Les 28 000 personnes déplacées cette semaine viennent gonfler les rangs des 2,5 millions d'Irakiens chassés de chez eux par les violences, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Cependant, Amnesty International et Human Rights Watch s'inquiètent des dangers encourus par les civils à Tikrit après plusieurs menaces de représailles formulées par les miliciens chiites, dont des milliers de recrues ont été massacrées par l'EI dans le secteur en juin. Des tribus sunnites avaient alors été accusées de complicité. 

Dans la bataille de Tikrit, les Irakiens n'ont pas demandé l'aide de la coalition, qui poursuit ses frappes quotidiennes contre l'EI ailleurs en Irak. La coalition mène également des frappes contre l'EI dans la Syrie voisine.

Les Etats-Unis ont en revanche confirmé la participation de l'Iran dans cette bataille.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, en visite à Ryad, a indiqué jeudi que le général Ghassem Souleimani, chef de la Force Qods, une unité d'élite des Gardiens de la révolution, a été présent en Irak.

"Est-ce que le général Souleimani a été sur le terrain, est-ce qu'il joue un rôle? La réponse est oui", a déclaré M. Kerry, insistant cependant sur le fait que l'opération était sous contrôle irakien.

"Tout le monde sait qu'il y a un certain mouvement des forces iraniennes -à la fois dans et à l'extérieur du nord de l'Irak- qui sont engagées dans les combats depuis le tout début. Mais ce n'est pas coordonné. Nous ne nous coordonnons pas avec eux", a-t-il ajouté.

Il a par ailleurs appelé "toutes les forces irakiennes à éviter et empêcher les abus contre des civils et toutes activités qui violeraient le droit international ou alimenteraient les violences et divisions confessionnelles". Et d'ajouter: "Cela inclut également l'Iran".

En dépit de ces mises en garde, l'émissaire de l'ONU, Nickolay Mladenov, a affiché son optimisme sur la capacité du pays à rester uni, au terme de 18 mois de mission en Irak.

Il s'est notamment félicité du fait qu'il était "devenu de moins en moins acceptable (pour les acteurs politiques irakiens) d'être ouvertement communautariste dans un discours" depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau chef du gouvernement Haider al-Abadi, il y a six mois. 

M. Abadi, de confession chiite, a cependant récemment assuré qu'il ne pouvait y avoir "de partie neutre" dans la bataille de Tikrit, estimant que toute personne choisissant la neutralité se rangeait de facto du côté de l'EI.

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